Marais de Kaw

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Guyane : Nicolas Sarkozy refuse le projet de mine d'or Camp-Caïman

Depuis plusieurs années, ce projet d'exploitation aurifère au nord de Cayenne soulevait l'opposition des associations environnementales. La décision du président Sarkozy était particulièrement attendue, d'autant qu'il avait déclaré que toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd, sera refusé.

La montagne de Kaw située à une vingtaine de kilomètres du littoral guyanais et à 45 km de Cayenne, est entièrement recouverte de forêt primaire. C'est aussi le lieu d'un projet de mine d'or à ciel ouvert –le site dit de "camp caïman"- objet de controverses successives. En effet, la forêt de Kaw renferme une biodiversité végétale (plus de 700 espèces) et animale (plus de 500 espèces) particulièrement riche. On y dénombre 18 espèces végétales endémiques à la Guyane dont 7 que l'on ne trouve que sur cette montagne. Ce site fait d'ailleurs l’objet de plusieurs mesures de conservation (Réserve Naturelle des Marais de Kaw-Roura, Site Ramsar, Réserve Naturelle Volontaire de Trésor ...) qui sont incluses au sein du Parc Naturel Régional de Guyane.

Ce lieu incarne à lui seul les enjeux d'un développement durable conciliant le respect de la biodiversité et du patrimoine naturel d'un côté, les aspect économiques de l'autre, selon que l'on choisit le développement du projet minier porté par la société canadienne Iam Gold ou le développement de l'écotourisme par exemple. Posant frontalement la question de la place des industries extractives en Outre-Mer, le projet de camp caïman a retenu l'attention de l'atelier "Biodiversité" lors du grenelle et figurait dans les débats finaux des tables rondes. Les questions suscitées par ce projet ne sont d’ailleurs pas nouvelles puisqu'en 2006, un rapport remis Nelly Olin, alors ministre de l'Ecologie, avait incité l'entreprise Cambior, avant son rachat par Iam Gold, à retirer sa demande d'exploitation (voir article lié).

Le premier acte de la pièce a été rejoué début janvier, puisque 4 experts ont remis un rapport complémentaire sur le sujet . Romain Renoux, responsable du pôle outre mer du WWF-France, n'était d'ailleurs pas satisfait de cette méthode : "Il n'y a pas là de démarche collégiale comme l'annonçait le Grenelle mais une démarche d'audit. Nous espérions un rapport de force équilibrée entre les syndicats, les entreprises, les ONG, les élus et l’administration tant au niveau de l'expertise que de la décision. Or, ce n'est déjà pas le cas dans la mise en oeuvre de ce rapport dont on ne sait rien puisqu'il n'a pas été rendu public."

Malgré ces craintes, le rapport a pourtant joué son rôle. C'est en effet sur ses conclusions que Nicoals Sarkozy s'est appuyé pour choisir de rejetter le projet. Par ailleurs, l'Elysée précise dans un communiqué que " le président de la république a souhaité qu'un schéma départemental d'orientation minière et d'aménagement soit réalisé dans les plus brefs délais. Ce schéma permettra de délivrer des autorisations d'exploitation dans des conditions acceptables par tous".

Pour un "secteur minier responsable"

Le WWF a donc pu se réjouir de la décision, qui " répond en effet aux arguments avancés par le WWF-France sur ce dossier". En particulier, l'ONG "a toujours considéré qu'un tel projet industriel d'activité extractive, se révélait incompatible avec la conservation de l'intégrité d'un site phare de la biodiversité de la forêt tropicale guyanaise" . Par ailleurs, l'ONG salue la création d'un " schéma départemental d'orientation minière " . Il s'agit en effet d'une mesure répondant à une attente exprimée de longue date. Car  ce que remet en cause le WWF, ce n'est pas tant l'exploitation aurifère en soi que la localisation de cette mine. "Nous militons pour un secteur minier responsable. Ce que nous questionnons ici ce n'est pas le process c'est la localisation. Peut-on imaginer construire une usine en Camargue ?" interroge Romain Renoux. Il poursuit : "Dans ce cas, l'Etat a l'occasion de tenir ses engagements et de mettre en place une décision cohérente avec un développement durable en outre-mer, notamment pour les populations locales, plutôt que de favoriser une exploitation irrationnelle de ressources que l'on regrettera dans 10 ou 20 ans." (voir article lié).

Enfin, même si la firme canadienne Iam Gold a signé une charte d'engagement environnemental qu'elle rend disponible sur son site internet, l'ONG restait réservée : "Iam Gold a été plusieurs fois montré du doigt pour ses pratiques en Afrique. Dans ce secteur, on en est encore qu'aux discours, et les entreprises ont plus ou moins de rigueur dans leurs pratiques d'exploitation selon les exigences du territoire où elles s'installent. Si malheureusement, ce projet du site caïman devait avoir lieu, il nous faudra être particulièrement vigilants à ce que les mesures compensatoires soient conséquentes aux impacts sur l'environnement."

Christophe Brunella
Mis en ligne le : 31/01/2008
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