Steven Chu, architecte du New Deal énergétique américain

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 15-10-2009

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Barack Obama et Steven Chu
Barack Obama et Steven Chu

Scientifique de renom, Steven Chu a pris les fonctions de Secrétaire à l'énergie dès janvier 2009. Doté de moyens financiers sans précédent, il a pour mission de développer l'économie verte voulue par le président Obama. Tandis que le lobby des énergies fossiles continue à lutter activement contre la loi climat.

Aux côtés de la réforme du système de santé, la réorientation de la politique énergétique américaine joue un rôle central dans le projet politique du président Obama. Avec une approche pragmatique face au changement climatique, il a engagé son pays dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et la réduction de la dépendance aux importations énergetiques. Autre élement central de sa politique, l'appui aux entreprises américaines pour conquérir le leadership mondial dans ces industries. « Le futur de notre économie et de notre sécurité nationale est inextricablement lié à un challenge : l’énergie, » déclarait Barack Obama en décembre 2008, lors de l’annonce de la sélection de Steven Chu pour le poste de Secrétaire à l’énergie.

Un Nobel en charge de la stratégie énergétique

Nobel de physique en 1997 et universitaire respecté, Steven Chu a acquis le statut de « gourou » de la recherche sur les énergies renouvelables lorsqu’il était directeur du prestigieux laboratoire public « Laurence Berkeley National Lab ». Sous sa direction, ce laboratoire est devenu un centre de recherche mondialement reconnu sur les biocarburants et l’énergie solaire. Avocat de l’urgence sur la question climatique, il a longtemps milité pour une augmentation des crédits de recherche sur les énergies alternatives et le nucléaire, afin de réduire la dépendance de l’économie aux hydrocarbures. Et grâce aux fonds alloués à son ministère dans l’American Recovery and Reinvestment Act, il dispose désormais des moyens financiers pour révolutionner le paysage énergétique américain.

Un plan de relance favorisant les énergies propres

Avec 40 milliards de dollars d’investissements publics et 20 milliards de réductions d’impôts prévus sur 10 ans, la politique énergique est une des grandes bénéficiaires du gigantesque plan de relance de l’économie américaine*. Pris dans leur ensemble, ces financements vont permettre un triplement des investissements publics dans les énergies renouvelables, une modernisation –indispensable- du réseau électrique et de lancement de programmes de réduction de la consommation. Le plan consacre également des budgets considérables aux nouvelles technologies (véhicules électriques, séquestration carbone, énergie solaire…). Deux milliards seront ainsi investis dans la production de batteries de nouvelle génération tandis que 4,5 milliards sont destinés à la création de réseaux électriques intelligents.

Une publicité pour le CO2...

Deux industriels du pétrole américains ont financé pour 1 million de dollars une publicité en faveur du CO2. Diffusée dans le Montana et au Nouveau-Mexique, cette campagne invite les électeurs à demander à leur sénateur de voter contre le projet de loi visant à classer le CO2 parmi les polluants et à limiter à terme ses émissions. « Le Congrès étudie une loi qui classifierait le CO2 parmi les polluants. Cela nous coûtera des emplois ; il n’y a aucune preuve scientifique que le CO2 est un polluant » affirme la publicité, qui va jusqu’à affirmer que le CO2 « aide les écosystèmes de la Terre, les plantes et la vie animale ».


Pour Steven Chu, la solution à la crise climatique repose sur les progrès scientifiques : « J’ai accepté le challenge de devenir Secrétaire à l’énergie en partie pour m’assurer que les laboratoires du département de l’énergie et nos universités nous aiderons à répondre à ces défis, » déclarait-il face au Sénat américain en mars 2009. Un pari réussi : ces budgets vont être doublés.

Schizophrénie

Si de toute évidence, l’économie américaine s’est donnée les moyens de devenir plus « verte », le lobby « fossile » semble pourtant avoir de beaux jours devant lui. De nombreuses entreprises continuent en effet à lutter contre tout engagement contraignant en la matière. Pour preuve, la loi sur le changement climatique («Climate Change Bill » ou « projet de loi Waxman-Markey »), n'a pas encore été votée et suscite une vive opposition, notamment de la part de la chambre de commerce américaine -la plus grosse association d'entreprises du pays. Celle-ci a annoncé vouloir porter plainte contre l'agence pour l'environnement (l'EPA) pour l'empêcher de considérer les gaz à effet de serre comme des polluants… Plusieurs entreprises ont quitté la chambre de commerce, rejettant le lobbying « anti loi climat » menée par cette association :  Apple, Alsthom, Pacific Gas & Electric – qui prévoit un recours massif à l’énergie solaire –; Nike, qui s’est retiré du conseil d’administration, tout en restant membre de la Chambre.

Fervents défenseurs du charbon

Actuellement à l’étude  par une commission sénatoriale, la loi climat se heurte au poids des états du midwest, conservateurs, et surtout, exploitants de mines de charbon... Parmi les lobbys qui se chargent d'attaquer la loi climat, l’"American Coalition for Clean Coal Electricity" milite également  pour que les projets de construction de nouvelles centrales thermiques au charbon soient ratifiés. Elle réunit General Electric ( qui est également membre de US-CAP, un groupe en faveur de la loi climat…), E-On (géant allemand du charbon), Caterpillar, et des entreprises d'extraction du charbon. L’American Petroleum Institute a lui aussi lancé une importante campagne de protestation contre le Climate Change Bill. Le lobby pétrolier organise des meetings à travers le pays pour continuer à relayer ses arguments développés dans les années 90: la réduction des émissions de GES coûtera cher au plan économique et détruira des emplois.

A cet égard, l'attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama vient compliquer un peu plus le contexte américain...Les changments climatiques figurent, en effet en bonne place dans les raisons qui ont motivé le comité Nobel : "Grâce à l'initiative d'Obama, les Etats-Unis jouent maintenant un rôle plus constructif dans les grands défis climatiques auxquels la planète est confrontée" peut on lire dans leur communiqué. Une pression supplémentaire pour que les Etats-Unis annoncent des engagements de réduction des émissions des gaz à effet de serre à Copenhague et évitent l'échec du Sommet?

*Signé le 17 février 2009 par le président Obama, l’American Recovery and Reinvestment Act est doté d’un budget total sur 10 ans de 787 milliards de dollars.

PM Coupry
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