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En 2130, dans le monde du projet Atlantis, le niveau de la mer s’est élevé de 5 mètres. Une montée graduelle, continue – 1 mètre tous les 20 ans – nourrie de l’effondrement de la calotte occidentale de l’Antarctique. Un risque réel, pointé dès la fin des
Trois scénarios face à la montée des eaux
En gros, face à l’élévation du niveau de la mer, l’alternative stratégique se résume à la protection ou la retraite. Faut-il faire barrage ou abandonner le terrain à la mer ? Déplacer des populations ou risquer des inondations en cas de rupture de digue ? Dans l’exercice camarguais, à partir de 2050 et au-delà, l’option retenue a été celle du « retrait stratégique organisé, avec une relocalisation de la population non soumis aux conséquences de l’élévation du niveau de la mer », note Marc Poumadère. Dans l’estuaire de la Tamise, en 2130, un mélange de protection, d’accommodation et de retraite régnerait, avec une zone de la City londonienne transformée en Venise britannique. En Hollande, dans le delta du Rhin, les villes d’Amsterdam et de Rotterdam seraient abandonnées… Et avec elles une grande partie du territoire.
année 1970 mais considéré comme très faible (5 % de chances de survenir), et dont la date de déclenchement, la durée, l’amplitude restent âprement discutées. Cette plateforme glaciaire en forme d’avancée sur l’océan, « iceshelf » en anglais, s’étend sur plusieurs centaines de mètres d’épaisseur et représente à peu près 10 % du volume des glaces de l’Antarctique. « S’il se détachait de la terre et glissait dans l’océan, cela provoquerait une hausse additionnelle du niveau de la mer de 5 à 6 mètres. Il n’est pas nécessaire que la glace fonde, le simple déplacement de ce volume suffirait» écrit Marc Poumadère, de l’Institut Symlog et responsable français du projet.Anticiper les adaptations
Ce scénario-catastrophe, hypothétique mais plausible, est au coeur du projet Atlantis. Une vaste étude d’impact financée entre 2003 et 2005 par la Commission Européenne et associant des universitaires de 6 pays : Allemagne, Angleterre, Autriche, France, Suède et Pays-Bas. Plus que les conséquences de l’événement lui-même, déclinées au fil de trois études de cas – le delta du Rhin pour les Pays-Bas ; Londres, via l’estuaire de la Tamise ; et la région de la Camargue, en France – l’étude a porté sur les capacités d’adaptation des populations à un tel changement. Les réponses collectives ont été élaborées à l’aide de « focus group » locaux, plongés dans un futur incertain. Le saut dans l’avenir s’est effectué en deux temps : une première vague d’entretiens menés, dans le cas de la France, auprès d’une trentaine d’acteurs : scientifiques (hydrologie, géographie…), professionnels issus des secteurs de l’assurance ou de la santé publique, et représentants des parties prenantes camarguaises (élus locaux, industriels, éleveurs, agriculteurs, prêtre…). Puis au cours d’un « workshop » d’une journée, avec un groupe d’une quinzaine de personnes repérées lors des discussions téléphoniques. L’atelier, véritable séance de jeu de rôles, s’est déroulé lui en quatre phases fixés aux dates charnières de 2004, 2030, 2050 et 2130. Ces « tours de jeu », appuyés par des cartes et des documents, réels ou imaginaires, ont permis aux participants de se projeter dans l’avenir et d’élaborer une stratégie de réponse commune. A chaque phase, des éléments scénaristiques liés à l’élévation du niveau de la mer étaient fournis, accompagnés d’autres, d’ordre socio-économique et démographique. « La situation réelle, en 2004, nous a servi de scénario de base. Ensuite, à partir des projets de développement existants localement, des entretiens préalables et des grandes tendances extrapolées à l’aide des chiffres de l’INSEE, nous avons construit des futurs potentiels les plus réalistes possibles, » détaille Gabriela Pfeifle, membre de l’ex-équipe Atlantis et aujourd’hui à l’INERIS. Une approche « sans contrainte »
« Je dois avouer qu’au départ, j’étais plutôt dubitatif. Mais la démarche m’a finalement séduit, avoue Alain Dervieux, ingénieur écologue au CNRS et Président de la Commission gestion de l’eau au Parc Naturel de Camargue. Ce projet nous a tous marqué. Outre le plaisir de rencontrer des gens aux raisonnements très divers, le jeu de rôles permet de faire passer des notions aux relais d’opinion, et donc à nos concitoyens. Cela me parait essentiel en tant qu’élu local. Car pour arriver à un consensus, il faut que les personnes aient conscience du risque. C’était déjà le cas, et maintenant encore plus, d’autant que l’exercice nous a aidé à préciser certains aspects matériels. » « Le grand avantage d'une telle démarche est la liberté qu'elle donne aux « joueurs », constate Gabriela Pfeifle. En situation de jeu, les participants qui incarnent chacun un rôle peuvent donc non seulement s'exprimer sans arrière-pensées politiques, mais aussi spéculer, imaginer des solutions qui sembleraient difficiles à proposer dans la réalité quotidienne. « L’un d’eux a même parlé de reconstruire la Camargue, évoquant les "Saintes-Maries de la Terre". »
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