Après Kyoto, quelle stratégie en 2012 ?
Alors que les objectifs du Protocole de Kyoto, qui entre en vigueur le 16 février 2005, sont déjà considérés comme insuffisants pour stabiliser le réchauffement climatique, l'Union européenne éprouve des difficultés à bâtir sa stratégie post-2012, échéance du protocole. La Commission Barroso propose toutefois un objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, de l'ordre de 15% d'ici 2050 par rapport à 1990, année de référence. Le texte sera présenté au président américain Georges W. Bush le 22 février, lors de sa visite à Bruxelles, mais les espoirs des négociateurs européens restent minces, compte-tenu de la position américaine sur cette question.
Le bilan climatique de l’année 2004, 4ème année la plus chaude depuis plus d’un siècle, est venu confirmer l’alerte climatique. Plusieurs études récentes sur l’analyse météorologique de
Occupation du marché international du pétrole
Greenpeace a salué l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto en occupant, le siège du marché mondial du pétrole à Londres l’après-midi du 16 février, de 14 H à 19 H 30.
Une trentaine d’activistes ont interrompu les transactions qui se font à la criée en déclenchant des cornes de brume et à l’extérieur, des grimpeurs on déployé une banderole « Les changements climatiques tuent – Stoppez la promotion du pétrole » alors que d’autres personnes s’enchaînaient aux grilles du bâtiment.
L’association écologiste a choisi cette cible parce-qu’elle estime, selon le directeur éxécutif de Greenpeace Grande Bretagne, « que le pétrole est échangé sur ce marché en toute impunité, comme si la vie de millions de personnes et la survie des espèces ne comptait pas. »
27 militants environnementaux ont été arrêtés et ont passé quelques heures au commissariat. Tous les journaux anglais, y compris le Sun, ont relayé l’information qui a eu non seulement un fort impact médiatique mais aussi un impact économique significatif. Le montant quotidien des échanges sur ce marché s’élève à 5 milliards d’euros, or ils ont été interrompus pendant une heure et quart, le 16 février.
l’année passée confirment non seulement la tendance au réchauffement, mais également sa cause principale, l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Parmi elles, l’analyse de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), publiée le 15 décembre dernier, conclut que le réchauffement climatique, qui persiste année après année, montre que l'effet de serre est en train de devenir la principale cause de ce réchauffement, après les causes naturelles. Par ailleurs, si le réchauffement actuel est de l’ordre de 1,2 à 1,3°, les prévisions des climatologues du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) n’excluent pas l’hypothèse d’un réchauffement bien plus élevé d’ici la fin du siècle… alors que les premières conséquences sur la vie humaine se produiront à partir de 2°. Parmi elles, des risques de famine, de paludisme, d’inondations, en particulier pour les pays du Sud, la fonte du Groenland et la hausse du niveau des mers, la disparition des états insulaires et l’extinction d’espèces végétales et animales.
L’objectif défini par les Nations–Unies, dès 1992, dans le cadre de la Convention sur les changements climatiques, était de maintenir le réchauffement climatique en deça du seuil de 2°, mais d’ores et déjà les différentes prévisions tablent sur 3°, si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites de manière significative. D’où l’importance –et l’urgence- des stratégies à mettre en place par les pays industrialisés après 2012.
Qelques pistes ont été proposées par l’Union européenne, leader sur cette question depuis 1992, mais la Commission se heurte à deux problèmes majeurs : le refus des pays en développement de restreindre leurs émissions et l’opposition à tout mécanisme de réduction des Etats-Unis. Dans sa communication du 10 février dernier, qui sera débattue par les chefs d'Etat et de gouvernement en mars, l'exécutif européen recommande «que l'Union explore les options de stratégie post-2012 avec les partenaires majeurs dans le courant 2005, avant de décider la position qu'elle adoptera dans les négociations». Les 25 proposent de fixer une réduction de 15% des émissions mondiales d’ici 2050, par rapport à 1990, année de référence du Protocole. Cette stratégie sera présentée à Georges W. Bush lors de sa venue à Bruxelles le 22 février prochain, mais peu d’espoirs sont permis sur l’évolution de la stratégie américaine en la matière. Clairement opposés aux mécanismes de réduction des émissions de GES, les Etats-Unis avaient déjà refusé d’évoquer l’après-Kyoto lors de la dernière conférence internationale sur les changements climatiques, qui a eu lieu en décembre dernier. Les négociateurs américains ont tout juste accepté le principe d’un « séminaire informel » au printemps prochain, parvenant, une fois de plus, à faire échouer les négociations internationales sur les changements climatiques.
Justice climatique et dette écologique
Les ONG comme le WWF et Greenpeace prônent un objectif de 30% de réduction d’ici 2050, soit le double de la Commission, tandis que la CAN (Climate Action Network) estime qu’un système international viable « doit refléter la responsabilité morale des pays qui ont le plus bénéficié de l’utilisation des biens communs de l’humanité. Ces pays devront être les premiers à réduire leurs émissions et mettre en place un système de compensation pour les victimes des changements climatiques. » Cette notion de justice climatique est également reprise par le réseau international Friends of the Earth, qui élargit, dans un rapport publié en décembre 2004, les droits humains aux droits environnementaux : droits des réfugiés climatiques,droit à la dette écologique et à la justice environnementale. L’ONG demande « la reconnaissance et le remboursement de la dette écologique, qui ressort des effets cumulés du pillage des ressources, des destructions de la biodiversité, des dégâts environnementaux, de l’accumulation des déchets et des effets du changement climatique – une dette des pays industrialisés vis-à-vis des populations du Sud », souligne le rapport. L’action « Justice Climatique » de l’ONG a abouti au dépôt d’une plainte contre les Etats-Unis pour « l’absence de toute mesure de prévention du changement climatique ».