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Expérimenter de nouveaux outils économiques d’évaluation de la biodiversité est une des questions abordées à Nagoya, où se déroule actuellement la Conférence des parties sur la biodiversité. L’Union européenne, en 2007, avait chargé le banquier indien Pavan Sukhdev de réaliser pour 2010 la première étude internationale sur le coût économique de la perte de biodiversité. A l’image du rapport Stern sur le réchauffement climatique, le « rapport Sukhdev », ou TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity)*, annonçait déjà dans sa version intermédiaire de 2009 des chiffres impressionnants : le coût de la seule déforestation pourrait en effet s’élever à 1350 milliards de dollars par an pour l’estimation la plus basse, et 3100 milliards de dollars pour la plus forte, et ce jusqu’en 2050. On sait également que 60% des écosystèmes à l’échelle mondiale sont dégradés, et que le rythme d’extinction des espèces a été multiplié par 200 au cours des deux derniers siècles. Or, les « services écologiques » rendus par la biodiversité à l’humanité et à son développement économique sont innombrables. Des secteurs comme l’agriculture, la pharmacie, les cosmétiques, l’eau en dépendent directement. L’équipe de Pavan Sukhdev estime ainsi que la seule forêt de Masaola, à Madagascar, représenterait une perte de 1,5 milliard de dollars pour l’industrie pharmaceutique, de 5 milliards pour le tourisme, et de 4 milliards de dollars pour les 8000 ménages qui utilisent des aliments, des médicaments naturels ou des matériaux de construction ou de tissage issus de cette forêt. Exemple américain
Présentée le 20 octobre, peu après l'ouverture de la conférence de Nagoya, la version définitive du rapport détaille les outils d’évaluation et formule des recommandations pour « rémunérer le capital naturel », tout en admettant qu’il est difficile « d’estimer l’inestimable ». Le rapport est avant tout un outil d’aide à la décision destiné aux gouvernements et aux acteurs économiques, à l’image des rapports du GIEC sur le changement climatique. Plusieurs exemples de bonnes pratiques sont cités, notamment aux Etats-Unis, où le système de compensation de la perte de biodiversité est un des plus aboutis. A l’image du marché carbone, les entreprises ou les agriculteurs qui portent atteinte aux zones humides naturelles doivent acheter à des banques spécialisées des « crédits environnementaux » pour compenser les dégradations ou bien les restaurer eux-mêmes. Le marché de ces « crédits de zone humide » est actuellement estimé à 1,8 milliards de dollars par an. Un programme similaire a été lancé dans plusieurs états en Australie, où il est possible de compenser la dégradation de la végétation indigène et ses impacts sur les habitats, grâce à des projets de conservation active ou de restauration. Le rapport cite l’exemple du programme Bushbroker dans l’Etat de Victoria, qui représente des transactions de plus de 4 millions de dollars australiens. « Les entreprises jouent un rôle considérable » Le rapport TEEB consacre également un chapitre au rôle des entreprises et préconise de comptabiliser leurs impacts et leur dépendance aux services rendus par les écosystèmes directs ou indirects. Et, dans la mesure où « les signaux du marché ne tiennent pas compte de la pleine valeur des services rendus par les écosystèmes », le rapport recommande aux entreprises d’intégrer dans leurs rapports annuels les « informations sur toutes les externalités majeures, y compris les responsabilités environnementales et les changements sur le patrimoine naturel non inclus dans les comptes de l’entreprise. » Il cite une étude à paraître, réalisée pour les Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies (UNPRI), selon laquelle 3 000 entreprises cotées dans le monde provoquaient des « externalités » environnementales « s’élevant à plus de 2 billions de dollars », soit environ 7 % de leurs revenus. Ces « externalités » recouvrent les émissions de gaz à effet de serre (69 % du total), l’utilisation excessive et la pollution de l’eau, les émissions de particules dans l’air, les déchets et l’utilisation non durable de ressources naturelles… Le rapport met en exergue l’exemple des mines et des carrières, dont les impacts sont considérables, mais les besoins également, notamment en eau propre pour le traitement des minéraux. « Toutefois, le bilan écologique de ce secteur n’est pas entièrement négatif », souligne le rapport, qui rappelle que certaines mines sont aujourd’hui restaurées, et peuvent créer des zones humides « à valeur de biodiversité » parfois plus élevée que l’utilisation des terres qui avait précédé l’exploitation de la carrière ou de la mine. C’est le cas d’Aggregate Industries UK (filiale de Holcim), qui a proposé de créer une zone humide pour l’habitat naturel et un lac de loisirs dans une carrière, une fois l’extraction terminée. L’étude du projet a montré que sur 50 ans, les bénéfices la zone humide restaurée (plusieurs millions de dollars) seraient largement supérieurs aux bénéfices actuels apportés par l’agriculture… Enfin, le rapport demande aux gouvernements de reconsidérer les impacts des subventions accordées aux secteurs tels que l’agriculture, la pêche ou autres activités qui portent atteinte à l’environnement. En France, le rapport dirigé par Bernard Chevassus-au-Louis « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes » indique que ces « subventions pernicieuses » qui portent atteinte à la biodiversité dans le monde sont estimées à 200 milliards de dollars/an. Un montant dix fois supérieur aux dépenses pour la protection de la nature. De même, ce rapport indique que la perte des services écologiques pourrait représenter « jusqu’à 7% du PIB mondial en 2050, ou encore 13 938 milliards d’euros par an ». *Ce rapport fait la synthèse des volets publiés en 2009-2010 - "TEEB for national and international policy-makers", "TEEB for Business", et "TEEB for local policy-makers" - et illustre les concepts et les outils de l'approche TEEB à travers trois cas de figure différents : un écosystème naturel, un milieu urbain, et un secteur économique (l'exploitation minière).
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