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La Dr. Werner-Schuster-Haus, à Bonn, se trouve à quelques encablures du Ministère de la coopération économique et de l’aide au développement (BMZ). Ce bâtiment à l’architecture caractéristique des trente glorieuses abrite plusieurs ONGs, dont Germanwatch. Bien située dans la géographie politique de la ville, en contact étroit et permanent avec d’autres organisations, l’organisation milite pour l’application de mesures protectrices du climat. Et choisit le lobbying plus que l'activisme. « Observer, analyser, réagir », tels sont les mots d’ordre que l’organisation allemande applique depuis sa création en 1991. Elle fournit un important travail de publications, qui comprend un trimestriel, de nombreuses études (notamment le médiatique indice de protection climatique, le KSI), des prises de position, ainsi qu’une activité de conseil, y compris auprès du gouvernement. Pour coordonner au mieux ce travail, l’organisation possède deux antennes, l’une à Bonn, le siège officiel, l’autre à Berlin, chargée de suivre la politique gouvernementale au plus près. A presque 20 ans d’existence, Germanwatch peut se vanter d’avoir su tisser des liens aussi nombreux qu’étroits avec les acteurs de la scène environnementale et climatique allemande. Collaboration avec Munich Re La publication, lors du sommet de Copenhague, de l’indice sur les risques climatiques dans le monde (GCRI 2010) illustre la démarche de l’organisation. La conclusion de l’étude montre, statistiques météorologiques et économiques à l’appui, l’injustice climatique entre pays du nord et du sud, démontrant comment les pays les plus défavorisés paient pour la prospérité des pays du nord. Sven Harmeling, l’auteur de l’étude, a pu utiliser la base de données du réassureur Munich Re, connue pour sa qualité et sa fiabilité. Un privilège qui s’explique par le fait que Germanwatch et Munich Re font partie des initiateurs du « Munich Climate Insurance Initiative » (voir article lié). « Aucune ONG ne peut mener son travail à bien seul. La coopération entre ONG, mais aussi avec d’autres organisations et institutions est nécessaire », commente Sven Harmeling. Quatre mois après Copenhague, la suite des négociations -prévues en mai à Bonn- implique une forte mobilisation. D’autant que le nouveau ministre allemand de l’environnement envoie des signaux jugés contradictoires par l’ensemble des organisations environnementales : un appel à l’abandon, sur le long terme, du nucléaire, tout en nommant un représentant pro-nucléaire comme secrétaire d’Etat. « Il faut également préciser que le nouveau ministre a évincé les spécialistes des énergies renouvelables nommés lors des gouvernements précédents », rapporte Harmeling. « Nous avons à faire à des signaux contradictoires. Il faut voir comment la ligne politique évolue ».
Le cas particulier d’Irena Le faux départ de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) contribue à rendre un peu plus opaque encore la future politique énergétique gouvernementale. Lancée à l’initiative de l’Allemagne lors du précédent gouvernement, Sven Harmeling rappelle que cette agence devait être située à Bonn. Mais c’est Abou Dhabi qui, contre toute attente, a raflé la mise. « C’est une véritable défaite stratégique pour le gouvernement allemand », commente Harmeling. « Il a complètement sous-estimé le rôle joué par l’argent. Apparemment, Abou Dhabi n’a pas hésité à acheter les voix de pays qui n’avait pas ou peu à voir avec les énergies renouvelables pour appuyer sa candidature. C’était un moyen pour ce pays de verdir leur image ». Que va devenir Irena ? Sven Harmeling craint de voir cette institution perdre de vue son but initial, celui d’accueillir les pionniers en matière d’énergies renouvelables. Officiellement, Bonn accueille un « centre d’innovation » avec 13 salariés, Berlin ayant déjà versé 3 millions de dollars. « Mais on ne sait toujours pas exactement le rôle joué par ce bureau », regrette Harmeling, qui ajoute qu’un problème de personnel se pose : les plus grands spécialistes allemands des énergies renouvelables refusent d’aller à Abou Dhabi. « Ce que je peux tout à fait comprendre », ajoute-t-il.
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