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« Assurances françaises : changements climatiques garantis ? », le titre du rapport publié par les Amis de la terre, le 8 décembre 2008, est volontairement provocateur. L’ONG environnementale qui s’est spécialisée dans l’interpellation du secteur financier, a décidé d’enquêter sur les pratiques du secteur de l’assurance. Elle a mené une enquête, pendant huit mois, auprès des 15 plus grosses compagnies d’assurances françaises * pour mesurer leur contribution aux stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les Amis de la terre ont analysé trois dimensions : la politique climatique globale, les produits d’assurance et la gestion d’actifs. Son rapport conclue qu’aucune des entreprises étudiées ne « dispose aujourd’hui, selon les dix critères analysés, d’une politique climatique complète et à la hauteur des enjeux ». L’ONG a entamé depuis plusieurs années une campagne de longue haleine pour que le secteur financier prenne en compte ses impacts environnementaux indirects c'est-à-dire ceux générés par les entreprises ou les projets auxquels il apporte de l’argent. En 2007, elle s’était adressée aux banques (voir article lié), en 2008, elle s’est intéressée aux assureurs dont elle constate qu’ils témoignent « d’une ouverture à l’enjeu climatique nettement supérieure à celle du secteur bancaire» et ont d’ores et déjà des bonnes pratiques dans la majorité des critères et plus particulièrement sur les assurance auto et habitation. "Un business model qui n'intègre pas le climat" La partie la plus critique du rapport porte sur la gestion d’actifs qui, de façon indirecte, serait à l’origine d’un volume d’émissions, équivalent à 90 % de celui d’un pays comme la France en 2006. Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes des Amis de la terre, s’indigne : « Les assurances françaises gèrent la somme colossale de 1500 milliards d’euros (l’équivalent de 80 % du PIB français). Avec des critères environnementaux et sociaux explicites, cette somme pourrait être un levier formidable dans la crise économique actuelle, pour orienter rapidement l’économie vers des modèles très économes en énergie et en ressources naturelles, et créateurs d’emplois. Mais le business model de la gestion d’actifs des assureurs n’intègre l’enjeu climatique qu’à la marge : aucun objectif chiffré, pratiquement pas d’activisme actionnarial, aucune politique de réduction ou d’exclusion des investissements dans les entreprises les plus polluantes. » Le rapport des Amis de la terre souligne que les assureurs semblent bien se préoccuper de développement durable mais pas au point d’intégrer le paramètre climat dans leur gestion. Cette position tranche avec celle de leurs homologues internationaux (voir article lié) qui ont signé une déclaration commune aux négociateurs de la conférence de Poznan sur le climat. Et pourtant …les assureurs français bougent. L’Association Française de l’Assurance (AFA), qui rassemble tout le secteur de l’assurance, va publier, en janvier 2009, une charte ambitieuse, destinée à « responsabiliser et engager la profession ». Elle comporte 5 axes : se positionner en tant qu’acteur responsable sur le développement durable ; contribuer à la lutte contre le changement climatique, ses conséquences et plus généralement à la préservation de l’environnement ; accompagner le développement économique, participer à la réduction des vulnérabilités sociales et contribuer à une protection sociale durable ; développer au sein des entreprises de l’assurance des pratiques exemplaires, sur un plan environnemental, social et aussi de gouvernance ; et enfin favoriser une politique d’investissements responsable. Sur ce dernier point, Gérard Andreck, le président de la MACIF et de l’AFA, a expliqué lors du colloque organisé par Novethic le 5 décembre à Paris, que l’engagement des assureurs se déclinerait de la façon suivante. « Il faut commencer par savoir si nous prenons en compte les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, dans nos décisions d’investissement et si oui comment ? Ensuite, nous devons construire une offre de produits ISR, développer la recherche sur ces sujets, et soutenir les initiatives économiques en la matière.» Les diverses associations professionnelles ainsi que les principaux maîtres d’œuvre de ce texte sont optimistes sur son application. « La charte a fait l’objet de nombreuses concertations et doit avoir valeur d’engagement pour tous », précise Gérard Andreck qui ne souhaite pas que les assureurs puissent offrir une garantie au changement climatique... * (AGF, Aviva, AXA, CNP, Generali, Groupama, La Mondiale, MACIF, MAIF, MMA, BNP Paribas Assurance, CA-LCL, Crédit Mutuel-CIC, Natixis, Société Générale)
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