Copenhague: l'engagement mitigé de l'Afrique du Sud

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Publié le 16-11-2009

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Le Cap
Le Cap

Signataire du protocole de Kyoto au titre de pays en développement, l'Afrique du Sud n'est aujourd'hui soumise à aucune obligation de réduction des ses émissions de gaz à effet de serre. Si les entreprises sud-africaines prennent conscience du changement climatique, le chemin vers l'action reste encore incertain, dans un pays où les priorités socio-économiques cohabitent encore mal avec les exigences de la lutte contre le changement climatique.

Comme le reste de l’Afrique sub-saharienne, l’Afrique du Sud devrait être sévèrement touchée par les conséquences du changement climatique.  Des travaux scientifiques connus sous le nom  de « Long Term Mitigation Scenarios » , commandés  par le gouvernement Sud-Africain en 2007, suggèrent que le changement climatique pourrait avoir des effets très critiques sur des secteurs entiers de l’économie. Suite à ces travaux, le gouvernement a reconnu en  juin 2008 la nécessité d’adopter progressivement des objectifs de réduction d’émissions, encadrés par une réglementation législative et fiscale. Il projette, après le Sommet de Copenhague, de coordonner les différents ministères concernés pour instaurer en 2012 cette série de mesures réglementaires, qui donneront concrètement vie à la politique climatique sud-africaine.

Pour l’heure, et en prévision des négociations de Copenhague, le gouvernement a toutefois précisé fin septembre 2009 son refus de se voir imposer des objectifs d’émissions par les pays développés. « Les réductions d’émissions de CO2 devront prendre en compte les besoins en développement du pays », souligne à ce sujet le porte parole du gouvernement Themba Maseko. Une position alignée sur celle des autres grands pays émergents comme le Brésil, la Chine et l’Inde, qui mettent en avant leur croissance économique comme enjeu prioritaire.

Efforts inégaux de la part des entreprises

De leur côté, comment les entreprises sud-africaines ont-elles anticipé les changements qui se profilent ?  « Les stratégies dépendent fortement des secteurs d’activité », répond Jonathan Hanks du cabinet Incite Sustainability qui vient de compiler, pour le compte de la « National Business Initiative », les résultats du Carbon Disclosure Project, une enquête mondiale sur les émissions de GES des entreprises. Les secteurs les plus émetteurs comme l’énergie, l’industrie et la construction sont généralement les plus pro-actifs, à la fois en termes de transparence sur leurs pratiques et de planification de leurs réductions d’émissions de gaz à effet de serre.  68% des entreprises ont cependant répondu à l’enquête du CDP, contre 59% en 2008, démontrant une prise de conscience des compagnies sud-africaines similaire à celle des pays développés. A titre de comparaison, le taux de réponse des entreprises françaises est de 58%.

S’il y a donc des progrès incontestables, les défis restent très importants. Certains secteurs clés comme l’agro-alimentaire, l’immobilier ou le tourisme, qui affichent un faible taux de réponses, se sentent encore peu concernés par le changement climatique, alors que leurs impacts sont bien réels. Un autre défi majeur pour les entreprises sud-africaines sera d’intégrer la lutte contre le changement climatique dans une stratégie de long terme, incluant des objectifs précis de réduction des émissions directes et indirectes… Beaucoup d’entre elles jugent toujours le changement climatique comme un problème « périphérique » et ne songent pas à l’intégrer directement dans leurs activités ; préférant s’en remettre à l’analyse ponctuelle des cabinets de consultants !


Forte dépendance au charbon

Reste que le défi le plus urgent est bien celui du secteur de l’énergie. Ce dernier représente plus de 50% des émissions de GES en  Afrique du Sud,  en raison d’une forte dépendance au charbon. L’investissement dans les énergies renouvelables, considéré comme trop coûteux par rapport au faible prix du charbon, est aujourd’hui au point mort. Chez Eskom, la compagnie nationale électrique, la direction reconnaît pourtant sa responsabilité dans la transition énergétique. Mais elle souligne aussi les difficultés d’arbitrage entre la réduction des émissions et la production d’une énergie à faible coût, permettant d’accompagner la croissance économique. Au grand dam de nombreuses ONG environnementales, l’entreprise, soutenue par le Ministère de l’Energie, a décidé d’investir dans les technologies, très controversées, de séquestration du carbone. Récemment, le gouvernement a néanmoins infléchi sa position, en décidant de subventionner le prix de l’énergie éolienne , mais il reste encore évasif sur le soutien à d’autres sources d’énergies alternatives. En réalité, seuls les impératifs de croissance économique, impliquant une demande accrue d’énergie, pourraient faire évoluer le mix énergétique en faveur des énergies renouvelables. 

Enfin, l’autre grand défi du pays sera de changer les mentalités de l’élite politique et économique. Entre impératifs de croissance économique, besoins sociaux et risques climatiques, le choix en faveur du développement prime aujourd’hui parmi les décideurs économiques et politiques. « S’il est moins nécessaire, désormais, de les convaincre que le changement climatique est bien réel, il faut pourtant les persuader que l’économie, le social et l’environnement sont  intrinsèquement liés », estime Jonathon Hanks.

Stéphanie Giamporcaro au Cap (Afrique du Sud)
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