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En 2001, l’association franco-brésilienne Pro-Natura International s’était fait connaître pour son soutien à un projet de reboisement dans la région du Matto Grosso, au Brésil. L’idée, séduisante mais controversée, consistait à créer ainsi un « puits de carbone naturel », les forêts permettant, en théorie, de séquestrer une partie du trop-plein de CO2 en circulation dans l’atmosphère. Deux ans plus tard, Pro-Natura International s’apprête à poser les fondations d’une sorte de réseau international pour les puits de carbone. Le Centre international pour la séquestration de carbone (CISC) disposera de six représentations, en Europe (Paris, siège), à Oslo (régions boréales), à Rio de Janeiro (Amérique Latine), à New Dehli (Asie), à Washington (Amérique du Nord) et à Libreville (Afrique). « Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a créé un réseau de transfert de technologie et nous a demandé d’être les architectes d’un organisme international et indépendant », raconte Guy Reinaud, le président de Pro-Natura International. Le CISC cherche actuellement à lever 3 millions de dollars, pour partie auprès du Fonds de l’environnement mondial, pour ses trois premières années de fonctionnement. « Notre budget est modeste car nous ne sommes pas là pour porter des projets, nous en serons plutôt un catalyseur », explique Olivier Kreiss, ancien vice-président du groupe de construction GTM, nommé président du CISC. « De nombreux laboratoires, ONG ou entreprises sont convaincus de l’urgence d' agir sur la question du changement climatique, mais ne savent par quel bout la prendre. Le CISC constituera une forme de club, réunissant des ONG, des spécialistes des forêts, des banquiers, qui décideront de mener des projets ensemble », poursuit Olivier Kreiss. Le CISC fournira une expertise, des connaissances, de la formation, et contribuera à l’établissement de normes internationales sur la séquestration biologique du carbone. Conférence internationale prévue en 2004 Quelques projets pilotes sont déjà programmés. L’un d’eux vise à valoriser les rejets de l’industrie sucrière, en Amérique du Sud. « On sait qu’en récupérant et valorisant la bagasse (résidu de la canne après extraction du jus) de l’industrie sucrière brésilienne, on pourrait produire 60% de l’électricité française », illustre Guy Reinaud. Un autre projet, baptisé « charbon vert », consiste, en Afrique du Sud, à récupérer la biomasse agricole pour remplacer le charbon de bois, et ainsi éviter d’importantes émissions de méthane. « Ce qui me tient à cœur, c’est qu’au travers de cette question climatique, nous avons l’occasion d’adopter une nouvelle façon de voir les questions nord-sud. Des entreprises du nord vont être intéressées par des investissements dans des pays du sud, qu’elles valoriseront par l’obtention de crédits de pollution. Nous pouvons ainsi mettre en place un cercle vertueux », Olivier Kreiss. « Un premier bilan sera tiré en septembre 2004 à l’occasion de la première conférence internationale sur la séquestration de carbone, qui se tiendra à Oxford », promet Guy Reinaud. Interrogé sur la polémique suscitée par la création de puits de carbone, le président de Pro-Natura International rétorque sèchement. « La principale source de changement climatique n’est pas l’utilisation du pétrole, qui génère l’équivalent de 2,2 giga-tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année, mais la déforestation tropicale et la dégradation des sols, qui équivaut à un rejet annuel de 2,8 giga-tonnes ». En premier lieu, la déforestation liquide des puits naturels de carbone. Ensuite, elle génère de nouvelles émissions, due à la dégradation naturelle de la biomasse qu’elle produit. Le fait de « re-forester » régénère les puits de carbone et évite ces émissions dues à la biomasse. « Certaines organisations, que je ne nommerai pas, nous reprochent de travailler avec des industriels qui s’achètent une conscience en piquant les terres des paysans et en plantant des arbres transgéniques. Ce sont des inepties, il existe sur la planète 350 millions d’hectares de terres dégradées, soit autant d’espace disponible pour la mise en place de puits de carbone », conclut Guy Reinaud.
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