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Sept ans après sa signature, le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) va enfin entrer en vigueur grâce à la récente ratification de la Russie. Son application est en effet conditionnée par l'adhésion de 55 pays, représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre. La ratification de la Russie, qui représente 17,4 % des émissions mondiales de GES, était donc indispensable, puisque les Etats-Unis, 1ers émetteurs mondiaux (35% des émissions) ont toujours été opposés au protocole et ont adopté un « plan alternatif » à Kyoto, intitulé « Climate Vision » -et surnommé « plan ExxonMobil » par les organisations écologistes-. En juillet 2003, l'administration Bush avait par ailleurs affirmé vouloir " accroître sa compréhension du phénomène en mettant en place, d'ici 2008, différents programmes permettant de lever le voile sur la théorie du changement climatique ". Le président américain estime en effet que la production industrielle et la consommation ont certes " quelques effets importants sur le climat ", mais que ceux-ci " ne peuvent être convenablement quantifiés ". Loin des objectifs de Kyoto, Georges W. Bush entend inciter les entreprises américaines " volontaires " à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre en tablant sur une libre participation, encouragée par des avantages fiscaux et des aides à la recherche. Mais la 1ère puissance économique mondiale, très dépendante du pétrole -40% de ses besoins énergétiques- et du charbon, a de plus en plus de difficultés à justifier son immobilisme aux yeux de l'opinion internationale. Désormais, les Etats-Unis et l'Australie demeurent en effet les seuls pays développés hors du processus de Kyoto, ratifié par 129 Etats au total. Urgence de l’après 2012 "Le fait que le protocole de Kyoto entre en vigueur va vraiment donner beaucoup plus de force à ce débat", a estimé Joke Waller-Hunter, responsable de la Convention-cadre de l'Onu sur le changement climatique. Ce contexte positif de la Conférence doit pourtant être nuancé, beaucoup d’experts estimant en effet que les objectifs du Protocole sont d’ores et déjà insuffisants et qu’il faut préparer le rééchelonnement des réductions d’émissions de GES après 2012, date d’expiration de l’accord. De fait, le récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), rendu public le 26 octobre dernier, a de quoi inquiéter. Il montre que la demande d’énergie devrait croître de 60% d’ici 2030 et que 85% de cette augmentation sera fournie par les combustibles fossiles, entraînant de facto une croissance des émissions de GES. En outre, les deux tiers de cette augmentation de la demande viendront des pays émergents comme la Chine et l’Inde -non concernés par Kyoto-, dont les émissions dépasseront, en 2020, celles des pays industrialisés…La Chine générerait à elle seule 25% de cette augmentation d’ici 2030 , pour atteindre 18% des émissions mondiales de GES, contre 13,1% actuellement et 6% en 1994. Pour les experts de l’AIE, il est désormais évident que sans la collaboration des pays en développement et des Etats-Unis, le protocole de Kyoto n’atteindra que 2 à 3% de réduction mondiale des émissions, alors que son objectif est de 5,2% d’ici 2012, par rapport à 1990, année de référence du traité. « Droit au développement » Dès lors, seule une stratégie permettant de réduire de 50% les émissions mondiales de GES d’ici 2050 pourrait stabiliser le réchauffement climatique à 2°c par rapport à la période pré-industrielle, seuil adopté par l’Union européenne en mars 2004. « Maintenir le réchauffement climatique à un niveau supportable nécessite des réductions rapides et radicales des émissions des pays industrialisés d'ici la moitié de ce siècle, souligne Laetitia De Marez, chargée de la campagne Climat pour Greenpeace .Nous ne pouvons pas passer sept ans de plus à pinailler alors que le climat commence à changer et pourrait s'emballer si nous n'agissons pas" . Un des enjeux de cette 10ème conférence des Nations-Unies sera de convaincre les pays en développement (qui représentent 36% des émissions mondiales de GES) de s’engager dans la réduction de leurs émissions. S’ils figurent parmi les pays signataires, aucun d’entre eux ne s’est toutefois engagé dans un processus chiffré, considérant la maîtrise des émissions de GES comme une entrave à leur croissance économique... Les négociations relatives au réchauffement climatique risquent dès lors de s’inscrire dans un champ plus vaste, celui du droit au développement et des rapports Nord-Sud.
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