Greenpeace Allemagne dénonce la connivence entre politiques et oligopoles énergétiques

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Publié le 10-05-2007

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Greenpeace vient de publier un « Livre noir des tueurs de climat » dénonçant les connivences entre le monde politique et le secteur de l'énergie allemands. L'ONG souligne le paradoxe entre l'affichage d'une priorité donnée à la lutte contre le réchauffement climatique et les décisions prises qui amoindrissent l'efficacité du marché carbone.

L’Allemagne est le plus gros émetteur européen de CO2. Le gouvernement a fixé la lutte contre le réchauffement climatique à l’ordre du jour de la présidence européenne qu’elle assume jusqu’en juin 2007 et la réduction des émissions de CO2 devrait également figurer en première place du prochain sommet du G8 organisé à Heiligendamm, dans le nord-est de l’Allemagne. Or,

Greenpeace rappelle que les pays européens se sont engagés, lors de la signature du protocole de Kyoto en 1997, à réduire leurs émissions de 8% par rapport au niveau de 1990, entre 2008 et 2012. Ceci signifie que pour la même période, l’Allemagne doit réduire ses émissions en moyenne de 21% par rapport à 1990. De fait, selon l’institut économique allemand DIW, les émissions de CO2 en Allemagne s’élevaient à 865 millions de tonnes en 2005, contre 418 millions pour la France – et Greenpeace de souligner que l’Allemagne est « de loin le plus grand émetteur européen ». Aussi, pour l’ONG, le pays a une responsabilité particulière de réduction de ses émissions, le marché carbone étant l’instrument le plus efficace pour contraindre les entreprises des secteurs les plus polluants. Or, « non seulement les entreprises de l’énergie ont reçu gratuitement des certificats d’émission dont la valeur d’émission a eu un impact sur les prix, mais elles en ont reçu beaucoup trop » explique Greenpeace. Résultat : le prix d’un certificat d’émission d’une tonne de carbone sur le marché carbone oscillait autour de trois euros fin janvier 2007. « Il n’a jamais été aussi bon marché de souffler du dioxyde de carbone dans l’air» souligne l’ONG

Greenpeace Allemagne dénonce et démontre l’influence et la connivence entre les quatre grands oligopoles énergétiques et le monde politique allemands, dont les intérêts liés minent toute avancée ambitieuse dans la lutte contre le réchauffement climatique. De fait, le marché de l’énergie allemand est partagé entre E.ON, RWE, Vattenfall et EnBW. « Ils se partagent 80% de la production d’énergie et 100% de la distribution. Les trois-quarts du marché du gaz est dominé par RWE et E.ON » relève Greenpeace, qui ajoute : « Cette situation d’oligopole est le résultat de la privatisation radicale du marché de l’énergie après la promulgation de la loi sur l’énergie en 1998. Ceci n’est pas un hasard, les grands producteurs d’énergie ont largement participé à l’élaboration de la loi et à sa révision en 2005. »

Si les quatre géants ont pu et peuvent toujours user de leurs influences, c’est que les frontières entre le politique et l’industrie de l’énergie demeurent floues : Greenpeace a relevé que 28 hommes politiques sont directement passés dans le secteur de l’énergie une fois leurs mandats politiques terminés.
Actuellement, dix parlementaires et 22 hommes politiques avec un mandat pour le Land (région) ou le Bund (Etat) exercent, parallèlement à leurs mandats politiques, des activités rémunérés par un des quatre oligopoles. Les hommes politiques, qu’ils soient conservateurs de la CDU/CSU ou sociaux-démocrates du SPD, sont tout autant épinglés que les syndicalistes. Lorsqu’ils n’exercent pas ou plus des activités, en général de conseils, rémunérés, ils siègent ou ont siégé dans les conseils d’administrations des géants de l’énergie. 
Andree Böhling, auteur de l’ouvrage chez Greenpeace, a déclaré dans le quotidien Frankfurter Rundschau que l’ouvrage n’avait pas pour but d’insinuer l’existence d’une corruption directe des mandataires politiques, mais « Greenpeace considère qu’il y a un problème structurel dès lors que les mesures qui doivent être prises contre le réchauffement climatique se trouvent être à l’encontre des intérêts de ces industriels. »

Claire Stam de Francfort (Allemagne)
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