Réchauffement climatique : les efforts à court terme seront déterminants

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Publié le 04-05-2007

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La réduction des émission de GES est économiquement et technologiquement réalisable, mais à condition que les Etats agissent à court terme, affirme le GIEC. Les 20 à 30 prochaines années seront cruciales pour enrayer le réchauffement planétaire et éviter une augmentation des émissions de GES qui pourrait aller jusqu'à 90% d'ici 2030.

Alors que la précédente réunion du GIEC, qui portait sur les conséquences humaines, économiques et écologiques du réchauffement  climatique, avait fait l'objet de fortes pressions politiques, celle qui s'achève aujourd'hui est parvenue à un large consensus. Tout d'abord, les Etats ont reconnu que les politiques actuelles étaient insuffisantes pour stabiliser les émissions de GES.  Le Giec explique en effet qu'après un "pic" en 2015, les émissions doivent redescendre à 50% des niveaux actuels observés. " Les efforts d'atténuation  dans les 20 à 30 prochaines années auront un large impact sur les possibilités d'atteindre des niveaux plus bas de stabilisation", indique Ogundale Davidson, vice-président du groupe de travail du GIEC, réuni à Bangkok.
Sans effort soutenu de réduction des GES, les scénarios du GIEC prévoient en effet une augmentation des émissions comprise entre 25 et 90% d'ici 2030 (par rapport à 2000). Dans le cas où les combustibles fossiles maintiendraient leur position dominante jusqu'en 2030 et au delà, leurs émissions de CO2 pourraient croître jusqu'à 110%. Ce constat posé, le " résumé à l'intention des décideurs " du GIEC estime qu'il existe un " potentiel économique d'atténuation des émissions globales de gaz à effet de serre, significatif au cours des prochaines décennies " et qui " pourrait être suffisant pour décaler la croissance des émissions globales ou pour les réduire en dessous des niveaux actuels ". En 2030, l'estimation des coûts macro-économiques de l'atténuation des GES est comprise entre 0,2% et 3% du PIB. Une légère augmentation du PIB global est même envisagée, à condition notamment que le marché carbone soit efficace, ce qui n'est pas encore le cas. Par ailleurs, les pays memebres du GIEC ont été d'accord avec l'idée que  " les avantages à court terme pour la santé, suite à la réduction des émissions de GES, peuvent être substantiels dans toutes les régions du monde étudiées, et compenser une part substantielle des coûts de l'atténuation ".  Les Etats sont également parvenus à un accord sur l'importance " du  style de vie et de modes de consommation qui mettent en avant la préservation des ressources ", incluant ici les transports, le bâtiment, les déchets, etc.

Des potentiels de réduction considérables

Cependant, la réalité montre l'ampleur des obstacles. S'agissant du transport aérien, les émissions devraient croître immanquablement de 3 à 4% par an. " Des mesures d'atténuation comme les améliorations techniques, la gestion du trafic aérien et les mécanismes du marché peuvent réduire la vitesse de la croissance des émissions, mais non inverser la tendance ", préviennent les experts. De même, si 30% des émissions du secteur du bâtiment peuvent être évitées avec un " bénéfice économique net " de nombreux obstacles s 'y opposent : technologiques, financiers, ainsi que la pauvreté dans les pays en développement. S'agissant de l'industrie, le GIEC constate que " la pleine utilisation des possibilités d'atténuation n'est réalisée ni dans les pays industrialisés ni dans les pays en voie de développement. " De nombreuses installations anciennes et peu efficaces subsistent, au Nord comme au Sud. L'agriculture offre en revanche un potentiel de réduction des GES considérable, et ce pour un faible coût, via la production de biomasse. A condition toutefois  que la répartition des terres agricoles entre alimentation, fibres et bioénergie le permette ainsi que les disponibilités en eau. Enfin, outre le déploiement de technologies propres, le prix du carbone peut jouer un rôle déterminant dans la lutte contre le réchauffement climatique. Rappelons cependant que ce marché est loin d'être mondialisé. Il est essentiellement constitué par les pays européens ayant signé le Protocle de Kyoto et s'élève à 19 milliards d'euros, pour 1,1 milliard de tonnes de CO2  . 

Le prix du carbone trop faible  

Si, d'ici 2030, le prix de la tonne de CO2 est inférieur à 20 dollars, (scénario réaliste compte-tenu du faible cours actuel de la tonne de CO2), les réductions d'émissions seraient comprises entre 15 et 30 %, un niveau insuffisant pour stabiliser le réchauffement climatique. Si ce prix augmente jusqu'à 100 dollars, la réduction atteindrait alors entre 30 et 50 %. Cette seconde hypothèse signifierait une stabilisation des concentrations de CO2 autour de 550 ppm (parties par million) dans l'atmosphère alors qu'elles s'élèvent à 380 ppm aujourd'hui et une  augmentation des températures d'au moins 2,5 degrés d'ici 2050. Les coûts de l'atténuation des changements climatiques correspondraient alors  à 0,6 % du produit intérieur brut en 2030.
Si les technologies et les instruments économiques existent, le " soutien des gouvernements par les contributions financières, les crédits de taxe, l'établissement de normes et la création de marchés " sera un facteur déterminant. Or, comme le souligne le GIEC, " le financement des gouvernements pour la plupart des programmes de recherche en énergie a été constant ou en déclin depuis presque deux décennies (même après que la convention des Nations Unies sur le changement climatique soit entrée en vigueur) et est maintenant à un niveau moitié de celui de 1980 ".
La prochaine étape sur le changement climatique sera politique. La réunion du G8 prévue en juin doit en effet relancer les négociations avec les Etats-Unis sur la réduction des gaz à effet de serre.

Véronique Smée
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