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Comment compenser les impacts des activités économiques sur la biodiversité ? La question est complexe, et l’enjeu tout aussi crucial que celui du réchauffement climatique. Menacée par les activités humaines, la biodiversité connaît actuellement sa 6ème période d’extinction dans l’histoire planétaire. 60% des écosystèmes à l’échelle mondiale sont dégradés, et le rythme d’extinction des espèces a été multiplié par 200 au cours des deux derniers siècles, préviennent les experts. Or, les « services écologiques » rendus par la biodiversité à l’humanité et à son développement économique sont innombrables. Leur disparition a également un coût, chiffré pour la 1ère fois par le PNUE en 2005. Son rapport * évalue par exemple les écosystèmes côtiers constitués par les mangroves, à plus de 1000 dollars l’hectare à l’état naturel. Une fois défriché pour faire place à la culture de crustacés, le même terrain ne vaut plus que 200 dollars l’hectare. Outre une valeur économique, la biodiversité a des vertus sanitaires et pharmaceutiques considérables : 70% des traitements contre le cancer en sont issus aujourd’hui. Pour autant, peu d’instruments politiques et économiques ont été mis en œuvre pour préserver ces ressources. La France, qui abrite avec ses DOM TOM une part importante de la diversité biologique, a lancé en 2007 lors du Grenelle la création d'une « trame verte », destinée à relier les espaces naturels et à les protéger, Nicolas Sarkozy ayant par ailleurs déclaré « que désormais, toutes les décisions publiques devront être arbitrées en intégrant le coût de la biodiversité ». Or, la question de l’évaluation de ces impacts et de leurs coûts commence tout juste à se poser et n’est pas encore à l’étude dans les grandes entreprises. « Aucune perte nette de biodiversité »
C’est dans cette perspective que s’inscrit le lancement du premier fonds de compensation pour la biodiversité, créé par la Caisse des Dépôts via une nouvelle filiale, « CDC Biodiversité », qui va se consacrer aux impacts des projets d’infrastructures. Son objectif : mutualiser les actions de restauration, de gestion et de compensation de la biodiversité, grâce à un appui scientifique et technique. Inscrite dans la loi depuis 1976, l’obligation de compenser les impacts environnementaux causés par les infrastructures routières ou immobilières, par exemple, n’a en effet jamais été réellement appliquée. Les maîtres d’ouvrages, censés réaliser eux-mêmes les études d’impacts, se contentaient d’un dédommagement financier, faute d’autres moyens à leur disposition. « L’offre de compensation était jusqu’ici trop peu structurée, souligne le président de la CDC, Augustin de Romanet. Cette nouvelle filiale interviendra en premier lieu auprès des maîtres d’ouvrages pour les aider à gérer sur le long terme leurs impacts écologiques, les réduire et compenser ceux qui ne peuvent être évités ». Dotée de 15 millions d’euros et d’un comité scientifique composé d’experts de l’environnement et d’économistes, CDC Biodiversité est avant tout un outil d’action, chargé de réaliser des programmes de compensation sur le terrain. Dès lors qu’une espèce ou un éco-système est atteint par un projet sur un territoire, le maître d’ouvrage compensera en finançant une opération de réhabilitation écologique ailleurs. CDC Biodiversité constituera une plateforme d’échange et de services entre associations (FNE notamment) et experts de l’ingénierie écologique d’une part, et acteurs économiques de l’autre. Deux objectifs ont été fixés : « aucune perte nette de biodiversité dans la réalisation d’un ouvrage ou la conception d’une zone d’activités, et la prise en charge intégrale des impacts environnementaux par ceux qui portent atteinte à la nature », précise Augustin de Romanet. Evalué à 500 millions d’euros, ce nouveau marché de la compensation doit également se prémunir de dérives éventuelles : « le fait de compenser ne signifie pas que l’on puisse multiplier les projets d’infrastructures en contrepartie, indique Laurent Piermont, président de la Société forestière et initiateur de CDC Biodiversité. A l’image du marché carbone, la compensation doit s’inscrire dans un cadre général de sobriété ». Complexe, ce marché devra également déterminer les « prix » de la biodiversité et définir ce qui peut être compensé ou non. Mis en œuvre aux Etats-Unis, « le système a permis de reconquérir des milieux naturels et assurer des continuités écologiques », assure Jean-Claude Lefeuvre, membre de l’Institut français de la biodiversité et du comité scientifique de CDC Biodiversité. *« Évaluation des écosystèmes au début du millénaire », Rapport du PNUE, 2005.
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