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« Alors que la forêt constitue un puits de carbone particulièrement intéressant, elle est exclue des mécanismes issus du Protocole de Kyoto applicables au pays industrialisés », explique en préambule Benoît Leguet, directeur de CDC Climat recherche, et initiateur du Club Carbone Forêt-Bois.* En effet, rien ne permet aujourd’hui de valoriser les émissions de CO2 séquestrées par la forêt dans l’hexagone comme dans les autres pays industrialisés, et de « récompenser » la gestion durable des filières qui l’exploitent. Les Mécanismes de mise en œuvre conjointe (MOC) issus de Kyoto et applicables aux pays industrialisés ne prennent pas en compte les projets forestiers, contrairement aux Mécanismes de développement propre (MDP) relatifs à la reforestation et à la lutte contre la déforestation, qui permettent la génération de crédits carbone. Par ailleurs, les mécanismes de déforestation évitée (REDD - réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forets dans les pays en développement) actés à Copenhague et destinés aux pays en développement vont également permettre de valoriser, via les crédits carbone, des projets de gestion durable des forêts. Pour autant, ces initiatives, très complexes à mettre en œuvre, existent en nombre infime, alors que des centaines de milliers d’hectares devraient être « reforestés » chaque année pour lutter contre les changements climatiques. Rémunérer les services rendus par la forêt De fait, seuls les programmes de compensation volontaire représentent aujourd’hui un vrai marché de la forêt - 20% sont en effet consacrés à des programmes de conservation de la foret-. Ils permettent aux entreprises non soumises au marché de carbone, mais qui veulent afficher une stratégie dans ce domaine, de compenser leurs émissions « restantes », après avoir déjà réduit toutes celles qu’elles pouvaient. Le volume de la compensation volontaire est encore faible -50 000 tonnes par an en France-, mais pourrait se développer grâce à cette nouvelle offre. « Il existe une vraie demande des collectivités locales et des entreprises pour mettre en place, localement, de tels projets. Or, en l’état actuel des choses, c’est impossible », souligne Benoît Leguet. Jean-Yves Henry, président de l’AFSSOR (Association des sociétés et Groupements Fonciers et Forestiers), qui représente les gestionnaires privés, estime également que le marché doit rémunérer les services climatiques rendus par la forêt, obtenus notamment grâce à une gestion durable des acteurs. « Les professionnels sont engagés aujourd’hui dans cette politique, il est normal que ces services soient rémunérés par des actifs carbone. C’est également un moyen d’assurer la pérennité de la ressource forestière », ajoute-t-il. Alors que chaque acteur (ONF, organismes professionnels concernés, administration et entreprises) travaille séparément sur ces questions depuis Kyoto, le Club Carbone doit permettre de mutualiser les compétences pour faire progresser le débat et expérimenter cette valorisation économique. Mais pour cela, il faudra au préalable définir un référentiel qui permettra d’évaluer la séquestration et d’attribuer une certification aux crédits carbone sur le marché. En effet, toutes les forêts ne se valent pas en la matière, certaines essences étant plus efficaces que d’autres pour absorber le CO2… De nombreuses questions techniques et méthodologiques doivent donc être résolues. Au premier chef, évaluer le potentiel de séquestration des projets selon leur nature (conversion à certaines essences, reboisement, reconversion de terres agricoles en forêt, etc) ainsi que la quantité de crédits carbone générés. * Le Club carbone-Forêt-Bois a été fondé à l’initiative de CDC Climat Recherche, de l’ONF, de la Forêt Privée Française, de la Société forestière de la Caisse des Dépôts, de l’ASFFOR, de l’Institut technologique d la forêt, Cellulose, Bois-Construction et Ameublement, et du Syndicat des Sylviculteurs de Sud Ouest.
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