|
Le 28 janvier dernier, la Commission européenne présentait ses propositions pour le futur accord international sur le climat, qui doit remplacer le protocole de Kyoto après 2012. L’Union européenne a appelé les économies émergentes, comme la Chine et l’Inde, à assumer une part équitable des responsabilités et à ralentir d’ici 2020 la croissance de leurs émissions de 15 à 30 % au-dessous de leurs niveaux actuels. Or, les grands pays émergents, Chine en tête, contestent le mode de calcul en vigueur des émissions de GES, fondé sur la production nationale de C02, pour défendre une comptabilité carbone basée sur la consommation – et donc pour un recentrage de la responsabilité carbone vers les pays industrialisés. « Alors que la Chine et les autres pays exportateurs voient leurs émissions augmenter plus vite que la moyenne des pays de l’OCDE, ils se demandent pourquoi ils sont critiqués pour cette hausse, alors qu’ils ne font que satisfaire la demande des consommateurs occidentaux, » observent les chercheurs Jonathan Phillips, Jiahua Pan et Ying Chen dans un article paru dans le « Oxford Review of Economic Policy ». De fait, le protocole de Kyoto appuie sa comptabilité carbone sur la production nationale d’émission de GES. La formule paraît simple, ce n’est qu’une apparence. Car la question de la comptabilité climatique onusienne soulève celle fort délicate du financement du marché carbone – et de son efficacité. L’Onu utilise en effet les relevés des données climatiques nationaux pour fixer les objectifs de réduction de GES et donc les quotas d’émissions, quotas qui font alors l’objet d’échanges sur le marché carbone.
« Equité carbone »
Des voix toujours plus nombreuses dans la communauté scientifique internationale remettent en cause l’efficacité et l’équité de la comptabilité carbone réglementée par Kyoto. En effet, ce cadre comptable permet de « gommer » des statistiques nationales les activités polluantes des pays occidentaux, délocalisées au Sud. Acitivités qui, en outre, ont pour objet de satisfaire la demande occidentale. Les statisticiens climatiques parlent alors d’ « embodied emissions », traduisible par « émissions indirectes ». Les trois chercheurs intervenant dans la revue britannique rappellent que cette question a déjà été officiellement évoquée lors du Sommet de Bali sur le climat, par le président de la délégation chinoise, Xie Zhenhua. Mais trouver une alternative à la « comptabilité Kyoto » n’est certainement une priorité partagée par l’Europe et les Etats-Unis…Sans compter les difficultés d’ordre méthodologique, liées à une comptabilité de la consommation et des échanges commerciaux ! Illustration par l’Allemagne La publication en Allemagne par l’Office fédéral des statistiques (Destatis) des derniers relevés climatiques du pays, montre la pertinence de la question posée par la Chine : entre 1995 et 2006, les émissions occasionnées par la consommation de biens par les ménages allemands sont deux fois plus importantes que celles liées aux transports et au logement. Pire, la part des émissions dues à la consommation de biens fabriqués à l'étranger et importés en Allemagne a augmenté - au contraire de celles du logement et du transport, qui ont vu leurs émissions réduites grâce à une meilleure efficacité énergétique dans ces deux secteurs.
|