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Comment a émergé le concept de sécurité climatique ? Jean-Michel Valantin. Le concept apparaît à la fin des années 90. De nombreux think-thank américains commencent à s'interroger sur la question de la sécurité environnementale, soit les effets de la problématique environnementale sur de possibles radicalisations ou apaisements des conflits. On voit alors émerger une réflexion stratégique sur la politique environnementale. L'année 2003-2004 marque un tournant, avec la parution d'un article retentissant dans la revue Nature, écrit par Sir David King, le conseiller scientifique de Tony Blair, qui affirme que la menace à venir n'est pas le terrorisme mais bien les effets dévastateurs que pourrait avoir le réchauffement climatique. Quasiment en même temps, le Pentagone publie un rapport sur les conséquences du réchauffement sur les relations internationales, et les problèmes géopolitiques qui pourraient en découler. Le réchauffement global est alors identifié par les autorités politiques comme porteur de menaces potentielles sur la sécurité nationale. Existe-il aujourd'hui une définition précise du concept? Jean-Michel Valantin. Différentes problématiques ont été condensées derrière ces mots. Aujourd'hui, on peut décliner la notion de sécurité climatique en cinq grandes dimensions. D'abord, l'absorption des chocs dus au réchauffement global, puis la récupération après ces chocs, l'adaptation à un environnement global en train de changer, la nécessité d'une mobilisation globale, et enfin la résolution des problèmes. Voit-on déjà apparaître des conflits d'origine « climatique » ?
Jean-Michel Valantin. Un conflit n'a jamais une cause unique, il est toujours d'origine multifactorielle. Mais si on prend le cas de l'Arctique, on voit bien que la fonte des glaces, qui crée un couloir de circulation et un accès aux ressources génère des convoitises et donc des tensions géopolitiques. En août 2007, l'Etat russe est allé planter un drapeau métallique dans le sous-sol arctique à l'extrémité de son territoire pour signifier clairement sa présence en Arctique. Le Canada et le Danemark cherchent aussi à faire valoir leurs droits. Sans parler des États-Unis, dont le Northern Command du département de Défense a entamé un travail de sécurisation de l'Arctique. On voit se dessiner un jeu diplomatique, économique et politique au Pôle Nord, qui est la conséquence directe des effets du réchauffement. La sécurité climatique devient donc une préoccupation stratégique majeure. Comment cela se traduit-il dans les politiques nationales ?
Jean-Michel Valantin. En devenant un enjeu essentiel des relations internationales. Par exemple, Margaret Becket a beaucoup insisté sur la mobilisation globale lorsqu'elle était ministre des Affaires étrangères de Tony Blair (2006-2007) pour pondérer les effets du réchauffement et, à terme, les réduire. L'Angleterre fait d'ailleurs partie des pays qui ont pris une large avance sur l'étude des conséquences socio-économiques du réchauffement. Aujourd'hui, cette préoccupation prend une toute autre dimension avec l'arrivée de Barack Obama à la tête des États-Unis. Il en fait un point essentiel de son programme en misant sur les énergies renouvelables, le nucléaire, ou encore l'efficacité énergétique. Surtout, il engage un travail de diplomatie climatique. Si on regarde les deux premières tournées internationales d'Hilary Clinton, en Asie et en Europe, elles ont notamment porté sur ces questions de sécurité climatique. Et en Europe ? Jean-Michel Valantin. L'Union Européenne aussi est de plus en plus sensible à la question. En mars 2008, le responsable européen de la politique étrangère, Javier Solana, a rendu le rapport « Changement Climatique et Sécurité internationale ». Il y mettait en garde sur les dangers induits par le réchauffement en termes de relations internationales, notamment sur une éventuelle crise de l'eau.
Doit-on s'attendre à voir se dessiner des puissances diplomatiques, maîtresses de la sécurité climatique ?
Jean-Michel Valantin. Il est clair que la lutte contre le réchauffement climatique implique une évolution politique importante. De nombreux secteurs politiques, notamment américains, ont bien compris que la réponse à ces enjeux pouvait être un moyen de renouveler la puissance américaine. Mais sur ce terrain, nous ne sommes pas dans la définition classique de la puissance. Personne n'a envie de voir des populations entières se transformer en réfugiés climatiques. La gestion de la sécurité climatique implique donc forcément une collaboration internationale. Cela passera par des projets communs, comme le programme scientifique engagé par la Hollande et le Bangladesh pour lutter contre la montée des eaux. On voit également se créer des réseaux internationaux de grandes et moyennes villes qui échangent sur leur difficultés et leur pratiques, en termes de gestion des réseaux urbains par exemple. En fait, nous sommes en train d'assister à l'émergence d'une culture internationale du développement durable qui vise à répondre aux enjeux environnementaux, certes, mais aussi aux enjeux sociaux et économiques. Justement, la création d'une gouvernance internationale sur ces questions est-elle pertinente?
Jean-Michel Valantin. Non, je ne crois pas. La pensée politique et stratégique se fait aujourd'hui dans un cadre multipolaire, dans lequel les États-Unis restent une grande puissance. Quand on parle de globalisation, on parle en réalité d'interdépendances, dans nos relations réciproques, et dans nos relations avec les écosystèmes. L'adaptation au réchauffement passe alors par des échanges. C’est une bonne chose qu'il existe plusieurs niveaux de gouvernance. D'ailleurs, c'est une caractéristique essentielle de la dimension collaborative : il faut que les acteurs locaux puissent aussi échanger efficacement à leur niveau. Jean-Michel Valantin est l’auteur de « Menaces climatiques sur l'ordre mondial », Lignes de Repères, 2005.
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