Paris consulte les citoyens pour son Plan climat

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 05-02-2007

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Au moment où le Groupe intergouvernemental d'experts sur le changement climatique (GIEC) rendait son alarmant diagnostic sur le réchauffement de la planète, la Ville de Paris a publié les premières propositions concernant le futur Plan climat de la capitale.

Inédite parmi les métropoles françaises, l’initiative est aussi originale par sa méthode : « Paris entend contribuer à l’objectif français de diviser par quatre nos émissions GES, pris à Kyoto. Cette démarche ne peut être autre chose qu’une démarche participative » a déclaré Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, lors de la remise du Livre Blanc du Plan climat municipal à la presse. Les propositions vont loin : « plan Marshall » pour rénover le bâti parisien et l’isoler efficacement, mutualiser les livraisons de marchandises, encadrer la publicité en exigeant l’affichage des émissions de GES des produits, réformer la fiscalité des carburants, afin que le pétrole ne soit jamais bon marché…. 

Le tourisme grève le Bilan Carbone des Parisiens
Pour servir de base à l’élaboration de son Plan Climat Paris, s’est lancée dans le Bilan Carbone® de toute la ville. On savait qu’un Parisien émettait moins de GES en moyenne qu’un autre Français, grâce à la prépondérance des transports en commun. En revanche, la surprise est de constater que 40% des émissions sont dues au secteur du tourisme. Première place de congrès au monde, Paris reçoit en effet beaucoup de visites en avion.Trois postes émettent 80% du bilan global à parts égales (même niveau d’émission) : la consommation énergétique des bâtiments, le transport des personnes (malgré le métro) et le transport des marchandises. Chacun est évalué à 1 750 000 tonnes équivalent carbone. Cependant « les leviers sont forts » selon Yves Contassot, prenant pour exemple le chauffage urbain (400 000 logements) dont les capacités peuvent être doublées.
Ces propositions n'émanent pas de la Ville de Paris mais des citoyens, consultés dans le cadre de huit ateliers thématiques et du site Internet de la ville (250 contributions en ligne). 245 personnes ont participé à ces ateliers, cumulant cent heures de travail collectif, encadrés par des cabinets de conseils en environnement et développement durable. Parmi les participants, on compte des professionnels avertis et concernés comme le Comité de Liaison des Energies Renouvelables (CLER), la Fédération française du bâtiment ou encore Véolia Environnement ; des institutionnels comme l’ARENE ou l’APUR mais aussi des citoyens volontaires, membres de conseils de quartier, associations ou simples inscrits par Internet ou par téléphone.
« La société civile a une place à prendre » témoigne l’un d’eux, Hervé Coudière, coach indépendant. « Elle déploie une énergie formidable, des idées non formatées, alors qu’on sent les politiques un peu verrouillés» analyse-t-il. Dans cette parole citoyenne, jugée « extrêmement intéressante et fouillée » par la première adjointe, la Ville pioche la confirmation de certaines de ses politiques actuelles : « Il y a bien un lien raisonné, conscient entre politique de transport et le problème du réchauffement climatique » relève Anne Hidalgo. « Des propositions, comme la méthanisation des déchets, correspondent à ce que nous faisions déjà : deux centres sont lancés » ajoute Yves Contassot, adjoint en charge de l’environnement.

Une demande forte des parisiens

La demande des habitants et usagers de la capitale s’avère très forte vis-à-vis de la Mairie, exigeant tout d’abord des pratiques exemplaires de tous les départements : transports, construction, critères durables dans les marchés publics, etc. De plus, on attend de Paris qu’elle joue un rôle d’initiateur et de chef d’orchestre dans la coopération des acteurs économiques. « La ville doit travailler avec les professionnels pour qu’eux-mêmes se prescrivent des normes conformes à l’objectif vis-à-vis du climat » confirme Anne Hidalgo. L’échange de pratiques entre métropoles est jugé essentiel, sans oublier la coopération avec des villes du Sud, poussant Paris à investir dans des Mécanismes de Développement Propre, issus du Protocole de Kyoto (dans le but de compenser les GES émis par la ville).

Les comportements individuels ne sont pas oubliés (la moitié des GES concerne la vie privée) mais là encore, la ville est attendue dans un rôle d’information et d’accompagnement. « Le citoyen a besoin d’information sur l’amont des matières et l’aval des déchets pour contrôler sa consommation. On perçoit une demande d’un niveau de culture plus élevé de la société sur ses impacts environnementaux » rapporte Pierre Radanne, ancien président de l'Ademe, expert en changement climatique et animateur des ateliers. « Or on sait que la capacité de production culturelle est grande à Paris » ajoute-t-il, optimiste.
Ce grand raout de concertation et d’information, entamé depuis juin 2006 par des conférences-débats dans chaque arrondissement, avait d’ailleurs pour but de développer cette culture d’un changement nécessaire, face au bouleversement climatique. Pierre Radanne a pris le relais d’Al Gore, en tant que conférencier dans les soirées débats –souvent pleines - dans les mairies, incitant « non pas à la culpabilisation mais à construire un imaginaire et une parole à donner [aux] enfants, sur ce que va être leur vie dans le siècle, après le pétrole ».

« Un modèle au niveau national »

Pour Paris, concrètement, des études sont déjà lancées sur le potentiel de géothermie ou le transport des déchets par des réseaux de pneumatique, pour demain. Dès cette année, plus de vingt mille vélos en libre service, sur 1451 stations vont être installés. Les mesures du Plan Climat proprement dit et les moyens alloués restent à définir. « Le potentiel à exploiter est grand », selon Yves Contassot, élu Vert à la mairie de Paris. « Il sera un modèle au niveau national à opposer aux grandes déclarations peu suivies d’effet ». Le Plan climat parisien doit être achevé en juin 2007 et sera soumis à l’approbation du Conseil de Paris cet été.
Ce Plan s’inscrira dans la continuité du Plan local d’urbanisme et du Plan de déplacement parisien. Ses objectifs s’intégreront dans l’Agenda 21 que la Ville élabore encore. Les propositions devront être ambitieuses. Les attentes de la population sont fortes. De plus, le Plan Climat National a déjà fixé le plancher d’une tonne d’équivalent carbone à économiser par habitant et par an; d’ici 2010.

Hélène Huteau
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