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En 2003, la Joyce foundation, un mouvement environnementaliste de Chicago, parvient à convaincre 13 entreprises de participer au premier marché volontaire d'échange de permis d'émissions du continent nord-américain. Fonctionnant sur le principe « cap and trade », le Chicago Climate Exhcange (CCX) fixe pour chaque participant un plafond (cap) d'émissions et organise l'échange (trade) de permis d'émissions entre les membres dépassant leur niveau de pollution et les entreprises plus vertueuses. Basé sur le volontariat, le système oblige toutefois les membres à respecter leurs engagements. « Au départ, personne n'y croyait. Certains disaient que le marché allait mourir rapidement, d'autres affirmaient qu'il entraînerait une faillite de l'économie américaine », raconte Rafael Marques, économiste et vice-président du CCX. Aujourd'hui, le marché de Chicago compte 450 membres, entreprises et municipalités, et le volume des échanges a battu un nouveau record début avril. « Nous gérons une quantité d'émissions supérieure à celle allouée par l'Union européenne à l'Allemagne », se félicite Rafael Marques. "Un mécanisme similaire à celui des subprimes"?
Pourtant, le système demeure contesté. L'an dernier, l'éditeur britannique Environmental Data Services publiait une étude déconseillaient l'achat de « crédits carbone émanant du CCX ainsi que du système australien New South Wales Greenhouse Gas Abatement Scheme (NGAC) ». L'éditeur fustige le manque de « sérieux » avec lequel sont établis les crédits carbone sur lesquels sont basés les échanges. De son côté, l'ONG Friends of the Earth, alarmée par la crise financière, publiait fin mars 2009 un rapport dénonçant « les risques majeurs » des marchés carbone. « Le marché va être dominé par des spéculateurs, qui achèteront des crédits non pour remplir leurs obligations de réduction d'émissions mais pour les revendre à un meilleur prix », estime Michelle Chan, auteure du rapport. Ce comportement favoriserait la création d'une « bulle » qui s'effondrerait soudainement, comme celle de l'immobilier américain. Or les entreprises n'investiront pour limiter leurs émissions que si cela en vaut la peine, autrement dit si la tonne de carbone se maintient à un prix élevé, jugent Friends of the Earth.
Pourquoi Chicago et pas New York?
Le CCX a élu domicile dans un immeuble post-moderne du quartier de la finance, à deux pas du Chicago Mercantile Exchange qui, depuis la fin du 19ème siècle, a fait la fortune de la capitale du Midwest en fixant les cotations des produits agricoles puis des produits dérivés. « On cultive ici davantage le sens de l'innovation qu'à Wall Street », lance Rafael Marques. La finance américaine compte trois pôles. New York s'est spécialisée dans la cotation des capitaux propres, la côte ouest dans le capital-investissement et Chicago dans les ressources naturelles, en anglais « commodities », dont la tonne de carbone fait partie.
Or, elle stagnait en février dernier à 9,46 euros… En outre, selon Yann Louvel, de la branche française de l'association, certains crédits carbone sont « basés sur des projets non encore validés par l'ONU ». Dès lors, « comme les prêts subprimes, ces crédits pourraient voir leur valeur s'effondrer, alors qu'ils sont déjà titrisés et revendus sur les marchés secondaires ». Pour Yann Louvel, il faut envisager « l'interdiction des mécanismes de compensation et la création d'un prix stable pour le carbone ».Le rôle du marché
A Chicago, Rafael Marques balaie ce scepticisme d'un revers de la main. « Beaucoup de gens, dans ces ONG, ne comprennent pas le fonctionnement les marchés. Ils oublient que le prix d'un bien constitue un moteur de l'innovation ». Le vice-président du CCX rappelle que le marché de Chicago s'est placé sous le contrôle de la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA), régulateur non gouvernemental américain, et s'élève résolument contre l'idée d'une taxe sur le carbone. « A quel niveau la fixerait-on? Le montant de la taxe changerait-il jour après jour en fonction des circonstances? Ca, c'est le rôle du marché! », s'insurge-t-il. Le débat prend une ampleur nouvelle depuis la dernière élection présidentielle. Barack Obama, qui siégea autrefois au conseil d'administration de la Joyce foundation, s'est engagé à faire voter une loi imposant aux entreprises américaines une réduction d'émissions. Le marché carbone devrait donc croître de manière exponentielle dans les prochaines années. Le CCX reconnaît que la crise financière pousse à des vérifications plus poussées. « Certaines entreprises, non préparées, cultivent de mauvaises habitudes. Je connais même des groupes cotés au Fortune 500 qui ignorent le montant de leur facture d'énergie », lâche Rafael Marques, qui admet par ailleurs, à l'unisson cette fois avec les associations, qu'on « ne résoudra pas le réchauffement climatique par le seul marché d'échanges ».
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