La conférence de l'ONU sur le climat ne prendra pas de décisions majeures

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 24-10-2006

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La Conférence internationale des Nations Unies sur le climat, qui aura lieu à Nairobi (Kenya) du 6 au 17 novembre prochain, est annoncée comme une étape de transition dans la politique internationale sur le climat. Son objectif n'est pas d'aboutir à de nouvelles négociations mais plutôt de consolider les mécanismes existants et de faire participer les pays en développement, notamment africains, à la lutte contre le changement climatique.

Alors qu’en 2005,  la Conférence internationale sur le changement climatique avait abouti a des engagements internationaux au terme de deux semaines de négociations difficiles, le rendez-vous 2006 est d’ores et déjà annoncé comme une étape de « consolidation » des mécanismes existants, ainsi qu’une tentative d’y intégrer les pays africains. Parmi ces mécanismes, le MDP (mécanisme de développement propre), mis en œuvre dans le cadre du protocole de Kyoto, consiste pour les pays industrialisés, à financer des projets d’énergie propre dans les pays émergents pour compenser leurs émissions de CO2. Selon les estimations des experts, le MDP pourrait générer plus d’un billion de tonnes de réduction de CO2 d’ici fin 2012, soit l’équivalent des émissions de la France et du Canada réunis. Depuis 2005, année d’entrée en vigueur du protocole, le MDP connait un certain succès (1000 projets en cours), mais il reste concentré en Inde, en Asie et au Brésil, l’Afrique n’ayant attiré que 3 projets MDP (dont un champ d’éoliennes au Maroc à l’initiative du groupe Lafarge). La répartition géographique de ces projets constituera donc l’un des enjeux clé de la conférence qui se tient cette année en terre africaine, à Nairobi.

Les coûts du changement climatique

Une étude menée par les économistes du « Global development and Environment Institute » de l’université de Tufts aux Etats Unis pour les Amis de la Terre montre que le changement climatique un coût économique extrêmement élevé. Intitulé « Changement climatique - le coût de l’inaction », le rapport met en évidence les dépenses causées par un éventuel échec des gouvernements à prendre des mesures pour maintenir la hausse des températures à 2° au dessus des niveaux de l’ère pré-industrielle. Le coût pour l’économie pourrait atteindre 20 trillions de dollars en 2100, soit entre 6 et 8% du résultat économique de cette période. Gigantesques, ces chiffres sont néanmoins sous-estimés car ils ne tiennent pas compte du coût lié à la perte de biodiversité ou d’événements climatiques extrêmes. Si les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître au rythme actuel, les températures pourraient augmenter de plus de 4° en 2100 et les dommages économiques annuels pourraient atteindre 20 000 milliards de dollars d'ici 2100, soit  6% à 8% de la production économique mondiale à cette époque, indique le rapport. Une autre étude, menée pour l'entreprise Shell, a évalué pour la première fois le marché des services et technologies destinés à lutter contre le changement climatique. Elle estime que le marché pourrait atteindre 30 milliards de livres pour les seules entreprises britanniques au cours des dix prochaines années. Parmi les marchés identifiés figurent le secteur de la construction, l'électricité renouvelable, les carburants renouvelables pour les transports et l'efficacité énergétique.


Au–delà de l’Afrique, c’est l’ensemble des pays en développement et émergents que les états signataires du Protocole de Kyoto, notamment l’Europe, veulent convaincre. Rappelons en effet que les états participant au Protocole ne représentent que 30% des émissions mondiales de GES et que même si les Etats-Unis décidaient un jour de les rejoindre, Kyoto ne couvrirait que 50% des émissions mondiales. « L’augmentation des GES dans les pays émergents est très rapide, il faut les convaincre de participer à la réduction globale des émissions sans pour autant remettre en cause leur développement », souligne Paul Watkinson, coordonnateur de l’action internationale pour la Mission Interministérielle de l’Effet de Serre (MIES). Réconcilier économie et climat fera partie des thèmes abordés à Nairobi, d’autant que les changements climatiques risquent d’avoir des impacts encore plus forts sur les pays émergents, selon les experts. « Le déséquilibre actuel entre l’offre et la demande énergétique risque de se généraliser dans les années à venir, explique Paul Watkinson. Tous les pays doivent prendre en compte l’idée que la sécurité énergétique et la sécurité climatique vont de pair ». Ils devront également accepter d’investir dans les sources d’énergies plus propres, ce qui représente selon l’Agence Internationale de l’Energie, quelques 17 000 milliards de dollars. « La question est de savoir comment partager ces investissements, et comment la Chine et l’Inde vont y participer » indique Paul Watkinson.
Autre question délicate : la déforestation, qui représente entre 20 et 25% des émissions de GES. La déforestation limite en effet considérablement la capacité des forêts à capter le carbone et fait partie, à ce titre, des enjeux climatiques internationaux. Mais la conférence ne permettra pas pour autant d’évoquer le problème. Le Brésil est fermement opposé à en discuter dans le cadre de l’ONU, considérant qu’il s’agit d’une question nationale qui pose par ailleurs de multiples problèmes économiques et politiques.

Participation de l’Inde et de la Chine ?

Outre les questions énergétiques, la mise en œuvre d’un système mondial de réduction et de compensation des émissions de gaz à effet de serre soulève des problèmes techniques, politiques et économiques complexes. C’est pour cette raison que la conférence Nairobi abordera essentiellement les questions méthodologiques et techniques, comme la possibilité d’effectuer des transferts de technologies propres dans les pays émergents. Le captage et le stockage du CO2 seront également examinés comme procédés à inclure dans le système mondial de réduction des émissions de GES, ainsi que l’entrée probable du secteur aérien européen dans le Protocole de Kyoto, jusqu’ici exclu des mécanismes de réduction.
Quand aux négociations politiques, qui conditionnent les engagements d’acteurs majeurs comme les Etats-Unis, elles ne sont envisagées qu’à partir de 2008. « D’ici là, le contexte américain aura pu évoluer avec l’après-Bush, rappelle Paul Watkinson. Nous avons des raisons d’être optimistes sur la participation future des Etats-Unis. L’administration a déjà cessé d’être négationniste concernant la réalité des changements climatiques et les entreprises savent qu’elles devront faire face, tôt ou tard, à des contraintes sur leurs émissions de GES. Plusieurs sénateurs américains commencent également à se démarquer en ce sens ».
L’an passé, la Conférence avait permis de trouver un consensus sur la suite à donner au protocole de Kyoto, en définissant des engagements contraignants sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les délégués avaient ainsi adopté une feuille de route accordant sept ans - d'ici 2012 - aux pays signataires du protocole pour négocier et ratifier de nouveaux accords. Un nouvel objectif de réduction a par ailleurs été fixé pour chacun des États membres de l'UE à 15 et les autres pays de l'UE à 25 se sont vus assigner des objectifs de réduction compris entre 6 % et 8 %.

Véronique Smée
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