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En matière de lutte contre le réchauffement climatique, l'engagement indien s'est en fait concrétisé en juin 2008. Le gouvernement de Manmohan Singh avait alors présenté son « Plan national d'action sur le changement climatique », décliné en huit missions interministérielles : solaire, efficacité énergétique, habitat durable, eau, protection de l'écosystème himalayen, lutte contre la déforestation, agriculture durable et développement de la recherche scientifique et technologique. Avec à la clé, quelques objectifs chiffrés (replanter des forêts pour passer de 23 à 33% de couverture forestière par exemple) jugés encore trop frileux par les écologistes indiens. Pour le Climate Change India, réseau d'experts environnementaux, « ce plan s'apparente plus à une sorte de catalogue de déclarations, sans proposition concrète ou rapidement applicable. Il n'affiche pas d'objectif précis, ni de calendrier à court, moyen ou long terme. » Les écologistes reprochent par ailleurs au gouvernement de n'avoir pas impliqué la société civile dans la réflexion en amont, et soupçonnent une volonté faussement sincère. D'autant que la pollution, véritable défi de santé publique qui touche plus durement les plus pauvres, n'est pas prise en compte dans ce plan. Des énergies renouvelables pour les villes et les entreprises Pourtant, l'Inde se trouve à la pointe sur certains secteurs « propres ». Depuis de nombreuses années, le gouvernement s'est engagé dans la voie de l'éolien, au point d'être aujourd'hui le premier producteur asiatique d'énergie éolienne. L'Inde possède en effet une façade maritime longue de 7600 kilomètres et donc, des vents très forts. Depuis 1990, le gouvernement élabore des mesures incitatives pour promouvoir cette énergie, de sorte qu'aujourd'hui, les entreprises utilisant l'éolien peuvent déduire de leurs impôts 80% de l'investissement dédié. Quant à l'énergie solaire, elle n'est pas en reste : la mission nationale a fixé des objectifs de production de 20 000 mégawatts d'ici 2020. Le gouvernement a par ailleurs récemment conclu un projet commun avec les États-Unis qui devrait permettre à 60 villes indiennes d’être alimentées en énergie solaire d’ici 2020. Le Département d'État à l’énergie américain et le All India Institute of Local Self Governement ont ainsi mis en place plusieurs partenariats entre villes américaines et indiennes : Ahmedabad a été associée à Atlanta et Colombus, Bangalore à San Francisco, Chennai à Denver, Delhi à Chicago, etc. Si aujourd'hui les sources d’énergies renouvelables représentent 7% de la production énergétique du pays, de nombreux États indiens se sont fixé comme objectif d’atteindre les 10% d’ici 2012. Un programme certes ambitieux, mais à mettre en regard avec la réalité des territoires ruraux : aujourd'hui 44% des Indiens ne sont toujours pas raccordés au réseau... Nouveau gouvernement et nouvelle stratégie internationale
Certes, l'Inde se refuse encore à adhérer à un engagement international chiffré pour la réduction de ses émissions. Son argument ? Ramenées au nombre d'habitants, les émissions de C02 n'ont plus du tout le même impact. Les indiens émettent chacun à peine une tonne de CO2 par an, quand la Chine émet 3,6 tonnes de CO2 par tête, et les États-Unis, plus de 20. Cependant, le positionnement indien sur la scène internationale semble s'assouplir. Pour Emmanuel Guérin, en charge du climat et des approches sectorielles à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), « la position indienne est très intéressante, car en train de bouger. Le changement de gouvernement [en avril 2009] a modifié la donne, surtout au niveau de la stratégie internationale. Aujourd'hui, Manmohan Singh ne veut surtout pas porter la responsabilité d'un échec à Copenhague. » Car les élections législatives d'avril dernier ont offert au parti de Manmohan Singh, le Parti du Congrès, une relative victoire. Renforcé par ces électeurs, le premier ministre indien a désormais plus de poids pour faire avancer des réformes jusqu'ici freinées par un gouvernement de coalition trop hétéroclite. Dans le cadre du G8 Énergie de Rome, en mai 2009, l'adhésion indienne au Partenariat international pour la coopération sur efficacité énergétique (IPEEC) en est une première preuve. Et plus récemment, le Mémorandum d'accord sur la coopération en matière de lutte contre le changement climatique, co- signé avec la Chine le 21 octobre dernier, témoigne de la volonté indienne de jouer un rôle décisif dans le camp des grands émergents. Les deux pays devraient ainsi échanger leurs points de vue « sur les questions concernant les négociations internationales sur le climat, les politiques et mesures intérieures, et la mise en application des projets de coopération », au cours de réunions annuelles. Avec toutefois un objectif prioritaire : favoriser la croissance et le développement de leurs pays.
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