G8 : accord a minima sur le climat

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Publié le 08-06-2007

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En dépit de l'évolution positive de la position américaine, le consensus final du G8 sur le climat est un accord a mimima. Si les Etats les plus pollueurs ont reconnu la nécessité de s'engager dans la réduction d'émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, aucun objectif chiffré et daté n'a été défini.

En mettant le réchauffement climatique en haut de l’agenda du G8, organisé du 6 au 8 juin en Allemagne, Angela Merckel  a ravivé un débat qui fait rage. Difficile d'aboutir à un consensus entre les pays européens qui affichent des ambitions fortes de réduction mais peinent à les mettre en oeuvre (Royaume-Uni, France, Allemagne) , ceux qui font des efforts encore modestes (Japon, Italie) et le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, qui n’a pas ratifié le protocole de Kyoto ni mis en place de politique de réduction fédérale (les Etats-Unis).
Le deux derniers, le Canada et la Russie, sont proches des Etats-Unis en terme de résultats puisque leurs émissions de GES sont en augmentation constante et que ni l’un ni l’autre n’ont mis en place de véritables politiques de réduction. En revanche, ils sont signataires du protocole de Kyoto.

Les ONG, qui demandaient un engagement sur le seuil de réchauffement - 2°c - à ne pas dépasser, ont de quoi être déçues. Pour Greenpecae, il s'agit d'une "occasion historique ratée ». "Ni le seuil de 2°C de réchauffement à ne pas dépasser, ni l’absolue nécessité de diviser par 2 les émissions globales et par 4 les émissions des pays du G8 n’ont fait l’objet d’un engagement du G8, déplore l'ONG. En outre, l’absence de référence explicite au protocole de Kyoto, seul cadre contraignant de réduction des émissions, de même que l’absence de mention de l’année 1990 comme référence pour le calcul des réductions ajoutent à l’ambiguïté du texte final."Par ailleurs, si les Etats-Unis sont effectivement apparus très isolés, ils sont réussi à maintenir un accord flou, renvoyant à des negociations ultérieures tout engagement précis.

Un G8 à 30 000 tonnes de CO2!
Une équipe d’experts de ClimatePartner, société allemande spécialisée dans la compensation carbone, s’est livrée à une estimation du volume de CO2 engendré par l'événement : un total de 30 000 tonnes dues à l’activité humaine (logistique, transport, sécurité) ont été émises. Une consommation équivalente à celle de 3 300 personnes pendant toute une année.Moritz Lehmkuhl, directeur de ClimatePartner en Allemagne avoue avoir été "surpris de tout ce que comporte un événement comme le G8. Nous ne savions pas que le président Bush était venu avec deux avions, plus d’autres jets… ».


L’Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, l’Inde et le Mexique, les cinq autres participants, associés depuis 2003 au G8, en raison de leur développement économique, ne simplifient pas ces positions. La Chine a martelé récemment sa ligne de conduite, elle ne sacrifiera pas sa croissance à la lutte contre le réchauffement climatique. Dans un dossier, sorti 48 heures avant la réunion allemande, elle rappelait que les pays industrialisés ont généré 77 % des émissions de GES entre 1950 et 2000 et qu’à ce titre, ils se devaient de fournir « une assistance financière et technique pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique »
Dans ce contexte, la préparation du sommet a été fiévreuse, entre les propositions des uns, les rapports des autres et les appels à la mobilisation des ONG mais aussi des investisseurs engagés dans la lutte contre le changement climatique.

Pas plus de 2 degrés

Au départ l’idée d’Angela Merckel était de partir sur un objectif de réduction de 50 % des émissions en 2050 par rapport au niveau de 1990, ce qui devrait permettre de limiter à 2 degrés le réchauffement planétaire. Sur cette base, les ONG environnementales sont montées au créneau pour rappeler les paradoxes de la situation actuelle. Le WWF a évalué la performance climatique des pays du G8 + 5 sur dix indicateurs qui vont de la distance entre le niveau des émissions en 2007 et les objectifs fixés par le protocole de Kyoto aux « émissions par tête », en passant par les politiques mises en œuvre sur le transport, l’habitat ou l’électricité. Il ressort de ce rapport fait par Ecofys Allemagne/Pays-Bas pour le WWF « qu’aucun des pays membres du G8 ne met aujourd’hui en application suffisamment de mesures pour être considéré comme en phase avec cette limite des 2 ° » , tandis que les Etats-Unis obtiennent la plus mauvaise note. La position  du gouvernement Bush , qui a raturé dans le premier projet de communiqué commun tout ce qui concernait le réchauffement climatique et les émissions de GES, est toujours de refuser tout objectif chiffré. L'administration Bush propose une politique de réduction associant des pays comme l’Inde et la Chine, tout en espérant que les solutions techniques existantes ou à venir règleront le problème. Cette position isole les Etats-Unis sur un plan international mais aussi intérieur. Des sénateurs, républicains et démocrates, ont appelé George Bush à ne pas bloquer le G8 sur le réchauffement climatique, certains Etats américains mettant en place des systèmes d’incitation à la réduction. De grands patrons comme Bill Gates ou Rupert Murdoch se sont, par ailleurs, ralliés à la cause du réchauffement climatique.

Pression des investisseurs et des ONG

Au terme de ces 3 jours de négociations et de l'obtention d'un accord "tiède ", la voix de grands investisseurs institutionnels peut-elle alors peser dans la balance ? C’est ce qu’espèrent les membres de l’IIGC « Institutional Investors Group on Climate Change ». Ils sont 36, pèsent ensemble 3000 milliards d’euros et comptent dans leurs rang deux sociétés de gestion françaises BNP PAM et Crédit Agricole AM. Ils ont écrit aux membres du G8, fin mai, en tant qu’investisseurs à long terme pour « attirer leur attention sur l’importance de poser les fondations d’une politique de réduction post 2012 », date de fin de mise en œuvre du protocole de Kyoto. Il leur semble indispensable que les pays industrialisés s’accordent sur un objectif de stabilisation des températures, une politique ambitieuse de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, étendent le fonctionnement du « marché carbone » sur lequel s’échangent les quotas d’émissions et financent tous azimuts la recherche pour des techniques faiblement émettrices de carbone tout en généralisant le recours aux énergies renouvelables.
L’argument économique de ces investisseurs aura-t-il plus de poids que les arguments écologiques des ONG ?

A.C. Husson-Traore
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