Allemagne : mobilisation relative sur le changement climatique

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Publié le 02-01-2007

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Lac de Constance
Lac de Constance

Depuis le 1er janvier, l'Allemagne préside le Conseil européen qu'elle a placé sous le signe de la lutte contre le réchauffement climatique. Un réchauffement dont les effets se font déjà sentir dans le pays. Or, les organisations environnementales soulignent le décalage entre l'ambition affichée par le pays et les résultats obtenus - sans compter le comportement des citoyens allemands. Selon un dernier sondage, il se disent préoccupés par le réchauffement climatique, mais rechignent à modifier leur comportement.

« Nous devons nous habituer à transpirer» déclare Stefan Hagemann, chercheur en climatologie au Max-Planck-Institut de Hambourg, au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. L’équipe du Max-Planck-Institut, dont fait partie Stefan Hagemann, est l’auteur d’une étude détaillant, pour la première fois, les conséquences du réchauffement climatique dans les régions d’Allemagne. La régionalisation de l’étude montre la diversité des mesures à prendre selon que l’on réside en Bavière, à Hambourg ou à Dresde.

Régionalisation du réchauffement climatique

Ainsi, les stations d’hiver bavaroises doivent trouver des solutions pour lutter contre la diminution de chutes de neige, l’augmentation régulière des précipitations et le recul des glaciers. Au nord du pays, les villes côtières et portuaires voient le niveau de l’eau augmenter, avec les risques d’inondation que cela entraîne. De plus, le réchauffement de l’eau - de 1,7 degré au-dessus de la moyenne pouvant aller à des pics de trois degrés - peut faire apparaître des bactéries nuisibles à la santé. Des prélèvements d’eau sont actuellement étudiés pour apporter de nouvelles données. Autre exemple, dans le Brandenbourg, Land très boisé voisin de la capitale allemande, on s’attend à une augmentation sensible des feux de forets.
Les conséquences du réchauffement climatiques sont également importantes pour la région du lac de Constance, dans le sud du pays, qui abrite la plus grande réserve d’eau douce d’Europe. Des recherches ont montré l’apparition de nouvelles espèces comme les moules, les crabes et les méduses, qui évoluent habituellement dans un environnement plus chaud que celui du lac de Constance. Loin de se réjouir, les autorités administratives de la région se montrent préoccupées par l’apparition de ces nouvelles espèces. En effet, fautes de prédateurs, elles vont pouvoir se multiplier et mettre ainsi la faune indigène en danger. A cela, il faut ajouter la baisse du niveau du lac ainsi que la diminution d’apport en oxygène du fait d’un mauvais brassage des eaux – faute de pluie en été et de gel en hiver. 

Ces bouleversements écologiques ne sont bien évidemment pas sans impact sur la santé de la population comme sur l’économie des régions. Or, les auteurs de l’étude épinglent les autorités, qu’elles soient locales, régionales ou nationales, pour le manque d’adaptation des structures actuelles aux nouvelles réalités météorologies : « La question se pose de savoir quels sont les moyens dont nous disposons pour nous adapter aux changements climatiques, de manière à protéger les vies humaines et minimiser les pertes économiques. La réponse est déprimante. » Ils prennent l’exemple de la canicule de l’été 2003 : « Nous avons manqué de savoir médical, de mesures de prévention comme d’information, ainsi que de dispositifs d’alerte. »

Manque de volonté de la part des gouvernants et gouvernés

Pour les organisations environnementales, comme pour certains spécialistes allemands, les résultats obtenus contre le réchauffement climatique en général et les émissions de gaz à effet de serre (GES) en particulier ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées par l’Allemagne. Le pays a un temps profité de l’arrêt des activités industrielles hautement polluantes de l’ex-RDA, ce qui lui a permis de montrer des résultats fort honorables. « Les émissions de GES ont été diminuées de moitié en ex-RDA, alors que la situation à l’ouest du pays n’a pratiquement pas évoluée, » relève Volker Quaschning, enseignant les systèmes d’énergie régénérative à Berlin, dans le mensuel spécialisé « Sonne, Wind und Wärme » (édition juin 2006). L’organisation Germanwatch, qui a fait de la lutte contre le réchauffement climatique une de ses priorités, tient le même avis, à savoir que les mesures prises jusqu’à présent par l’Allemagne ne peuvent suffire à remplir les objectifs « qu’elle a placé volontairement haut ». Certaines ont un impact positif indéniable, comme la loi sur la promotion des énergies renouvelables, l’adoption de l’écotaxe ou la réforme du système ferroviaire régional. Mais le transport routier, qui ne fait qu’augmenter, comme la production de charbon, qui bénéficie de surcroît de subventions conséquentes, sont les grands points faibles de la politique climatique de l’Allemagne, selon l’organisation. « Ce sont les économies d’énergie, faites en 2005 par la population en raison de la hausse du prix du pétrole qui ont  plus contribué à faire diminuer les émissions de CO2 que l’ensemble des mesures prises par le gouvernement » note par ailleurs l’expert en énergies alternatives.     

Le tableau climatique d’outre-Rhin ne saurait être complet sans mentionner le comportement de la population. Un récent sondage publié par la Umweltbundesamt montre que les Allemands placent le réchauffement climatique en seconde position derrière le marché du travail sur l’échelle de leurs préoccupations. De plus, 87% des sondés souhaitent passer aux énergies renouvelables et deux tiers se prononcent contre l’énergie atomique. Mais la sensibilité écologique des citoyens allemands s’arrête dès qu’il est question d’engagement financier. Une grande majorité décline tout impôt pour l’environnement, et lors de l’achat de produits électroniques, le prix est bien plus souvent déterminant que la consommation en énergie des dits appareils. Surtout, l’automobile reste un élément indispensable de la vie des citoyens allemands, puisque 20% des sondés lui préfèrent ou le vélo ou les transports en commun.

Claire Stam de Francfort (Allemagne)
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