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Quand les états membres mettent l'Europe en difficulté sur le changement climatique

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 24-04-2007

Vaclav Klaus
Vaclav Klaus

Alors que l'Union Européenne vient de réaffirmer son leadership dans la lutte contre les changements climatiques, le président tchèque Vaclav Klaus s'affiche comme un « négationniste » proche des milieux conservateurs américains. Les écologistes seraient selon lui « plus dangereux que le communisme ».

« Plus la société est riche, plus la qualité de l'environnement est grande ». Ainsi s’exprime le président de la République tchèque Vaclav Klaus, pour qui «le communisme a été remplacé par la menace d'un environnementalisme ambitieux». Invité le 21 mars par les membres du Congrès américain à participer à une audience publique à laquelle a pris part Al Gore, le président tchèque n’était pas présent mais a fait un lire un texte censé contrer les propos de l’ancien vice-président des Etats-Unis. « Le raisonnement (des écologistes) s'appuie sur des observations historiquement courtes et incomplètes et sur des données qui ne peuvent nullement justifier des conclusions catastrophiques», a écrit le président tchèque.
Pour justifier ses propos, Vaclav Klaus affirme que le débat scientifique sur les changements climatiques mené jusqu'à présent n'a pas été « suffisamment profond et sérieux ». "Le réchauffement global est un mythe mensonger. Tout scientifique sérieux le confirme. Il n'est pas honnête de faire référence au panel de l'ONU ». Remettant en cause les travaux du GIEC, Vaclav Klaus poursuit : « L'IPCC n'est pas une institution scientifique, c'est un organisme politique, une sorte d'ONG proche des Verts (…) Ils arrivent là avec une seule idée et un seul but. Il est incroyable que les gens n'attendent même pas le rapport final en mai 2007 mais réagissent, sérieusement, à un résumé de politiciens où tous les "mais" ont été biffés, retirés et remplacés par des thèses simplificatrices». Et le président tchèque d’ironiser : « Après tout, qui sait, un changement climatique extrême ne sera peut-être pas néfaste pour la République tchèque. Ce pourrait être la réalisation d'un vieux rêve pour le pays : la Bohême se trouverait enfin au bord de la mer ! ».

Succès aux Etats-Unis

Le parti des Verts et le ministre de l'Environnement tchèque , Martin Bursik, ont réagi aux propos lus devant le Congrès américain en indiquant que « le président allait se ridiculiser et que son adresse porterait préjudice à son pays. » Aux Etats-Unis, il rencontre cependant un certain succès, rapporte le journal tchèque Reflex. Ses propos ont été abondamment diffusés sur le net via les réseaux de blogeurs conservateurs, qui alimentent le débat politique sur ces quesions. « Cet aspect ne saurait être sous-estimé, souligne le journaliste Milos Vermak. "La blogosphère proche des conservateurs américains (…) est une force très influente, parfaitement intégrée aux institutions académiques en vue, alimentant les groupes de refléxion des « vrais" hommes politiques ».
Le préjudice infligé par le président tchèque à son pays s’étend également à l’Union Européenne, dont la politique de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre pourrait être mise à mal par des états membres peu enclins à respecter les engagements pris. Ainsi, en Allemagne, la polémique enfle sur les projets de centrales à charbon soutenus par le gouvernement et sur la générosité des "droits à polluer" octroyés par le gouvernement à ces installations. Greenpeace dénonce également la connivence du secteur énergétique et du pouvoir politique, les élus étant également membres des conseils de surveillance de ces groupes industriels…Autant de polémiques qui risquent d’affaiblir la position européenne dans la lutte contre les changements climatiques, alors qu’elle espère en faire un thème clé du G8 qui se tient en juin.

"Mêlez-vous de vos affaires..."

De vifs échanges ont par ailleurs eu lieu à l’occasion de la dernière réunion du GIEC. Le Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a fustigé l'attitude des Etats-Unis et de l'Australie, les deux pays refusant toujours de signer le Protocole de Kyoto. "Si l'on veut vraiment donner un élan aux négociations internationales, il faut ratifier Kyoto", a-t-il déclaré à leur attention. "Il est absolument nécessaire qu'ils agissent car autrement d'autres pays, surtout ceux qui sont moins développés, n'auront aucune raison d'agir." En réponse à ces critiques, l'Australie a appelé l'Union européenne à " en faire davantage pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre avant de sermonner l'Australie et les Etats-Unis. " Le Premier ministre australien John Howard a répliqué que " 12 pays de l'UE risquaient de rater les objectifs fixés par Kyoto. ", notamment le Portugal, le Danemark, l'Irlande, l'Espagne et l'Italie. "Voilà le porte-parole d'un groupe de pays qui nous sermonne sur le fait qu'on n'ait pas signé Kyoto, alors qu'une grande partie des pays au nom desquels il parle sont très loin de leurs objectifs de Kyoto, davantage que l'Australie", a déclaré Howard à la radio ABC. "Notre réponse au porte-parole de l'Union européenne est de dire 'mêlez-vous de vos affaires, faites en sorte que vos pays respectent les objectifs que vous avez proclamés".

Véronique Smée
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