Quel rôle pour les entreprises dans la nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité ?

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Publié le 24-05-2011

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Rendue publique le 19 mai dernier, la nouvelle stratégie (SNB) fixe 20 objectifs pour 2020, dont celui d'intégrer la préservation de la biodiversité dans les décisions économiques. Les entreprises peuvent adhérer à une charte qui les incite à prendre en compte la biodiversité. Reste à savoir comment et avec quels indicateurs.

La première SNB (2004-2011) n’est pas parvenue à remplir l’objectif d’enrayer la perte de biodiversité avant 2010. En réaction, la nouvelle mouture est issue d’un processus de « co-création », destiné à mobiliser tous les acteurs de la société civile. À la manière du Grenelle, le comité de révision a rassemblé des représentants de l’Etat, des collectivités, des entreprises, du secteur agricole et des associations. « Un processus riche qui a permis le partage et la confrontation des points de vues », souligne Christian Béranger, directeur développement durable de Cemex et représentant du Medef au sein de la concertation. Un exercice néanmoins périlleux puisque le document final compte une série de propositions non consensuelles et que la FNSEA, pourtant partie prenante, a décidé au dernier moment de ne pas adhérer.

L’Etat s’est engagé sur une période 2011-2013. Une enveloppe de 50 millions d’euros a été débloquée pour financer des appels à projets qui visent notamment à restaurer des continuités écologiques et les écosystèmes dégradés (Natura 2000, zones humides, milieux aquatiques…), élaborer des trames vertes et bleues en ville ou encore développer une filière du génie écologique. A un an de l’élection présidentielle, la nouvelle stratégie pâtit d’un calendrier peu favorable. Néanmoins, 140 personnes morales, associations, collectivités, entreprises… ont déjà signé la charte, processus qui se poursuivra sur une durée de deux ans.

Un niveau d’engagement très variable

En adhérant, le Medef affirme chercher à « faire effet boule de neige » auprès de son réseau, souligne Christian Béranger. Il a aussi engagé son entreprise, Cemex, producteur de béton et de granulats, dont il est Directeur développement durable. « Nous menons des programmes de recherche depuis 1992. Aujourd’hui, nous sommes en train de faire la synthèse de toutes les mesures récoltées sur nos sites pour construire un indicateur. Nous travaillons en partenariat avec le Muséum d’Histoire Naturelle, qui bénéficie ainsi d’un partage de données », souligne-t-il. Le niveau d’engagement est très différent selon les entreprises. Certaines se préoccupent depuis longtemps de la biodiversité parce qu’elles soumises à la réglementation, comme les producteurs de béton et granulats, les gestionnaires d’infrastructures ou encore l’industrie cosmétique et pharmaceutique, concernée par le Protocole de Nayoga pour l’accès et le partage des avantages tirés des ressources génétiques, qui entrera en vigueur en 2012.

Parmi les premiers signataires, on trouve ainsi Lafarge, Cemex, Yves Rocher, LVMH, Cosmetic Valley, SITA, Suez environnement, Vinci… Des secteurs d’activités pour qui la biodiversité n’est pas une question neuve et dont les activités sont concernées au premier chef.  « L’adhésion à la stratégie est un moyen de valoriser les actions volontaires que nous menons déjà », reconnaît Mathieu Tolian, Chargé de Mission à la Direction de la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) de Veolia Eau. « Mais la stratégie va nous amener à renforcer notre mobilisation interne sur le sujet. La biodiversité est portée par  quelques experts interne au siège, mais les signaux externes sont importants pour favoriser l’intégration de ce sujet dans  une approche quotidienne sur le terrain». Comme Cemex, l’entreprise cherche à construire des outils de gestion de la biodiversité. « Les indicateurs existants, comme l’Ecosystem Service Review du WBCSD ou l'Indicateur d'Interdépendance de l'Entreprise à la Biodiversité d’Orée, permettent d’avoir une approche globale et qualitative pour visualiser notre impact et notre dépendance par rapport à la biodiversité mais pas de faire d’agir directement sur le terrain », explique-t-il. « Ce sont des outils de gestion de risque et d’aide à la décision avant tout ». De manière générale, la biodivesrité est encore loin d'être intégrée à la stratégie des entreprises, ni à leur reporting RSE.

Vers une approche systémique de la biodiversité

La plupart du temps, la prise en compte de la biodiversité naît d’une approche « produit ». C’est le cas chez Maison du monde, signataire de la Charte. « Nous utilisons du bois massif pour fabriquer une partie de nos meubles et notamment une essence, plébiscitée par nos clients, le sheesham, que l’on ne trouve qu’en Inde, où aucune forêt n’est certifiée FSC. Nous avons travaillé en partenariat avec l’ONG anglaise Forest Trust, pour évaluer l’état de la ressource et nous nous sommes aperçus que ces arbres sont souvent utilisés en agroforesterie. Nous avons donc décidé de développer un partenariat avec des communautés du Pendjab pour développer des plantations », raconte Fabienne Morgaut, directrice développement durable de Maison du monde. Une démarche d’inventaire coûteuse, mais stratégique. Au delà de cette approche ciblée l’entreprise travaille avec Orée, association de conseil et de réflexion sur la biodiversité, à la création d’un indicateur pour mesurer son impact global. « On ne sait pas trop par quel bout prendre. Quand on parle de notre consommation de ressources naturelles, c’est assez simple. Mais dès qu’on s’intéresse à la biodiversité « ordinaire », mesurer notre impact devient très complexe », reconnaît Fabienne Morgaut.

La biodiversité dans les PME

L’approche systémique implique de repenser totalement le rapport des entreprises à l’environnement. « Elles sentent qu’elles ne peuvent plus se contenter d’une vision fragmentée : le carbone d’un côté, l’eau de l’autre… On voit émerger une vision plus intégrée, qui considère l’environnement comme un système dynamique. La biodiversité ne peut pas être une nouvelle case dans le système de gestion. Elle implique une stratégie globable », explique Gaël Gonzalez, chargé de mission biodiversité chez Orée. Les lignes commencent à bouger. «  Par exemple, les entreprises soumises à des obligations de restauration des sites ont longtemps eu une approche très paysagère. De plus en plus, elles s’engagent dans des démarches qui privilégient la valeur écologique », souligne-t-il. Pour Patrice Valentin, fondateur de Dervenn, bureau d’étude spécialisé dans le génie écologique, « il faut intégrer les entreprises à la biodiversité et pas l’inverse ». L’adhésion à la SNB du centre des jeunes dirigeants d’entreprises (CDJ), qui regroupe 3500 chefs d'entreprise et cadres dirigeants et compte 80% de PME, est selon lui un signe fort. « Elles ont moins de moyens pour agir à court terme, ce qui les pousse à  engager des réflexions en profondeur. À Nantes, nous avons lancé une commission de travail sur « l’entreprise bio-compatible ».
Reste à voir si l’adhésion des têtes de réseaux aura l’effet « boule de neige » escompté et si le projet « de développement et de diffusion d’outils méthodologiques accompagnant les entreprises », prévu dans les orientations stratégiques de la SNB portera ses fruits.  Par ailleurs, le CJD et Orée ont fait état, dans un communiqué du mardi 24 mai, de leurs doutes sur l'efficacité de la SNB " tant que les secteurs les plus impactant pour la biodiversité tels que l'agriculture, l'aménagement du territoire et les transports ne seront pas impliqués". Les deux organisations regrettent par ailleurs que "les propositions fiscales destinées à la préservation de la biodiversité et du patrimoine naturel restent à l'état de réflexion ».

Anne de Malleray
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