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Changements climatiques : les experts pessimistes

Planète \Environnement \Réchauffement climatique

Publié le 14-10-2003

 La canicule a réveillé les intérêts sur le réchauffement climatique et sur les travaux d'historiens, qui  tendent à montrer la spécificité de la canicule 2003 par rapport au passé  directement liée, cette fois, aux activités humaines.  Une banque de données des " évènements extrêmes " est actuellement en construction. Pour de nombreux scientifiques, il est évident que nous sommes bel et bien entrés dans une ère de changements climatiques. Les simulations pour 2100, effectués par le ministère de l'écologie, montrent une hausse très nette des éventualités de canicule, le nombre de jours à +35° étant multipliés par 5 à cet horizon...Les experts (météorologues,  direction générale de la santé et services de la veille sanitaire) travaillent également sur la corrélation entre les changements climatiques et la santé, afin de construire des indices bio-climatiques, permettant  de lancer des alertes en cas de danger pour la santé humaine.
Selon les travaux du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'évolution du climat ) le réchauffement climatique pourrait se situer en moyenne entre +1,4° et + 5° , selon l'évolution des émissions des gaz à effet de serre. Cette moyenne signifie que certaines régions pourraient connaître un réchauffement de 7 ou 8°... En France, l'augmentation est estimée à 1°. Le GIEC, qui travaille sur les possibilités de réduction des émissions de gaz à effet de serre , estime que la concentration actuelle de ces gaz a doublé depuis le début de l'ère industrielle, et que même si les pays concernés parvenaient à réduire ces émissions, la température continuerait à augmenter pendant 30 ans, en raison du fort volume des émissions passées...
 " La France n'est pas prête à gérer les changements climatiques, estime Laetitia de Marez, chargée des questions énergétiques chez Greenpeace. A peine 10% des mesures préconisées dans le PNLCC (Plan national de lutte contre changements climatiques) ont été appliquées. Il existe un profond décalage entre le temps écologique et le temps politique. "
 " Le niveau de réchauffement que nous connaîtrons dans 60 ans dépend de ce que nous faisons aujourd'hui, confirme Michel Petit, membre du GIEC. Nous sommes devant un problème majeur pour l'humanité : le développement, depuis 1850, des énergies fossiles nous a permis d'améliorer nos conditions de vie et d'augmenter notre longévité. Le problème est désormais de  savoir comment poursuivre ce développement. Les pays en voie de développement  l'envient et le seul modèle que nous leur offrons est un modèle qui n'est pas soutenable. Or la réduction des GES n'a de sens que s'ils s'y mettent aussi, car dans 30 ans ce seront l'Inde et la Chine qui deviendront les plus gros émetteurs. Il existe une corrélation évidente entre le PIB et l'effet de serre " .

Immobilisme ?

Les scientifiques dénoncent la logique du court terme, celle des lois du marché mais aussi celle des hommes politiques, jugés tous les cinq ans et donc peu enclins à agir pour le long terme... " Les actions ponctuelles ne peuvent suffire, rappelle Michel Petit. Tout le développement humain est fondé sur un rapport faussé à l'énergie, qu'on ne paye pas au prix qu'elle vaut réellement " . Parmi les changements profonds réclamés par les scientifiques, le bâtiment figure en bonne place. Pour Alain Maugard, président du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) " il faut envisager l'habitat autrement, et bannir l'architecture du tout verre. L'architecture doit refléter les questions climatiques et montrer qu'elle tient compte de ces phénomènes. Des mutations techniques sont nécessaire pour construire des bâtiments qui produiront eux-mêmes l'énergie dont ils ont besoin. Il faut transformer un secteur très consommateur (il représente 25% des émissions de GES) en secteur producteur ". Le GIEC, dans son 3ème rapport publié en 2001, estime que " des centaines de technologies " existent pour améliorer l'efficacité énergétique dans les bâtiments, les transports et les processus de production industriels. Si des mesures étaient prises pour rendre ces technologies rentables, elles contribueraient selon les experts du GIEC pour 50% à la réduction des émissions de carbone d'ici 2010.

Véronique Smée
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