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Les Etats-Unis continuent à ignorer les risques climatiques

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 04-02-2004

En mars 2001, quelques semaines après sa prise de fonction à la Maison Blanche, le Président Bush annonçait que les Etats-Unis ne ratifieraient pas le Protocole de Kyoto, signé en 1997 par l'administration Clinton. Malgré ce retrait, la communauté internationale, et notamment européenne, a continué à défendre l'application du protocole, dont l'entrée en vigueur est désormais conditionnée par la ratification de la Russie.

En 2001, le président Bush avait déclaré le protocole de Kyoto "mort", suscitant d'emblée la consternation et la colère de l'opinion internationale. Sa décision de ne pas réglementer les émissions de gaz à effet de serre a été d'autant plus mal reçue que les Etats-Unis avaient promis de réduire avant 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 7% comparé au niveau des émissions de 1990, alors qu'elles ont en fait augmenté de plus de 10% entre 1990 et 2000. Les Etats-Unis sont en outre les plus gros pollueurs mondiaux. Ils représentent 4% de la population mondiale mais rejettent 25% des émissions mondiales de dioxyde de carbone. 20,5 tonnes de CO2 y sont émises par an et par habitant, contre 8,5 en Europe. Pour autant, le mode de vie des américains reste " non négociable ", selon l'expression utilisée par le père de Georges Bush lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Largement financés par le leader pétrolier Exxon Mobil pour leur campagne électorale, les Bush " père et fils " , ont toujours fermement défendu les intérêts économiques du secteur . " Je ne crois pas que le gouvernement devrait imposer aux fournisseurs d'énergie des réductions obligatoires des émissions de dioxyde de carbone, qui ne constituent pas un polluant selon la loi sur la qualité de l'air ", a ainsi déclaré le président des États-Unis en mars 2001 . Cette réglementation porterait atteinte selon lui à la santé économique des groupes charbonniers et pétroliers (50 % de l'énergie américaine provient encore de centrales thermiques au charbon) et induirait des pénuries d'énergie. Et pour cause : G.W. Bush s'est  fortement opposé aux recommandations d'un rapport du G8 sur la promotion des énergies renouvelables...


" Ne pas porter atteinte à notre économie "


En février 2002, l'administration Bush a annoncé le lancement d'un " plan alternatif " au Protocole de Kyoto (intitulé " Climate Vision "), reposant uniquement sur les engagements volontaires des entreprises, et dont les objectifs peuvent varier en fonction des impératifs de  la croissance économique... Cette initiative a provoqué la colère des associations écologistes , dont Greenpeace, qui y voyait " le plan alternatif du géant pétrolier ExxonMobil, présenté par le président Bush (...) Ce plan n'est rien de plus que la liste des conditions permettant à ExxonMobil de continuer impunément ses activités ", avait déclaré l'ONG. Le président américain défend depuis son arrivée à la Maison Blanche la mise en oeuvre de  " mesures prudentes " face aux changements climatiques. " Les mesures qui porteraient atteinte à notre économie ne feraient qu'entraver les moyens des Etats-Unis de mettre au point et en pratique de nouvelles techniques énergétiques ainsi que d'investir en vue d'améliorer le rendement énergétique et la productivité. Les Etats-Unis sont le 1er pays du monde concernant la mise au point de nouvelles technologies, la productivité dans le secteur industriel et la qualité de l'environnement ", a-t-il ainsi déclaré le 19 février dernier, réaffirmant sa volonté de privilégier les nouvelles technologies et l'innovation pour réduire les émissions de GES, au détriment d'une politique plus contraignante.

Le programme américain repose en effet essentiellement sur la science et la technologie, l'argument majeur de l'administration Bush résidant dans l'importance des crédits budgétaires  affectés aux programmes de recherche sur les changements climatiques : aux 4, 3 milliards de dollars affectés à ces crédits s'ajoutent en effet 5 milliards destinés à financer les avantages fiscaux octroyés aux entreprises qui s'engagent à réduire leurs émissions de GES...De toute évidence, l'administration Bush cherche encore à remettre en question le bien fondé des politiques internationales en matière de climat, reposant selon lui sur des " incertitudes " scientifiques. En juillet 2003, le gouvernement a ainsi affirmé vouloir " accroître sa compréhension du phénomène en mettant en place, d'ici 2008, différents programmes permettant de lever le voile sur la théorie du changement climatique ". L'administration Bush estime en effet que la production industrielle et la consommation ont certes " quelques effets importants sur le climat ", mais que ceux-ci " ne peuvent être convenablement quantifiés ". Très dépendante du pétrole ( qui représente 40% de ses besoins énergétiques) et du charbon, la 1ère  puissance économique mondiale a de plus en de difficultés à justifier son immobilisme aux yeux de l'opinion internationale. Et dans un pays où les poursuites judiciaires sont devenues une habitude, les dirigeants de grandes entreprises qui n'auront pas géré les risques climatiques en réduisant leurs émissions de GES pourraient se voir fortement attaqués...Et ne plus trouver d'assureurs acceptant de couvrir le " risque climat".

Véronique Smée
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