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« Les peuples autochtones supportent une part disproportionnée des effets du changement climatique », soulignait encore mi-novembre, le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick lors d’une table ronde sur le sujet. Le constat est connu ; de nombreux rapports en font régulièrement état. Et pourtant, ces peuples, qui représentent près de 300 millions de personnes dans le monde, pourraient bien être les grands oubliés de Copenhague. Car comme le souligne Amnesty International, la situation des milliards de personnes vivant dans la pauvreté, dont les peuples indigènes, ne « figure pas parmi les thèmes centraux de la future conférence des Nations Unies ». Ni leur consultation, même si les peuples autochtones devraient être présents en tant qu’observateurs à Copenhague et que leurs requêtes commencent à avoir une certaine place médiatique. « Leur longue expérience dans la gestion des ressources naturelles et de l’adaptation au changement climatique peuvent compléter nos connaissances sur cette question complexe et nous aider à la résoudre », rappelle cependant Robert B Zoellick. Or jusqu’à présent, les peuples autochtones sont non seulement en première ligne concernant les conséquences immédiates du changement climatique, comme le montre la grave sécheresse de 2005 en Amazonie ou la fonte des glaces en Arctique, mais ils subissent également des effets pervers liés aux mesures prises pour lutter contre le phénomène, explique l’ONG Survival International dans un rapport publié fin novembre. Explicitement intitulé « la plus dérangeante des vérités », il montre que certaines « mesures d’atténuation violent leurs droits et permettent plus facilement aux gouvernements, aux compagnies et autres, de s’approprier, d’exploiter et, dans certains vas, de détruire leur territoire. » Le rapport se focalise sur quatre « solutions », dont certaines seront au centre des discussions au sommet de Copenhague : les agro-carburants, l’énergie hydroélectrique, la préservation de la forêt et la compensation carbone (REDD). Des mesures qu’avaient déjà dénoncées les représentants autochtones dans la « déclaration d’Anchorage » prise lors du « Sommet global des peuples indigènes sur le changement de climat » en avril, et qu’ils défendront à Copenhague. « Nous demandons aux Etats de renoncer aux fausses solutions pour combattre le changement climatique. Elles ont des effets négatifs sur les terres, l’air, les océans, les forêts, les territoires, les eaux et les droits des peuples indigènes », insistaient-ils alors, en « mettant l’accent sur (leur) droit à donner (leur) consentement libre, préalable et en connaissance de cause, y compris le droit de dire « non » . Agro-carburants, méga barrages et marchés carbone Ainsi, si le développement des agro-carburants continue à ce rythme, soixante millions d’autochtones pourraient perdre leur territoire et leur mode de vie, estime la présidente du Forum permanent des Nations Unies sur les questions indigènes. Déjà, la politique volontariste du président Lula en la matière menace le peuple Guarani : les 40 nouvelles plantations d’éthanol planifiées par le gouvernement se situent en effet sur leur terre. « Autrefois gardiens de 350 000 km² dans l’Etat du Mato Grosso do Sul, de nombreux Guarani se retrouvent aujourd’hui à camper au bord des routes ou sur de petites parcelles cernées par les plantations », constate le rapport. Par ailleurs, à Bornéo, le méga-barrage hydro-électrique présenté par le gouvernement malaisien comme une source d’énergie verte, aura pour conséquence l’inondation de 700km² de terres et le déplacement de 10 000 autochtones. « La forêt et les ressources qui nous sont vitales vont disparaître. L’eau du barrage inondera nos territoires ancestraux, y compris nos villages, nos propriétés, nos jardins, nos rizières et nos terres cultivées, nos arbres fruitiers, nos sépultures, etc », alertent dans une déclaration les Penan, des chasseurs-cueilleurs qui vont payer un lourd tribut dans ce programme de développement de grands barrages. Au Kenya, ce sont les Ogiek, habitants ancestraux de la forêt de Mau qui pourraient être expulsés de leur terre par le gouvernement qui souhaite y planter une partie des 7,6 milliards d’arbres destinés à juguler les effets d’une déforestation incontrôlée. « Le carbone contenu dans ces arbres pourrait devenir un atout financier très intéressant sur le marché du carbone », estime en effet le rapport. Un marché qui devrait d’ailleurs se développer avec le mécanisme REDD destiné à réduire les émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts et qui doit être discuté à Copenhague. Basé sur l’encouragement des pays en développement à protéger leurs forêts en en faisant payer le prix par les pays industrialisés, le mécanisme est pourtant dénoncé par les peuples indigènes. Ils craignent que cette nouvelle valorisation financière incite surtout les gouvernements à les expulser de leur territoire ou du moins, à leur imposer des restrictions sur l’usage traditionnel qu’ils en font et à l’accès aux ressources naturelles. « Dans l’avant projet actuel de la CCNUCC*, les références relatives aux droits des peuples indigènes (…) figurent entre parenthèse », souligne le rapport. A voir donc, comment elles seront finalement intégrées dans le document final. Mais il est à noter que lors de la récente rencontre à Manaus, au Brésil, entre Nicolas Sarkozy et Lula Da Silva pour préparer le sommet de Copenhague, la question indigène n’a pas été évoquée alors que les deux pays (la France avec la Guyane) sont largement confrontés au problème, souligne Survival. * Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
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