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Le GIEC trouve un consensus malgré les pressions politiques

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Publié le 06-04-2007



WWF

La publication du rapport du GIEC, qui devait avoir lieu en début de matinée vendredi 6 avril à Bruxelles, a du être reportée de plusieurs heures en raison de blocages politiques. La Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis ont en effet contesté certains passages du résumé pour les décideurs, synthèse de ces travaux sur les conséquences du changement climatique. Jugé trop alarmiste par les gouvernements de ces pays, un texte de consensus a finalement été négocié. Ses conclusions restent pessimistes.

"C'est la première fois que la science est ainsi mise en cause par les politiques", a rapporté un des participants de la réunion du GIEC, qui a pris fin aujourd'hui à Bruxelles. Les Etats-Unis, notamment, ont fait pression pour que soit supprimé un paragraphe indiquant que l'Amérique du Nord "devrait être localement confrontée à de graves dommages économiques et à des perturbations substantielles de son système socio-économique et culturel". Destiné à évaluer les conséquences écologiques, économiques et sociales du réchauffement, ce texte a également fait l'objet de pressions de la part de la Russie, de la Chine et de l'Arabie saoudite, ces deux derniers pays n'ayant pas, par ailleurs, ratifié le Protocole de Kyoto.
En décrivant de manière concrète l'avenir de la planète d'ici quelques décennies, le second rapport du GIEC risquait effectivement d'heurter davantage les esprits que le premier, qui portait sur la hausse des températures. " Ce nouveau rapport est le cœur émotionnel de la recherche en matière de changement climatique, le plus évocateur, qui décrit l'histoire, la manière dont ça va affecter les gens, vous, moi, le voisin ", explique Andrew Weaver, climatologue de l'Université de Victoria (Quebec). Le GIEC dresse à cet égard un tableau sombre de l'avenir planétaire, inéluctable à moins d'opérer des réductions drastiques d'émission de CO2. Pauvreté, famines, pénuries d'eau potable, fonte des glaciers et disparitions de nombreuses espèces sont " attendues " d'ici 2050. Les experts du GIEC attirent également l'attention sur le fossé entre les moyens dont disposent le Nord et le Sud pour faire face à ces bouleversements. "Nous devons comprendre ce que le changement du climat signifie pour nous dans nos propres vies et comment cela va affecter les systèmes naturels et sociaux", souligne le climatologue indien Rajendra Pachauri, président du GIEC. Parmi les conséquences prévues, la hausse des températures marines détruira probablement les récifs coralliens et les poissons qui en dépendent. Des dizaines de millions de personnes, notamment le long des côtes, risquent d'être affectées par cette pénurie, mais aussi par des inondations.
Si les changements climatiques affectent aujourd'hui les systèmes physiques et biologiques sur tous les continents, l'avenir décrit par le GIEC est bien plus inquiétant, en particulier pour les pays en développement qui auront plus de mal encore à s'adapter.
Des centaines de millions d'Africains, des dizaines de millions d'habitants d'Amérique latine connaîtront des pénuries d'eau dans moins de 20 ans. D'ici 2050, plus d'un milliard de personnes en Asie pourraient se trouver dans la même situation. Et d'ici 2080, ces pénuries risquent de menacer entre 1,1 milliard et 3,2 milliards de gens, en fonction des niveaux de gaz à effet de serre. Les continents frappés le plus durement seraient sans doute l'Afrique et l'Asie, ainsi que les îles et les pôles. L'Amérique du Nord, l'Europe et l'Australie seraient les plus épargnés. Enfin, entre 20 à 30 % des espèces végétales et animales connaîtront

La Cour suprême contre Bush

En reconnaissant que le CO2 est bien un gaz polluant, la Cour suprême des Etats-Unis met en difficulté l'administration Bush, qui refuse toujours de réglementer les émissions de gaz à effet de serre. L'Agence nationale de protection de l'environnement (EPA) avait ainsi refusé, en 2003, de réglementer les émissions de CO2 sur les automobiles, invoquant l'absence de preuves scientifiques sur les impacts climatiques. Une décision " arbitraire " selon la Cour suprême, qui ordonne à l'administration Bush de revoir sa position. L'instance suprême avait été saisie par une douzaine d'Etats, des ONG et plusieurs grandes villes américaines.

un risque croissant d'extinction si les augmentations de la température mondiale dépassent 1,5 à 2,5°C par rapport à 1990.

Polémique entre l'UE et l'Australie

Le rapport sera présenté au sommet du G8 organisé en juin en Allemagne. L'Union européenne qui espère convaincre les Etats-Unis de réduire leurs émissions (ils représentent 22% du CO2 mondial) aura fort à faire. En effet, la réunion du GIEC a donné lieu à de vifs échanges entre l'Australie et le Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, qui a fustigé en ouverture l'attitude des Etats-Unis et de l'Australie, les deux pays refusant toujours de signer le Protocole de Kyoto, ou même de se fixer des objectifs contraignants de réduction des émissions de CO2. "Si l'on veut vraiment donner un élan aux négociations internationales, il faut ratifier Kyoto", a-t-il dit. "Il est absolument nécessaire qu'ils agissent car autrement d'autres pays, surtout ceux qui sont moins développés, n'auront aucune raison d'agir." En réponse à ces critiques, l'Australie a appelé l'Union européenne à " en faire davantage pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre avant de sermonner l'Australie et les Etats-Unis. " Le Premier ministre australien John Howard a répliqué que " 12 pays de l'UE risquaient de rater les objectifs fixés par Kyoto. ", notamment le Portugal, le Danemark, l'Irlande, l'Espagne et l'Italie. "Voilà le porte-parole d'un groupe de pays qui nous sermonne sur le fait qu'on n'ait pas signé Kyoto, alors qu'une grande partie des pays au nom desquels il parle sont très loin de leurs objectifs de Kyoto, davantage que l'Australie", a déclaré Howard à la radio ABC. "Notre réponse au porte-parole de l'Union européenne est de dire 'mêlez-vous de vos affaires, faites en sorte que vos pays respectent les objectifs que vous avez proclamés".
De fait, les résultats provisoires pour 2006 affichent une augmentation des émissions de CO2 dans les pays européens qui participent au marché carbone, dues à une allocation excessive de quotas de CO2. L'Union européenne s'est néanmoins engagée à réduire d'au moins 20% ses émissions de carbone d'ici 2020.

Véronique Smée
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