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Ces dangereuses algues vertes

Les algues vertes très présentes sur les côtes bretonnes inquiètent de plus en plus les riverains. En plus des problèmes environnementaux qu'elles engendrent, les derniers éléments, dont l'autopsie d'un chauffeur décédé en juillet dernier, laissent à penser que les algues vertes seraient dans certaines circonstances mortelles pour l'homme.

Nouveau rebondissement dans l’affaire des algues vertes. Jeudi 22 avril, la famille du transporteur d’algues vertes mort en juillet 2009 dans les côtés d’Armor, a porté plainte contre X pour « homicide involontaire par imprudence ». Thierry Morfoisse, alors âgé de 48 ans, avait en effet succombé à un infarctus après avoir transporté et déchargé pendant plus de deux heures une benne remplie d’algues vertes en putréfaction et ce, sans protection. « Nous souhaitons que la vérité éclate et qu’au moins, il n’y ait pas d’autres morts », a déclaré le père de la victime, Claude Morfoisse, à l’AFP. L’affaire est délicate. En septembre 2009, l’autopsie n’avait pas permis d’établir avec certitude la cause du décès et le parquet avait alors renoncé à engager des poursuites.

Cependant un groupe de médecins du département de santé publique de l’Université de Rennes 1 et du CNRS ne l’entendent pas de cette façon. Pour les médecins Claude Lesné et Françoise Riou ainsi que le toxico-chimiste, André Picot, l’analyse du rapport d’autopsie et d’expertise toxicologique permet d’établir que « les circonstances du décès de Mr Morfoisse sont suffisamment explicites pour que les représentants de l’Etat admettent à présent les faits et cessent de faire obstacle à la reconnaissance de ce décès en accident de travail ». Selon eux, le sulfure d’hydrogène inhalé par Mr Morfoisse a bloqué l’utilisation de l’oxygène dans les cellules de son muscle cardiaque et a donc réduit très rapidement leur oxygénation déjà limitée, déclenchant alors l’infarctus.

Des mesures de prévention à prendre de toute urgence

« Ces intoxications massives et marquantes représentent la partie la plus visible des effets sur la santé des gaz émis par les algues en décomposition ; il est essentiel pour les années à venir d’informer systématiquement la population et les professionnels de santé des dangers du sulfure d’hydrogène pour prévenir non seulement de nouveaux accidents dramatiques mais aussi la survenue des autres effets sur la santé de ce gaz, à des doses plus faibles », rappellent-ils.

En effet des accidents gravissimes, liés à des expositions aux algues en putréfaction, ont déjà eu lieu. Il y a 20 ans, en juillet 1989, un joggeur a été retrouvé mort dans un amas d’algues vertes. 10 ans plus tard, c’est un ramasseur d’algues de 53 ans, en bonne santé, qui est victime d’une intoxication suraigüe, c'est-à-dire un blocage des centres nerveux respiratoires qui provoque un arrêt respiratoire immédiat avec une perte de connaissance, sur la plage de Saint Michel en grève. Puis, en juillet 2009, au même endroit, un cavalier de 28 ans subit le même sort tandis son cheval, plus longtemps exposé, meurt en quelques minutes (voir article lié). D’autres accidents, moins graves mais tout aussi préoccupants comme des malaises, sont régulièrement rapportés par des médecins sans que des mesures de prévention soient finalement adoptées par les autorités…

En février dernier, le gouvernement a annoncé un plan « algues vertes » (voir article lié) où il demande notamment de nouvelles études. Une simple « occasion de gagner du temps » cependant pour l’association Sauvegarde du Trégor qui a récemment publié un « Livre noir du Plan Fillon » (voir document lié). Car celles-ci ne concernent pas les impacts sanitaires : « aucune explication sur ce risque n’est fournie », précise Yves-Marie Le Lay, le président de l’association dans le rapport. Or « quels sont les autres gaz toxiques qui se dégagent des amas putréfiés ? En cas d’intoxication, comment soigner au mieux ? », se demande l’association qui rappelle que chaque année des milliers de personnes fréquentent les plages des Côtes d’Armor et que des dizaines de personnes interviennent quotidiennement pour collecter les algues échouées. Sauvegarde du Trégor a ainsi demandé au Président du Conseil général des Côtes d’Armor de rejeter ce plan.

Béatrice Héraud
Mis en ligne le : 26/04/2010
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