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La Russie au centre de la conférence de l'ONU sur le climat

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 08-12-2003



Après une période d'intenses négociations (1997- 2001) sur les modalités de mise en œuvre du Protocole de Kyoto, l'heure est désormais à la discussion sur son application. L'Europe a certes considérablement avancé dans ce domaine, puisque le marché des droits d'émissions de gaz à effet de serre doit entrer en vigueur début 2005, et que l'appareillage statistique permettant de surveiller les émissions a également été adopté par le Parlement. L'Union européenne dispose donc, en théorie, de tous les outils nécessaires pour permettre le respect de son engagement pris dans le cadre de Kyoto : réduire de 8% ses émissions de GES d'ici à 2008-2012, par rapport au niveau atteint en 1990. Pourtant, les chances de mise en œuvre du Protocole de Kyoto sont de plus en plus incertaines, dans la mesure où il doit s'appliquer à 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour fonctionner. Or, sans l'accord de la Russie, les pays signataires représentent " seulement " 37,6% des émissions mondiales, la Russie en totalisant 17, 4% du total mondial. Les Etats-Unis, pays le plus émetteur avec 36%, refusent depuis toujours de ratifier le Protocole, invoquant le risque de " frein de la croissance économique ". Un argument repris par le conseiller de Vladimir Poutine à la conférence de Milan, qui a estimé qu' " il ne serait pas juste que la Russie doive baisser le niveau de ses émissions de gaz à effet de serre et brider sa propre croissance alors que des nations qui produisent une part importante des émissions refusent de s'associer au protocole ". Le traité, qui prévoit une réduction des GES de 8% d'ici 2012 -par rapport à 1990, année de référence-, pourrait donc n'être jamais appliqué.

Du réchauffement au refroidissement

Par ailleurs, une nouvelle étude de l'Agence Européenne de l'Environnement publiée le 2 décembre montre que l'Europe elle-même rencontre des difficultés pour respecter ses engagements. Selon AEE, l'Europe ne réduirait ses émissions que de 0,5% en 2010 par rapport à 1990, très loin des 8% requis par le protocole...Si l'agence confirme une réduction effective de 2,3% en 2001, elle a du revoir à la baisse ses estimations pour 2010, en raison de la " sous-performance " allemande et des mauvais élèves que sont le Danemark (+16,8 en 2010 alors qu'il devrait au contraire réduire ses émissions de 21%), l'Espagne (autorisée à accroître ses rejets de 15%, elle devrait atteindre le chiffre de 48,3% ), la Belgique (+15,4%), les Pays Bas (+6% au lieu de -6%), et la France (+9,5% au lieu de 0%). Seules la Suède et la Grande-Bretagne seront capables de remplir leurs objectifs, voire de les dépasser. Ces projections alarmantes de l'AEE soulignent l'urgence des mesures à prendre, au moment où certains experts mettent en garde contre les risques actuels. Selon Damiano Di Simine, président de la Commission internationale pour la protection des Alpes, entre 5 et 10% de la glace alpine fond chaque année. 1,5 milliard de mètres cubes d'eau auraient ainsi été déjà perdus. De son côté, le WWF rappelle que les régions les plus exposées au risque de fonte des glaciers sont l'Equateur, le Pérou et la Bolivie, où ils fournissent de l'eau toute l'année et sont souvent la seule réserve en eau des grandes villes pendant les périodes sèches, tout comme la chaîne himalayenne, où le risque d'une inondation catastrophique est très sérieux et où les glaciers fournissent de l'eau à 1/3 de la population mondiale.  " Suite à la canicule de l'été 2003, si le phénomène se confirme, les Alpes perdront la majeure partie de leurs glaciers dans les prochaines années provoquant des crues du Rhône, du Rhin et du Pô qui y trouvent leur source ", prévient l'organisation écologiste. Les glaciers sont extrêmement importants parce qu'ils réagissent rapidement aux changements climatiques et leur déclin affecte directement les écosystèmes et les populations humaines'', souligne Jennifer Morgan, directrice du Programme Changement Climatique du WWF . Par ailleurs, la fonte des glaces dans l'Arctique refroidit actuellement l'océan Atlantique, dont la chaleur exerce une influence importante sur le climat tempéré de l'Europe. Si ces glaces du continuent à fondre à leur rythme actuel, les températures de l'Europe baisseront fortement après cinq décennies -ou plus- de hausse. Ce retournement pourrait entraîner des problèmes pour les régions qui, d'ici là, se seront adaptées à des conditions plus tropicales, selon  les scientifiques présents à la conférence de Milan.

Véronique Smée
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