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Pourquoi la Russie s’opposerait-elle au Protocole post-Kyoto ?
Marie-Hélène Mandrillon : Notamment parce que la Russie n’a toujours pas de politique climatique et aucune feuille de route pour l’après-Kyoto. Le fait d’avoir ratifié le protocole de Kyoto en 2004 ne l’avait pas engagée à grand chose, hormis d’établir un cadastre des émissions, de produire des rapports réguliers et de mettre sur pied une agence nationale, pour la mise en œuvre du traité. En effet, bien qu’étant à l’époque le deuxième émetteur de gaz à effet de serre après les USA- aujourd’hui 3ème après la Chine- ses émissions en 2004 étaient bien inférieures au niveau de référence de 1990, avant l’effondrement économique qui a suivi l’implosion de l’URSS. Aujourd’hui encore, la Russie est 30% en dessous du niveau de ses émissions de 1990. De plus, certaines administrations russes étaient contre la ratification. Youri Izrael, scientifique académicien, qui était vice-président du GIEC au moment de la ratification, pensait même que le réchauffement pouvait avoir du bon pour la Russie et réfutait l’impact de l’Homme dans le phénomène climatique. Si bien que les autorités ne subissent aucune pression ni de la part des scientifiques ni venant de la société, ce qui laisse les mains libres aux clans qui s’affrontent à l’intérieur du pouvoir. D’autant que la nouvelle donne de l’après-Kyoto impliquerait que la Russie mette enfin véritablement en œuvre des mesures conséquentes et donc coûteuses pour accroître son efficacité énergétique.
« Un accord sans la Russie n’est pas totalement impossible »
Richard Baron de l’Agence internationale de l’énergie estime que « la Russie n’est pas très présente plus qu’elle n’est négative ». Selon lui, « ce qui fait barrage à une posture positive de la Russie est le gros excédent de quotas dont lui ont fait cadeau les autres pays développés lors de Kyoto […] de l’ordre de deux à trois milliards de tonnes de CO2. » L’expert de l’AIE se veut positif : « Un accord sans la Russie n’est pas non plus totalement impossible ». Si la Russie ne signait pas, « elle se retrouverait dans l’impossibilité de revendre ces quotas. De plus, les autres pays pourraient lui imposer un ajustement aux frontières pour ses émissions de CO2. »
Pourquoi Vladimir Poutine a-t-il ratifié le traité en 2004 ?
Marie-Hélène Mandrillon : Plus qu’écologiques, les arguments en faveur du traité tenaient avant tout à des enjeux de politique étrangère. En se rangeant du côté de l’Union européenne pour Kyoto, la Russie obtenait en échange son soutien pour entrer dans l’OMC. La Russie avait aussi sa place au sein du G8 à conforter, à l’époque. Avec le retrait des Etats Unis, Poutine était en situation d’arbitrer : la mise en œuvre du traité tenait à sa ratification. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui et la Russie n’a pas grand-chose à gagner à signer l’accord. De plus, comme on l’a vu, on lui donnait des conditions très favorables en 2004 et il pouvait, de surcroît, bénéficier d’investissements étrangers, pour rénover ses gazoducs vétustes, au titre des mécanismes prévus par le Protocole. Mais en fait, la pluie d’or n’a pas eu lieu car le pays a mis trop de temps à se mettre en conformité. Seul Gazprom a bénéficié de huit projets d’investissements. Le passage du charbon au gaz de centrales électriques n’a pas été soutenu et les projets sont gelés depuis la crise. En revanche, la Russie s’est, jusqu’à présent, toujours refusée à vendre les quotas d’émissions qu’elle possède et qui représentent des millions d’euros. Quelle est la position officielle du pays?
Marie-Hélène Mandrillon : Il n’y a pas de stratégie affirmée, hormis la mise en cause des catégories de pays - qu’elle n’est du reste pas la seule à vouloir changer. La Russie fait partie jusqu’à présent de la catégorie I, regroupant les puissances qui portent la responsabilité historique en matière d’émissions. Elle réfute désormais cette responsabilité et aimerait être traitée plutôt comme un pays de catégorie II, dont le développement ne doit pas être bridé, à l’image de la Chine. A Poznan, la délégation russe s’est refusée à des engagements supérieurs à 10 ou 15% à l’horizon 2020 alors que les objectifs en discussion pour les pays de catégorie I sont de l’ordre de 25 à 40%. En fait, les observateurs redoutent que la position russe soit davantage le résultat de l’anarchie administrative russe plutôt que le résultat d’une réelle réflexion. Lors de la dernière rencontre, à Bonn, début avril, seuls cinq délégués russes étaient présents, du ministère des Affaires étrangères, des diplomates compétents mais qui n’ont pas forcément le dernier mot. L’opérateur décisionnaire étant le ministère de l’Economie. Je crains que jusqu’au dernier moment, on ne sache pas quelle est la position russe. Le discours des Affaires étrangères est pour un accord mais si demain, quelqu’un de l’administration présidentielle arrive, il peut avoir un tout autre discours.
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