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Le lent sauvetage de la mer Baltique

Planète \Environnement \Biodiversité

Publié le 09-09-2008

Pêcheur lituanien
Pêcheur lituanien
©Flickr

Après la signature en 2007 du Plan d'action pour la mer Baltique, l'état de l'écosystème de la région s'améliore. Mais trop lentement au goût des acteurs environnementaux des pays limitrophes. Pour renforcer la préservation de ces ressources, la Commission européenne veut réduire les captures de certains poissons.

Le cabillaud de la mer Baltique, poisson commun dans les assiettes des Européens, va-t-il devenir un produit de luxe ? L’accélération de l’activité humaine dans la région, notamment le rejet de produits toxiques, a entrainé une multiplication des algues et une eutrophisation de la mer Baltique. La surpêche de certaines espèces finit de déséquilibrer l’écosystème marin. Devant l’ampleur de la crise, la Commission européenne a proposé, lundi 8 septembre, une révision des totaux admissibles de capture (TAC) pour 2009. Suivant notamment l’avis du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), la Commission souhaite réduire de 15% les captures de cabillaud dans le stock occidental, et de 63% celles de hareng. En prévision d’un effondrement du stock de saumons, qui inquiète la communauté scientifique, les TAC de saumon pourraient également être réduits de 15%.

Des quotas de pêche sont pourtant imposés aux pays limitrophes de la mer Baltique. Nombreux sont ceux qui les dépassent. Le cabillaud, l’anguille et le saumon sont les premières victimes de cette boulimie. En avril 2008, le Conseil agriculture et pêche de l’Union européenne, conscient du problème, a affirmé vouloir venir à bout de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). La Pologne s’est engagée à rembourser le dépassement de son quota de 2007 sur quatre ans. Mais faire respecter les lois reste un exercice laborieux, enjeux économiques obligent.

Le tourisme aussi s'engage
Les onze pays du Conseil des états de la mer Baltique (les neuf pays limitrophes, la Norvège et l’Islande) ont fondé Baltic 21, une association pour un développement durable de la région. Le but est de constituer un Agenda 21 pour la mer Baltique, dans l’agriculture, la pêche, les forêts, l’énergie, l’industrie, les transports, l’éducation, l’aménagement du territoire et même le tourisme. Dans ce secteur, l’Allemagne et la Suède se sont imposées, dans le but de développer un tourisme durable dans la région de la mer Baltique. Protection des sites naturels, promotion de la qualité du secteur touristique et maintient des conditions de vie des populations locales sont au programme.

« Il est extrêmement difficile de prendre des décisions communes fortes pour le sauvetage de l’écosystème de la mer Baltique » explique Mats Abrahamsson, directeur du programme Ecorégion mer Baltique pour le WWF Suède. L’un des essais les plus sérieux date de mars 2006. La commission d’Helsinki pour la protection de l’environnement marin de la Baltique (HELCOM) a lancé la Plan d’action pour la mer Baltique (BSAP). Le texte a été adopté le 15 novembre 2007 par les neuf pays qui bordent la mer : Suède, Finlande, Russie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Allemagne et Danemark. Le BSAP prévoit un rétablissement de l’écosystème marin d’ici 2021, par l’accomplissement d’“objectifs écologiques” à l’échelle européenne ou nationale. Il s’agit notamment de lutter contre l’eutrophisation, de limiter les rejets de produits toxiques, de renforcer la sécurité maritime, et de freiner le déclin de la biodiversité.

Des mesures bien peu appliquées

Soutenu par des ONG et des groupes d’actionnaires de la région, le BSAP est ambitieux mais encore mal appliqué. « Le texte n’est pas suffisamment restrictif et peu contraignant pour les signataires » affirme Mats Abrahamsson. « Malgré tout, si la plupart de ces mesures était effectivement mises en application, nous verrions quelques améliorations ». Un rapport du WWF, paru le 26 août 2008, aboutit aux mêmes conclusions : peu de mesures suggérées par le BSAP sont appliquées à la lettre par les pays riverains de la mer Baltique. L’Allemagne, pourtant meilleure élève, n’en appliquerait que 46%. Dans le trio de tête se trouve également le Danemark suivi de l’Estonie, mais aucun des neuf états n’obtient mieux qu’un F – la plus mauvaise note.

L’étude a noté les efforts des neuf pays dans six domaines : biodiversité, pêche, substances toxiques, transports maritimes, eutrophisation et gestion intégrée de l’utilisation de la mer. Les résultats sont plus que décevant pour le WWF. Même la Suède, pays pourtant sensibilisé au développement durable, obtient une moyenne en dessous de 50%. Certaines valeurs sont pour le moins choquantes. La Russie et l’Estonie ont augmenté leurs émissions de mercure respectivement de 37 et 33% entre 2002 et 2005. Les émissions de dioxines de la Lituanie ont presque triplé entre 2000 et 2005. Les déversements de phosphates et d’azote, principales causes de l’eutrophisation, ont augmenté dans plusieurs pays. Par ailleurs, la présence de phosphates dans les détergents n’est interdite qu’en Suède. La gestion durable de la mer (pour le tourisme, la production d’énergie, etc) n’est pas non plus un succès.

Une évolution positive mais lente

Globalement pourtant, la situation s’améliore par rapport à 2007. L’Allemagne obtient de bons scores dans le domaine de la biodiversité, notamment pour la protection des eaux territoriales et des sites. Le plan national de prévention contre l’introduction d’espèces étrangères (algues, etc) vaut à la Russie la note C. La Lettonie et la Lituanie ont mis en place des contrôles et des sanctions contre la surpêche de cabillaud, et obtiennent pour cela B-. La pêche est d’ailleurs le domaine dans lequel les meilleurs résultats sont observés, même si de gros efforts sont encore indispensables. « Pour résoudre le problème de la surpêche, les gouvernements doivent suivre les conseils des scientifiques et réduire encore les quotas. Mais ils devront également renforcer les lois et les contrôles, et ne plus accepter que la pêche illégale soit aussi importante » soutient Mats Abrahamsson. Et cette démarche est efficace : l’état du stock oriental de cabillaud s’est amélioré, suite à une baisse précédente des quotas de pêche de ce poisson.

Pourquoi un tel laxisme de la part des gouvernements ? Avant tout pour des raisons économiques. Les quotas de pêche entrainent déjà un manque à gagner pour l’industrie. Mais la mise en place de mesures de rétablissement de l’écosystème génère également un coût. Mats Abrahamsson ajoute que « certaines de ces mesures peuvent également avoir un “coût politique” élevé, lorsqu’elles touchent des catégories socioprofessionnelles précises », comme la limitation des engrais dans l’agriculture. Les réactions vives qu’a provoquées le livre « Mer silencieuse » d’Isabella Lövin reflètent aussi une prise de conscience tardive. La journaliste suédoise a enquêté sur les conséquences de la surpêche sur l’écosystème de la mer Baltique. Son livre a eu un retentissement important dans le pays, allant même jusqu’à pousser des dirigeants suédois à envisager une réduction de la flotte de pêche. Une démarche bien tardive du point de vue des défenseurs de l’environnement : « Même si des mesures très contraignantes étaient prises aujourd’hui, il faudrait au moins une génération pour voir l’écosystème retourner à un état plus stable » conclut Mats Abrahamsson.

Rouba Naaman
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