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Sur le front du changement climatique, il est de coutume de voir s’agiter les adhérents des Amis de la Terre ou les activistes de Greenpeace, bardés de slogans et férus d’actions commando, abondamment relayées par les médias. Le style compassé de Christopher Walker, costume-cravate et ordinateur à portée de main, apparaît pour le moins décalé. Son terrain de jeu ? Wall Street, le temple de la finance internationale, à New York. Atmosphère feutrée ou pas, Christopher Walker s’intéresse lui aussi de près à l’évolution du climat : il est responsable chez Swiss Re, d’une petite équipe de spécialistes de la question, constituée en 2001. Pour mémoire, Swiss Re est, avec Munich Re, l’un des principaux « réassureurs » internationaux. Parmi leurs clients, de grandes entreprises, mais aussi des compagnies d’assurance, que Swiss Re et Munich Re « réassurent » contre les pertes liées aux polices d’assurance souscrites par les particuliers et entreprises. Ainsi quand des victimes s’adressent à leur compagnie d’assurance après une catastrophe naturelle, celle-ci s’adresse à son tour à un réassureur. Un coût estimé à 150 milliards de dollars par an Depuis quelques mois, Christopher Walker et son équipe – qui compte notamment 4 climatologues – ont décidé de mettre la pression sur les multinationales, sur la question des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces dernières sont tenues pour responsables des changements climatiques. Or on trouve à leur origine, toutes les activités humaines (transport, énergie), dont les activités de production des entreprises. Ainsi, pour produire un yaourt, Danone consomme de l’électricité pas forcément « propre », contribuant ainsi au rejet de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. De même, lorsque les pots de yaourt échouent dans un incinérateur, leur combustion génère des émissions de GES. Ce qui est vrai pour Danone, l’est encore plus pour des industries polluantes par nature, comme l’industrie pétrolière (Exxon, BP, Shell, Total). Or, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), « l’accroissement de la fréquence des catastrophes climatiques (…) pourrait mettre en danger l’équilibre financier des compagnies d’assurance, de réassurance et des banques, au point de les affaiblir, voire de les conduire à la faillite. Les pertes économiques dues aux catastrophes naturelles dans le monde devraient doubler tous les dix ans. Dans les dix prochaines années, elles atteindront 150 milliards de dollars par an ». Les exemples ne manquent pas, et les allemands se souviennent de la gare de Dresde, noyée sous les eaux du déluge de l’été 2002. Le PNUE a listé une série d’autres menaces envisageables, tels des changements imprévisibles à la tête des gouvernements, des zones de vie ou de travail devenant invivables, des risques accrus pour la santé humaine dans certaines régions, une chute de la valeur de biens immobiliers dans d’autres régions… Plus près de nous, en 2003, les catastrophes naturelles auraient causé des dégâts humains et matériels estimés à 15 milliards de dollars, dont 8 milliards pour les seules tempêtes. Menaces de procès Ces sombres perspectives inquiètent Swiss Re. Puisque les entreprises sont co-responsables du réchauffement de la planète, le risque est élevé qu’un jour, les citoyens leur demandent de payer tout ou partie de l’addition. On peut ainsi imaginer que des victimes de catastrophes naturelles ou des actionnaires, demandent des comptes aux dirigeants d’Exxon, première compagnie pétrolière du monde, à l’image des procès intentés aux cigarettiers par des victimes du tabac. « C’est particulièrement vrai aux Etats-Unis, où les poursuites judiciaires sont un sport national, souligne Christopher Walker. Les dirigeants de grandes entreprises sont juridiquement responsables de leurs actes. S’ils n’agissent pas dès maintenant pour réduire les émissions de GES de leurs entreprises, ils risquent de se retrouver au tribunal dans quelques années ». Et si les dirigeants paient, leurs assurances trinqueront. Pour éviter de telles mésaventures, Swiss Re a donc adressé un questionnaire à plusieurs grandes entreprises clientes. Il s’agit, quand elles existent, de prendre connaissance de leurs actions concrètes de réduction des émissions de GES. « Pour le moment, nous nous contentons de poser des questions, nous sommes dans une phase d’éducation, un peu à l’image de ce que nous avions fait pour le bug de l’an 2000, explique Christopher Walker. Mais attention, pendant un à deux ans, nous évaluons le risque. Puis nous passerons à l’étape suivante ». Les entreprises les moins vertueuses risquent de voir les primes d’assurance de la responsabilité civile de leur dirigeants monter en flèche… s’ils trouvent encore une compagnie pour les assurer. Voilà comment, en menaçant de les toucher au portefeuille, Swiss Re pourrait provoquer un « sursaut citoyen » des multinationales.
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