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![]() Planète \Environnement \BiodiversitéRussie : les J.O de Sotchi au mépris de l'environnementEn Russie, les réserves naturelles, zones de protection fédérales ou même internationales pèsent peu face au projet de développement économique et de prestige international qu'entend tirer Vladimir Poutine des J.O 2014. Face à la volonté du Kremlin, les lois sont détournées, de même que les limites et fonctions des parcs naturels.
La piste de bobsleigh des futurs Jeux Olympiques 2014 de Sotchi vient disputer le territoire estival de nombreux grands mammifères du Caucase Ouest. Notamment le chamois caucasien et le bison d’Europe, deux espèces locales figurant sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN. Or, il est peu probable que la piste, devant accueillir 11000 personnes, accompagnée de son village et de quelques hôtels, aura laissé place nette pour l’été 2015... Alors, piste de toboggan ou préservation d’un lieu assez unique pour avoir été classé Patrimoine mondial naturel de l’humanité par l’Unesco ? Le Comité d’organisation russe se pose actuellement la question, considérant les lieux alternatifs proposés par Greenpeace et le WWF. Quant à la Fédération de Bobsleigh et de Toboggan, « ses dirigeants ne comprennent pas la réalité du danger pour la nature » déclare Andreï Pétrov, de Greenpeace Russie, commentant la réponse écrite de la Fédération. Pour la communauté internationale, le choix de la ville balnéaire de Sotchi, sur la Mer Noire, pour les JO d’hiver 2014, a été une surprise. En juillet dernier, le Comité international olympique (CIO) a ainsi tranché en faveur de la Russie, face à Pyongcheang en Corée du Sud et Salzbourg en Autriche, pourtant autrement mieux dotées en pistes de ski et infrastructures. La petite Sotchi de 400 000 habitants, non seulement ne possède pas de piste à moins de soixante dix kilomètres de distance et pas à plus de 550 mètres de haut, mais quasiment aucune infrastructure de transport et d’hébergement non plus. Autrement dit : tout reste à faire. L’atout de Sotchi, en dehors de sa beauté réputée, est d’avoir un résident secondaire de marque : le Président Poutine. L’hôte du Kremlin s’est déplacé lui-même à Guatemala City en juillet dernier pour convaincre le CIO et certifier que 12 milliards seraient mis sur la table pour construire une station de sport d’hiver, dont 4 milliards au moins pour les infrastructures olympiques- en comparaison les jeux de 2010 à Vancouver ont un budget de 426 millions d’euros. Zone de conflits au Caucase Sud
Sur la zone balnéaire de Sotchi, se trouve l’Abkhazie, république autoproclamée, avec l’appui de la Russie, sur le territoire de la Géorgie. Non loin, l’Ossétie du Sud présente un profil similaire. A tout moment, le conflit armé menace entre les républiques sécessionnistes et la Géorgie. Les experts russes des relations interethniques veulent croire que les J.O contribueront à la stabilisation du Caucase Sud, voire même qu’elles puissent être un « facteur d’impact sur la politique de la Russie en Transcaucasie » fait remarquer le directeur de l’Institut des évaluations et des analyses stratégiques Alexandre Konovalov. Cependant, il n’est pas non plus exclu que de son côté, la Géorgie essaye d’utiliser les J.O comme levier d’influence sur ses relations avec la Russie. Précisons d’autre part, que Sotchi ne se trouve qu’à 450 Km de la Tchétchénie. "Zone récréative" Sans vouloir altérer la liesse populaire et la fierté nationale de mise à l’annonce de la victoire, les ONG environnementales ont répété le 28 août « l’urgente nécessité d’exclure de la zone de construction les parties les plus vulnérables du Parc national de Sotchi qui est aussi la zone tampon du Patrimoine mondial du Caucase Ouest, ainsi que la chaîne de Grushevy ». Greenpeace Russie dénonce la saisie progressive des espaces naturels sous protection sans autre forme de procédure légale depuis septembre 2006, à commencer par la construction d’une station de ski au sein du Parc national, sans qu’aucune étude préalable d’impact environnemental n’ait été conduite par l’Etat, comme la loi le stipule. En décembre, le Président introduisait des changements dans la loi fédérale régulant « les espaces naturels spécialement protégés », ignorant la Douma et la Constitution, pour finalement annuler l’institution des études d’impact environnementales d’Etat. Les contestations de Greenpeace devant la Cour Suprême de la Fédération de Russie lui ont donné tort. Toutefois, au niveau international, la Commission du Patrimoine mondial de l’Unesco a prévu d’envoyer sur place une mission d’experts en mai, qui pourrait aboutir au classement du Ouest Caucase sur la liste du Patrimoine mondial en danger dès 2008. Ni Poutine ni le CIO n’ont intérêt à ce que les futurs Jeux soient entachés d’une image de destruction de la nature. Greenpeace rappelle que « selon la Charte olympique, l’une des premières fonctions de l’IOC est de s’assurer que les Jeux Olympiques n’endommagent pas l’environnement ».
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