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Climat : des stratégies divergentes

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 08-08-2005

Alors que les objectifs du Protocole de Kyoto, qui est entré en vigueur le 16 février 2005, sont déjà considérés comme insuffisants pour stabiliser le réchauffement climatique, le dernier Sommet du G8 n'a abouti qu'à une simple déclaration de la part des Etats-Unis, qui refusent tout engagement concret sur ce dossier. Par ailleurs, les Etats-Unis ont dévoilé le 28 juillet dernier l'existence d'un plan alternatif au protocole de Kyoto, sur lequel ils négocient depuis cinq mois avec l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud. Baptisé ''Asia-Pacific Partnership for Clean development and Climate'', ce projet tenu jusqu'ici secret , n'impose pas de réduction des émissions de CO2 mais chercherait à s'appuyer sur les progrès technologiques pour y parvenir.

Estimant qu'un mécanisme de réduction des gaz à effet de serre ferait perdre 400 milliards de dollars et  5 millions d'emplois à l'économie américaine, l'administration Bush s'est toujours refusée à tout engagement chiffré s'agissant de la lutte contre les changements climatiques. Largement dépendants du pétrole et du charbon, les Etats-Unis, premiers pollueurs au monde, génèrent, selon les calculs, entre 21 % et 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et sont également le seul pays du G8 à ne pas avoir ratifié Kyoto. Le 28 juillet dernier, l'administration Bush a dévoilé un " plan alternatif " au protocole de Kyoto, en négociation depuis 5 mois avec l'Australie, la Chine, la Corée, le Japon et l'Inde. Ces 5 pays représentent à eux seuls la moitié des émissions mondiales. Cet accord, qui inclut des mesures sur l'énergie nucléaire, l'éolien et le solaire, s'appuie sur " les progrès technologiques " pour promouvoir "la croissance économique tout en permettant une réduction significative de l'intensité des gaz à effets de serre".  Les 5 pays entendent créer pour cela "un contexte favorable pour le développement, la diffusion, le déploiement et le transfert de pratiques et technologies rentables et plus propres, existantes ou à venir". Anticipant les critiques, le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer a assuré que les pays signataires " ne portent pas du tout atteinte au protocole de Kyoto (...) Nous le considérons comme un complément, non une alternative, à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques" a également déclaré le secrétaire d'Etat adjoint américain, Robert Zoellick.  Les Greens australiens (parti Vert) ont dénoncé ce qu'ils estiment être un " pacte du charbon ". "Le pacte secret inclut quatre des plus gros producteurs mondiaux de charbon, la Chine, les Etats-Unis, l'Inde et l'Australie. Il s'agit seulement de détourner l'argent du contribuable destiné aux énergies renouvelables pour tenter de rendre l'utilisation du charbon moins polluante", ont-ils déclaré. Pour les ONG, l'objectif de ce plan consiste avant tout à détourner les négociations sur le climat entre l'Europe, les Etats-Unis, l'Australie (1er producteur mondial de charbon) et les pays émergents comme la Chine.D'une manière générale, les ONG voient dans ce plan un moyen d'éliminer toute discussion sur la stratégie des pays riches après la fin du protocole de Kyoto, qui arrive à terme en 2012.

Inititives des Etats

Ces stratégies divergentes face aux questions climatiques se retrouvent au sein des Etats-Unis eux-mêmes, où certains États et municipalités ont décidé de s'attaquer au réchauffement planétaire, passant outre les positions du gouvernement fédéral. L'inaction de la maison blanche commence en effet à susciter des dissensions dans les deux chambres législatives américaines. Lors des dernières discussions sur le budget, le congrès a ainsi montré sa volonté d'augmenter les dépenses publiques sur le financement de recherches scientifiques et technologiques concernant le réchauffement climatique tout en modifiant certaines des orientations de ces recherches. Publiée fin juin 2005, une proposition de loi adoptée par le Sénat prévoit en outre d'ambitieuses provisions pour lutter contre les émissions de GES. L'Energie Bill 85-12 propose notamment d'imposer aux sociétés de distribution d'électricité d'acheter au minimum 10% de leurs besoins en énergies renouvelables à l'horizon 2020, d'imposer des quotas de production d'éthanol ou d'accélérer la recherche et l'installation de centrales au " charbon propre ". Par ailleurs, neuf États de Nord-Est et de la côte atlantique collaborent sur un programme commun de quotas d'émissions de GES des centrales électriques, alors que les États de Washington, d'Oregon et de Californie coopèrent sur une stratégie commune de réduction globale de leurs émissions de GES. 18 autres États disposent eux aussi d'objectifs de développement des énergies renouvelables plus ou moins ambitieux. Enfin, le 13 juin 2005, les 1183 membres de la confédération américaine des maires ont adopté à l'unanimité un accord en ligne avec les objectifs du protocole de Kyoto, en s'engageant à réduire en 2012 leurs émissions de GES de 7% par rapport au référentiel de 1990.

Côté européen, les 25 états membres proposent, pour la stratégie post Kyoto en 2012, de fixer une réduction de 15% des émissions mondiales d'ici 2050, par rapport à 1990, année de référence du Protocole. Mais les signataires du Protocole, qui doivent se réunir en novembre prochain pour décider des mesures à prendre, auront une tâche difficile, dans la mesure où les grands pays émergents, comme l'Inde et la Chine, ont choisi de s'aligner sur le " plan bis " des Etats-Unis.

Véronique Smée
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