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Novethic : Quelle nécessaire évolution ou révolution la loi doit-elle opérer, selon vous, pour préserver la nature – et l’espèce humaine ? Cormac Cullinan : Les nombreuses crises environnementales ainsi que les crises sociales et politiques comme les guerres pour le pétrole, sont tous des symptômes du même problème sous-jacent : la plupart de nos systèmes régulateurs sont impuissants à nous empêcher de détruire notre belle planète. Comment l’expliquez-vous ? C. C. : L’une des raisons, c’est que nos politiques et nos lois sont basées sur le mythe des êtres humains supérieurs à tout sur la planète, et que notre rôle est de dominer et de gérer la Terre. Notre compréhension croissante de la complexité et de l’interdépendance des écosystèmes et processus naturels aurait dû nous faire réaliser, à présent, qu’il est illusoire de croire que nous pouvons manipuler la planète comme une machine géante, pour notre seul bénéfice. Pourtant, nos systèmes légaux perpétuent cette approche car tout ce qui n’est ni un être humain ni une organisation est considéré comme une « chose » aux yeux de la loi, et donc ne peut avoir aucun droit légal. Ce système, appliqué aux humains s’appelle l’esclavage. Comment faire évoluer ce rapport à la Nature ? C. C. : Le premier pas est de reconnaître, comme le disait Thomas Berry, que « l’univers est une communion de sujets et non une collection d’objets ». De même que nous reconnaissons avoir certains droits humains inaliénables, qui ne dépendent d’aucune législature, nous devons reconnaître que d’autres espèces, qui ont évolué avec nous, doivent avoir des droits similaires, comme le droit d’exister et de jouer leur rôle dans l’évolution de la Terre. Nicolas Stern a créé une prise de conscience en chiffrant le coût du réchauffement climatique. Est-il possible de mesurer la valeur de la biodiversité en termes économiques ? C. C. : Il peut être utile de démontrer que d’autres espèces et aspects de l’environnement ont une valeur pour les humains, afin de convaincre ceux qui ont une vision monétaire du monde de les protéger… mais l’économie seule ne peut résoudre le problème. La loi doit maintenant évoluer pour reconnaître la réalité d’une communauté de vie plus large et que nous ne pouvons prospérer qu’en respectant les règles fondamentales de cette communauté. L’une de ces règles est qu’il existe un montant maximum de gaz à effet de serre qui peuvent être émis dans l’atmosphère. Cette limite est absolue et ne dépend pas de combien une personne est prête à payer pour le droit de polluer ou même s’il est légal de le faire ou pas, selon les lois humaines. Quels sont les pays les plus avancés dans leur système légal et leur jurisprudence en ce domaine ? C. C. : L’intérêt pour cette nouvelle approche de la loi, appelée « jurisprudence de la Terre », grandit rapidement dans le monde. Les Etats ont de plus en plus conscience que les systèmes de gouvernance actuels sont inadéquats pour gérer des crises tels que le changement climatique. Des conférences et des cours sur la « loi sauvage » (wild law) ont lieu dans divers pays africains, au Royaume Uni et aux USA, entre autres. Les systèmes légaux basés sur d’anciennes coutumes, qui existent encore par endroits, reconnaissent presque invariablement la subsidiarité de l’Homme à la nature et contiennent de nombreux mécanismes pour assurer la continuité d’une relation respectueuse et réciproque avec les autres espèces. Ces systèmes de coutumes ancestrales représentent une riche source d’inspiration pour ceux qui développent cette nouvelle approche de la loi et de la gouvernance. Ils démontrent que l’humain est capable d’inventer de nombreux mécanismes pour assurer un comportement responsable. Notre survie dépend de la rapidité avec laquelle nous pourrons changer notre système de gouvernance.
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