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![]() Cultures victimes de la sécheresse
Planète \Environnement \ClimatLa sécheresse, conséquence prévisible de la canicule80 départements français sont touchées par la sécheresse actuelle et 31 se trouvent dans une situation préoccupante, selon le ministère de l'Ecologie. Pour faire face, 43 départements ont pris des mesures de restriction d'eau, tandis que le gouvernement a lancé une campagne de communication pour inciter les citoyens à économiser l'eau. Enfin, deux dérogations ont été demandées -et obtenues- à Bruxelles pour faire face à la canicule : l'une concerne les centrales nucléaires et l'autre vise à protéger les élevages des agriculteurs.
Quatre grandes zones sont particulièrement touchées par la sécheresse : le bassin parisien, le Sud-est, les Pays de Loire et le Poitou-Charentes. Les débits sont redescendus à des niveaux que l'on n'observe en moyenne qu'une fois tous les dix ans, voire même une fois tous les vingt ans dans le cas de la Garonne, du Tarn et de l'Aveyron, a déclaré le ministère de l'Ecologie lors de la réunion du comité sécheresse. Sur la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur et la côte Atlantique, les déficits de pluviométrie sont "extrêmement importants" - entre 20% et 50% - et "nous ramènent à la période de 1976" de la grande sécheresse, a souligné la ministre de l'Ecologie, Nelly Olin. Les nappes phréatiques sont au plus bas, notamment dans le bassin parisien, tandis qu'une baisse générale des débits des cours d'eau est constatée depuis le mois de juin. La ministre a donc lancé une vaste de campagne de communication qui sera diffusée jusqu'au 22 août, afin d'inciter les Français à réduire leur consommation d'eau au quotidien. 3 milliards de litres d'eau pourraient être ainsi économisés chaque jour par de "petits gestes" (prendre une douche plutôt qu'un bain, fermer les robinets qui gouttent, ne pas arroser...). Le WWF dénonce les conséquences de l'irrigation en Méditerranée
Selon un rapport de l'ONG, les périodes de sécheresses, causées notamment par l'irrigation, sont de plus en plus fréquentes et dévastatrices dans la région méditerranéenne. Le WWF montre que les surfaces irriguées y ont doublé depuis les années 60. L'agriculture irriguée représente à elle seule 65 % de la consommation totale d'eau ; ce qui en fait le plus gros consommateur d'eau en Méditerranée. "Les subventions de l'Europe et des gouvernements nationaux ont encouragé l'abandon de plantations traditionnelles comme les oliviers et les citronniers, pour lesquelles l'eau de pluie seule suffisait, au profit de cultures très consommatrices en eau, comme le maïs et la canne à sucre," souligne le rapport. L'irrigation permet en effet à ces cultures de pousser plus vite et entraîne de plus gros rendements, même dans les zones arides, mais, rappelle l'ONG, "si l'on ne gère pas l'eau avec plus de prudence, la sécheresse deviendra chronique et les hommes en souffriront d'autant plus que l'eau nécessaire à d'autres besoins, comme boire, se laver et cuisiner, viendra à manquer." La sécheresse a déjà fait des ravages, prévient le rapport. En 2003, elle a coûté près de 11 milliards d'euros en Europe et fait près de 40 000 morts. En Espagne, l'été dernier, conséquence de la sécheresse, le secteur agricole a perdu plus de 2 milliards d'euros. L'irrigation de l'agriculture mise en cause Les agriculteurs craignent de leur côté une forte diminution des récoltes et ont demandé des mesures d'aide au transport du fourrage pour leurs élevages, ainsi que des indemnisations pour le manque à gagner. Pour faire face au manque d'eau et de fourrage, le gouvernement a obtenu de la Commission européenne le droit de "pâturer les jachères" pour que le bétail puisse se nourrir, sur une partie du territoire. Une mesure étendue aujourd'hui à l'ensemble des départements français. Pour l'UFC-Que choisir, cette situation n'a rien de surprenant : "ce retour continuel de la pénurie d'eau en été s'explique par un facteur essentiel : la France détient le record mondial de progression de l'irrigation depuis le début des années 1980," dénonce l'association, qui milite pour une taxation de l'agriculture irriguée, fortement consommatrice d'eau, et "dont le prix n'est pas répercuté sur les agriculteurs mais sur le contribuable." L'UFC-Que Choisir rappelle par ailleurs qu'en France, l'irrigation agricole représente 80 % de la consommation nationale nette d'eau durant l'été et cite les chiffres de l'OCDE, qui montrent qu'entre 1980 et 2001, les superficies irriguées ont augmenté de 89,7% en France contre 29,9% pour la moyenne mondiale et 28,5% pour la moyenne de l'Union Européenne à 15, souligne l'association dans un communiqué paru le 28 juillet. "Les pays recensés par le bilan de l'OCDE ne présentent pas de croissance de l'irrigation comparable à celle de la France. Les grandes nations agricoles ont une évolution beaucoup plus modérée : +9,3% pour les Etats-Unis, + 59% pour l'Australie et -14% pour le Japon." Ces chiffres ne prennent pas en compte, toutefois, la diminution des surfaces irriguées françaises en 2005, qui n'est pas encore validée par un organisme statistique officiel. "Mais, en admettant que cette baisse soit avérée, la France garderait sa place de numéro 1 mondial," indique l'UFC. Et le projet de loi sur l'eau, en cours d'examen par les assemblées, ne permettra sans doute pas d'inverser le cours des choses en réservant une place symbolique aux mesures agro-environnementales. Dérogation pour le nucléaire Autre conséquence de la canicule, le réchauffement des centrales nucléaires a fait l'objet d'une dérogation de Bruxelles, comme ce fut déjà le cas lors de la canicule de 2003. A la demande du gouvernement français, les autorités européennes ont autorisé EDF à effectuer des rejets d'effluents au delà des autorisations en vigueur sur les niveaux de température. La dérogation concerne les fleuves de la Garonne, de la Meuse, de la Moselle, du Rhône et de la Seine, "soit la majorité des centrales en bord de cours d'eau (28 réacteurs sur 44 - 14 réacteurs étant en bord de mer), indique Greenpeace. Alors que l'élévation "naturelle" de la température des cours d'eau concernés n'est pas sans conséquences, la nouvelle dérogation va contribuer à fragiliser encore davantage des écosystèmes déjà durement éprouvés." EDF précise de son côté qu'une surveillance renforcée de la faune et de la flore des fleuves et des rivières a d'ores et déjà été mise en œuvre pour la préservation de ces milieux, fragilisés par la situation climatique.
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