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Le nucléaire s'invite à Copenhague

Alors qu'elle était exclue des mécanismes du Protocole de Kyoto, l'énergie nucléaire pourrait finalement être intégrée dans ceux de Copenhague. C'est en tout cas ce que demandent certains pays et lobbys. Mais les anti-nucléaire veillent … Bataille autour de l'atome dans la capitale danoise.

Après un bâtiment de Copenhague, c’est la petite sirène – emblème de la ville- qui a été ornée d’une banderole « Don’t nuke the climate ! » (1). Des actions signées par les anti-nucléaires, dont le réseau Sortir du nucléaire pour la France, et qui montre la forte mobilisation de ces acteurs au sommet de Copenhague. Il y a douze ans, cette technologie avait été exclue du protocole de Kyoto. Dans la déclaration finale de l’UNFCCC de Marrakech en 2001, il était même expressément noté que les pays industriels devaient « s’abstenir d’utiliser des unités de réduction des émissions générées par des installations nucléaires. »

Mais aujourd’hui, la donne a changé. Dans son dernier rapport datant de 2007, le Giec considère que le nucléaire peut permettre de réduire les émissions de GES au même titre que les énergies renouvelables ou le captage et stockage du carbone. Dans une résolution, non contraignante du Parlement européen, adoptée fin novembre pour préparer le sommet de Copenhague, les députés estiment également que « le passage, à l’échelle internationale, à une économie à faible intensité de carbone, conférera à l’énergie nucléaire un rôle important dans le bouquet énergétique à moyen terme ». Non sans mentionner, comme l’avait fait le Giec, les précautions à prendre en matière de sécurité et de sûreté. Enfin, dans un communiqué, la World nuclear association se réjouit que le texte danois, qui a fait tant polémique au début du sommet de Copenhague, « n’excluait aucune technologie contrairement aux précédents accords qui excluaient le nucléaire des sources énergétiques privilégiées. A la place, il est mentionné un soutien au développement des « technologies favorables au climat ». »

Les mécanismes financiers convoités

Plusieurs mécanismes financiers pourraient potentiellement intégrer le nucléaire. Le mécanisme de développement propre (MDP) d’abord, qui permet aux pays industrialisés d’atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions en investissant dans les pays en développement. Pour certains experts et ONG comme Sortir du Nucléaire cela reviendrait à subventionner le nucléaire car les tonnes de CO2 ainsi évitées par la technologie sont remboursées en crédit d’émissions carbone. « Sachant que l’investissement dans une centrale est très lourd (2) et que l’on en perçoit pas les recettes avant 9 ou 10 ans, cela représente effectivement un intérêt », confirme François Sorin, de la société française d’énergie nucléaire et auteur du livre « Le nucléaire pour la planète, dix clés pour comprendre ». Mais le mécanisme, déjà critiqué pour sa faible efficacité voire ses effets néfastes sur l’environnement, est long et complexe et ne satisfait pas complètement l’industrie elle-même. Pour l’instant cependant, « le nucléaire n’a pas fait sa réapparition dans les discussions », note Charlotte Mijeon de Sortir du nucléaire, tandis que François Sorin estime que son inclusion « serait un événement » mais qu'elle est loin d'être acquise.

Mais d’autres mécanismes financiers pourraient être plus intéressants. Ainsi l’approche sectorielle permet par exemple aux pays émergents de donner des objectifs d’atténuation pour l’ensemble d’un secteur économique, comme la production électrique, et de négocier le financement entre pays. Celle-ci est fortement soutenue par les grands industriels et le Medef notamment. L’autre piste est celle des NAMAs (mesures d’atténuation appropriées au niveau national) qui permettraient d’obtenir un soutien financier international renforcé pour l’inclusion de tarifs d’achats destinés à orienter les investissements électriques dans des énergies faiblement émettrices de GES par exemple…Pour l’instant, le document produit par le groupe de travail sur la question, exclut « les technologies qui ont des effets néfastes sur l’environnement y compris, entre autres, les sources d’énergie nucléaire et les sources hydroélectriques d’envergure ». Néanmoins, en octobre dernier, lors des discussions préparatoires de la COP15 à Bangkok,  plusieurs pays ont exigé le retrait de cet article. Parmi eux notamment, des pays africains « où il ne serait possible ni financièrement ni techniquement de mettre en place des centrales nucléaires, estime Charlotte Mijeon. Mais pour eux cela reste synonyme de richesse et de modernité ». Pendant le sommet de Copenhague, ce groupe, qui pourrait faire basculer les négociations, est donc l’objet de toutes les attentions des lobbys, notamment de Sortir du nucléaire, explique le réseau sur son blog.

Une image du nucléaire qui évolue

Toutefois, si « le nucléaire doit être pris en compte dans toutes les discussions concernant le climat», l’objectif du lobby nucléaire n’est pas tant de s’immiscer dans les mécanismes financiers que « de s’imposer dans les esprits comme une contribution importante à la lutte contre le changement climatique », explique Christian Taillebois, directeur de communication de FORATOM, qui promeut le nucléaire en Europe. De fait, on voit l’image du nucléaire évoluer nettement au sein de la sphère politique et scientifique. « Les différents pays pensent de façon plus pragmatique », estime Christian Taillebois.

Effectivement, on observe en Europe un retournement de tendance en Suède, en Italie, en Belgique ou aux Pays-Bas. En Angleterre, où un plan de construction de 10 centrales nucléaires a été adopté, des figures de proue des Verts ou de Greenpeace, tels Chris Goddall et Stephen Tindale, militent aujourd’hui pour le nucléaire, tout comme le scientifique Jean-Marc Jancovici en France… Et des projets sont en cours ou en réflexion avancées dans une vingtaine de pays à travers le monde (on compte 31 pays nucléarisés aujourd’hui), par exemple au Maghreb. L’Hexagone, qui mise largement sur cette technologie, a d’ailleurs mandaté Fodé Sylla, déjà chargé de mission pour le développement économique en Afrique pour Areva, comme négociateur avec les pays africains sur le climat, fait remarquer Sortir du Nucléaire. Mais l’opinion publique française, elle reste encore plutôt méfiante. Et la pétition « don’t nuke the climate » de Sortir du Nucléaire a récolté 50 000 signatures.
Pour l’heure, difficile de savoir quel sera le sort fait au nucléaire dans les mécanismes financiers qui sont discutés à Copenhague, mais la technologie reste au centre d’un intense lobbying de la part des discrets « pro » et des plus spectaculaires « anti ».

(1) « Ni nucléaire, ni effet de serre » dans la traduction française

(2) 1,5 milliard d’euros pour une centrale de 1000 MW, source SFEN

Béatrice Héraud
Mis en ligne le : 14/12/2009
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