|
Les ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS) et RARE Pride ont développé, avec les Parcs Nationaux du Gabon, une méthode innovante, efficace et toute américaine pour sensibiliser les Gabonais vivant à proximité des parcs nationaux à préserver la nature et notamment les espèces menacées de la faune. Il s’agit d’appliquer les techniques du marketing social, en adaptant le message aux « supports » les plus populaires. Ainsi, le pangolin géant a été choisi comme mascotte suite à un sondage montrant qu’il s’agit de l’animal préféré de la population. Les messages sont également diffusés dans les bars ou lors des matchs de foot. La démarche ne se veut ni intrusive ni condescendante, mais participative. Elle va également au-delà de la plus classique « consultation des parties prenantes ». Entreprises, chefs de populations locales, chasseurs, pêcheurs, orpailleurs, etc. ont été associés et sondés pour identifier les menaces pesant sur le parc, puis développer un programme personnalisé. Une messe a aussi été organisée à cette intention, car la population est à 70 ou 80 % chrétienne.
| Le Gabon, poumon écologique mondial |
| Le Gabon est au cœur du bassin du Congo, deuxième poumon écologique mondial après l’Amazonie. Son territoire est recouvert à 80% de forêt tropicale et abrite une extraordinaire biodiversité, dont de nombreuses populations de grands singes. « Le Gabon est, en Afrique centrale, un pays pionnier en matière de préservation de l’environnement » selon l’Institut Jane Goodall, qui souligne la volonté politique de conservation. Mais malgré la création de 13 parcs nationaux en 2002, les pressions démographiques et économiques (braconnage, déforestation et commerce illégal) sont considérables et représentent une menace permanente pour la survie des gorilles et chimpanzés, entre autres espèces. Les grands singes risquent de disparaître dans les 10 prochaines années. Leur effectif a diminué de moitié en vingt ans. |
76% de chômage Les résultats, mesurés, de la campagne de sensibilisation montrent que la connaissance des espèces protégées a cru de plus de 15%. Pourtant, on continue d’acheter de la viande de brousse, souvent issue du braconnage. « Nous avons identifié des barrières au changement de comportement qui ne dépendent pas des individus » explique Martin F. Hega, directeur de projet pour WCS « la première est la pauvreté : 76% des gens sont sans emploi ». A partir de là commence le travail concret de conservation : comment permettre aux habitants de se nourrir, selon leurs traditions sans qu’ils déciment la viande de brousse ? « On ne peut pas demander aux chasseurs d’arrêter la chasse, surtout quand c’est leur seule source alimentaire, souligne Martin F. Hega. Mais il faut qu’ils gèrent la ressource de façon responsable.» La vente de viande de brousse en ville a en effet cassé l’équilibre prélèvement-reproduction qui existait ancestralement, quand les villageois ne chassaient que pour leur propre consommation. Mais la chasse dite « commerciale » assure aux villageois des revenus financiers pour l’école des enfants, le pétrole et des biens de consommation. L’Institut Jane Goodall se retrouve aussi confronté aux priorités inaliénables des populations. L’Institut vient de décider de développer un programme de protection des grands singes au Gabon : « Nous ne pouvons fermer les yeux sur les problèmes alimentaires et de maladies des habitants. Ils passent avant et doivent nous considérer comme partenaires, co-gestionaires et non pas contre eux. » Ainsi, financer la création de dispensaires, de puits, d’écoles, de planning familial fait partie des œuvres sociales, inhérentes aux programmes de conservation que l’ONG développe depuis plus de trente ans en Afrique. Trouver des revenus durables En parallèle, les ONG se retroussent les manches pour mettre en place des solutions de revenus durables avec les populations. WCS a fait germer des idées de production de miel, de pêche artisanale et de transformation du manioc mécanisé, qui pourraient être autant de sources de revenus alternatifs aux alentours des parcs gabonais. « Les femmes surtout sont dynamiques, engagées et conscientes des problèmes de gestion » témoigne Martin F. Hega. En Tanzanie, l’Institut Jane Goodall a aidé à la création d’une entreprise de café et recrute ou fait recruter des éco-gardes parmi les braconniers, mettant à profit leur parfaite connaissance de la forêt tout en leur offrant un statut économique et social intéressant. Fin octobre a eu lieu à Bordeaux la conférence internationale d’étape à la Décennie des Nations Unies pour l’éducation en vue du développement durable. Pour David Lefranc, directeur de l’Institut Jane Goodall, il n’est pas difficile de faire comprendre aux populations que sauver la faune signifie sauver leur futur – quand elles ne l’ont pas déjà compris. « Si l’éducation suffisait… Mais nous devons nous focaliser aussi sur l’urgence des maladies, de la pauvreté et l’instabilité sociale et économique ».
|