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L’heure est décidément à la bataille des chiffres. Greenpeace vient de relancer la polémique de l’été dernier sur l’évaluation des émissions françaises de gaz à effet de serre (Ges), en publiant ce 20 octobre un rapport sous-titré « une baisse en trompe l’œil ». L’agence Wise-Paris, qui a réalisé l’étude pour le compte de l’association, affirme en effet que la baisse des émissions de Ges est davantage imputable à la crise économique qu’aux stratégies de transition énergétique déployées par le gouvernement. Et interroge sur la pertinence d’une analyse des émissions sur le seul territoire national. Une baisse significative des émissions… en 2009 Les émissions françaises de Ges ont baissé de 10,3% entre 1990 et 2009. Si ce constat semble mettre tout le monde d’accord, une lecture plus fine des chiffres fait apparaître une baisse des émissions plus prononcée ces trois dernières années, où la croissance économique s’est ralentie. Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a d’ailleurs souligné dans son rapport « CO2 et activités économiques de la France, Tendances 1990-2007 », paru en août dernier et à l’origine de la polémique estivale, que « la quantité totale de CO2 émise en 2007 est quasiment identique à celle de 1990. » Une affirmation qui corrobore l’idée d’une baisse des émissions de Ges concentrée sur 2008 et 2009. Les émissions imputables à l’industrie ont effectivement chuté de 10,7% en 2009 (-26,6% pour le seul secteur de la sidérurgie), et celles du secteur énergétique, de 12,8%. En revanche, celles du résidentiel-tertiaire et des transports poids-lourds, secteurs plus émetteurs et moins touchés par la crise, ont reculé de manière moins significative, de respectivement 3,9% et 1,8%. Pour Greenpeace, la corrélation avec la crise économique ne fait aucun doute. « Le gouvernement attribue un peu vite ces résultats aux politiques de lutte contre le changement climatique. L’analyse des statistiques révèle une toute autre réalité : la baisse ne s’explique pas par une transformation structurelle de la production ou de la consommation d’énergie, mais essentiellement par la crise économique récente. » L’association ajoute que cette baisse des émissions de 2009 ne peut-être due au développement des énergies renouvelables, dont la production n’a augmenté que de 1,8% sur l’année. Empreinte carbone Vs Emissions de CO2 A travers ce rapport, Greenpeace pointe surtout un sujet de plus en plus sensible : celui du périmètre d’évaluation des émissions des Ges, et donc, de la pertinence des chiffres communiqués. En août dernier, le CGDD avait déjà jeté un (petit) pavé dans la mare, en déclarant que « l’empreinte carbone de la demande finale française, une fois pris en compte le solde des émissions liées respectivement aux importations et aux exportations, est de l’ordre de 9 tonnes de CO2 par personne et par an, soit 33% de plus que la quantité de CO2 émises en France. » Alors certes, « la France est l’un des rares pays industrialisés qui respecte, et même dépasse aujourd’hui, ses engagements internationaux », comme l’avait aussitôt rappelé Jean-Louis Borloo. Mais ces engagements portent sur une réduction de 20% des émissions nationales à l’horizon 2020 (75% à l’horizon 2050), en aucun cas sur l’empreinte carbone, qui comptabilise tant les émissions dues à la production nationale destinée à la demande intérieure et à l’exportation, que celles relatives aux importations et à la consommation des ménages. Et ce, pour chacun des six gaz à effet de serre*. D’après le ministère de l’Environnement, sur les 545 millions de tonnes de CO2 émises en 2005 par la France, 40% étaient ainsi générées à l’étranger. Ce qui fait dire au CGDD que « la France est moins sobre en carbone qu’il n’y paraît », et préconiser une division par 5,5 des émissions globales françaises (et non par 4 comme prévu à l’horizon 2050). Si le périmètre de l’empreinte carbone dépasse largement celui des seules émissions sur le territoire national, il n’englobe cependant pas le cycle de vie des produits. Et d’après Frédéric Chomé, directeur du cabinet de consulting belge Factor-X, « si l’on tient compte de la production globale, de la consommation des ménages, et de la gestion du cycle de vie des produits, la France émet plus d’1,5 milliard de teq CO2 par an ! » Un périmètre beaucoup plus large, pour un bilan beaucoup moins reluisant. * CO2 (dioxyde de carbone), N20 (protoxyde d’azote), CH4 (Méthane), HFC (HydroFluoroCarbures), PFC (Perfluorocarbure) et SF6 (Hexafluorure de Soufre)
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