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En consultant les indices de la pollution de l'air présentés chaque jour par le Bureau de protection de l'environnement de Pékin, les responsables de la municipalité chinoise peuvent constater qu'ils ont parcouru du chemin en cinq ans. En 1998, Pékin militait encore pour sa candidature aux Jeux Olympiques. Les multiples rapports d'études étaient alarmants. En matière de pollution atmosphérique, la ville enregistrait notamment une proportion de dioxyde de soufre dans l'air de 120 microgrammes/m3 en moyenne. C'est un taux deux fois supérieur à la norme nationale et qui est déjà le triple de celle préconisée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le bilan de l'année 2002, après 5 ans d'actions plus ou moins suivies, montre une amélioration notable : durant près de 200 jours dans l'année la qualité de l'air correspondrait aux normes chinoises. Une ville en chantier permanent La ville qui accueille les Jeux Olympiques en 2008 sera la vitrine d'un pays dont la croissance économique ne descend pas en deçà des 8 %, malgré le SRAS. Loger les nouvelles classes aisées et construire des hôtels, est devenu une priorité. Des immeubles de 30 étages ont été érigés partout dans la ville. Ces immenses constructions engendrent une autre pollution, sous forme de particules en suspension, dont les plus fines, respirables, sont nocives pour la santé. Leur taux dans l'air n'a, quant à lui, quasiment pas diminué en cinq ans. Les techniques proposées pour réduire leur présence dans l'atmosphère n'ont, peu ou prou, pas été mises en application. La tâche est d'ailleurs colossale : certains quartiers sont de véritables chantiers, de la voie publique jusqu'aux constructions qui l'entourent, et les ouvriers se relaient jour et nuit.
Pollution automobile en augmentation Une autre pollution reste préoccupante. Il y a moins de 10 ans, le bitume de la ville n'était guère foulé que par les roues de taxis ou de voitures de police. Les citadins ont aujourd'hui accès aux berlines de luxe, aux 4X4 et autres voitures de marques chinoises ou étrangères, et découvrent une liberté de déplacement jusqu'alors inconnue. Le parc automobile pékinois est devenu le plus important de Chine, avec un peu moins de deux millions de véhicules. Ce trafic routier urbain reste un important producteur de dioxyde d'azote notamment, dont le taux dans l'air de la capitale chinoise est resté stable durant ces cinq dernières années. Les promesses de conversion d'une partie des taxis et bus de la ville au gaz de pétrole liquéfié (GPL) ou au gaz naturel comprimé (GNC), semblent, pour le moment, avoir peu été suivies d'effets. Selon les autorités, 1630 bus fonctionnant au gaz auraient toutefois été mis en service.
Améliorer l'utilisation du charbon La locomotive économique pékinoise souhaite montrer le visage d'une cité du 21ème siècle, responsable de la santé publique et de l'environnement urbain de ses citoyens. Pour achever sa préparation aux Jeux Olympiques, entre nécessité de développement et cadre de vie sain et agréable, la capitale chinoise a donc des contraintes paradoxales. Les principales actions concrètes en faveur d'un air de meilleure qualité, concernent les systèmes de production énergétique pour l'industrie, l'électricité et le chauffage. Certains progrès technologiques permettent d'essayer de concilier rendement et protection de l'environnement. L'exemple le plus flagrant est l'utilisation du charbon. Celui-ci représente 70% des combustibles utilisés pour la production d'énergie en Chine, où on le trouve en grande quantité et à bas prix. C'est aussi la principale source d'énergie pour l'industrie sidérurgique, dont un complexe important est situé à proximité de Pékin. Les autorités privilégient aujourd'hui les techniques de combustion qui réduisent les émissions en soufre et produisent moins de cendres que lors de combustions classiques parce que les déplacements d'usines dans des lieux éloignés des centres urbains sont jugés trop coûteux. L'usage dit " charbon propre " selon les termes de ses créateurs français, produit également plus d'énergie calorifique par kilogramme de matière première. En outre, des avantages fiscaux sont mis en place pour les entreprises qui pratiquent ces méthodes, conformes aux exigences de réduction de l'effet de serre. De 1999 à 2002, leur utilisation a doublé dans la consommation énergétique pékinoise. Le charbon étant grandement utilisé pour la production électrique et le chauffage en ville, ces chambres de combustion haute technologie doivent progressivement équiper les chaudières d'une capacité supérieure à une tonne par heure. Selon les exigences des autorités, les chaudières de plus petite capacité devraient quant à elles utiliser le gaz. Des processus de co-génération peuvent être ajoutés à tous ces systèmes : à partir d'une source d'énergie primaire (gaz, charbon ou fuel), la centrale produit de l'électricité et simultanément, au lieu de rejeter dans l'atmosphère la chaleur résiduelle des fumées, elle la récupère dans une chaudière qui produit de la vapeur ou de l'eau chaude. Cette technique de production plus économique, réduit par ailleurs sensiblement les émissions de gaz polluants.
Difficultés de mesure Le plan " Pékin ciel bleu " (Beijing Blue Sky), appelé en chinois " mesures urgentes contre la pollution atmosphérique ", a planifié sur cinq ans de nouveaux objectifs dans la continuité de ceux lancés par la ville en 1998 : modernisation des fourneaux et des chaudières, retrait de la circulation de véhicules polluants, reboisement de milliers d'hectares, conversion d'une partie des bus de la ville au gaz, mise aux normes ou arrêt de production des industries polluantes en zone urbaine. Des rapports quotidiens sur la pollution de l'air sont effectués. L'INRA a prêté main forte aux équipes chinoises dans ce domaine grâce à des techniques de prélèvement sur les végétaux. Mais les instruments de mesure manquent pour les polluants complexes émis par l'industrie chimique dont d'importants complexes sont situés à proximité immédiate de Pékin. Si la pollution est encore importante, certains efforts sont prometteurs, dans cette cité qui abriterait environ 14 millions d'habitants qui étaient à peu près tous encore récemment dans l'inconscience totale des enjeux environnementaux. Sera-t-il possible, en 2008, d'avoir une qualité de l'air qui n'handicapent pas les athlètes ? Repenser une ville en 5 ans est un défi gigantesque. Si les constructions resteront après les Jeux, pour le meilleur et malheureusement pour le pire, mais la prise de conscience des enjeux environnementaux par le citoyen pékinois devrait, en tous cas, elle aussi, rester.
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