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Pour l'heure, les entreprises les plus soucieuses de leurs impacts sur la biodiversité restent celles qui ont la plus forte empreinte écologique. Cette prise de conscience s’incarne, par ailleurs, dans la volonté de préserver leurs matières premières en quantité et en qualité, tout en s'assurant une image positive auprès de leurs clients. Pionnier dans cette politique, Danone a ainsi crée dès 1992 « l'Association pour la Protection de l’Impluvium des Eaux Minérales d’Evian », qui réunit agriculteurs et élus locaux dans l’objectif de préserver la qualité de l'eau. Grâce à un fonds dédié, la multinationale finance des actions de préservation de l'environnement, comme la mise en place de systèmes de récupération du lisier dans plusieurs exploitations agricoles de la région. Car comme le souligne Bernard Giraud, directeur développement durable chez Danone, « pour que de telles initiatives fonctionnent, il faut impérativement mettre en mouvement les acteurs qui ont des intérêts sur un territoire commun. » Le partenariat avec des associations de protection de l'environnement est souvent plébiscité par les entreprises : il garantit à la fois une visibilité, et surtout un nécessaire apport de compétences et d'expertise. Le cimentier Lafarge a ainsi élaboré en partenariat avec le WWF son indice de biodiversité, visant à surveiller et orienter l'évolution des sites et carrières du groupe. D'ici fin 2010, l'ensemble de ses 800 sites devraient ainsi avoir fait l'objet d'une évaluation, donnant lieu, selon le degré de perte de biodiversité, à des plans d'actions spécifiques. Parallèlement aux grands groupes, quelques PME françaises directement concernées par la préservation des ressources, commencent aussi à intégrer cette dimension. C’est le cas de Durance, entreprise provençale de fabrication de cosmétiques. « Nous avons signé des contrats avec nos agriculteurs fournisseurs de lavande : nous nous engageons à acheter leur production à des prix attractifs sur le long terme, en échange de quoi ils convertissent leurs parcelles en agriculture biologique», explique son directeur général, Nicolas Ruth. Évaluer les interdépendances
Mais les interactions entre entreprises et biodiversité ne sont pas toujours évidentes. De nouveaux outils et méthodologies ont été créés ces dernières années, souvent à l’initiative même des entreprises, pour évaluer leurs interdépendances avec la biodiversité. Dernier en date, l'ESR (Evaluation des services rendus par les écosystèmes aux entreprises), traduction française d'un outil international mis en place par le World Business Coucil for Sustainable Development (WBCSD), qui décline en 5 étapes une méthodologie d’évaluation. Concrètement, il s'agit d'identifier, sur un périmètre défini, les impacts et dépendances de l'entreprise à la biodiversité, et d'en évaluer les risques et les opportunités pour, ensuite, élaborer une nouvelle stratégie de développement. Durance a été l’une des premières PME à tester l'ESR en France. Selon Nicolas Ruth, ce type d'action présente aussi un intérêt social : « la conduite d'un ESR est très intéressante, car elle fédère les ressources en interne. Les salariés se sentent impliqués dans la démarche, ce qui est un vecteur de motivation primordial. » Pour l'association Entreprises et Environnement (EpE), qui a supervisé son lancement en France, l'ESR offre surtout aux « débutants de la biodiversité » l'occasion de faire leurs premiers pas en la matière. Pour autant, il n'existe pas encore d'outil de synthèse, qui intègrerait tout ce qui se fait déjà - analyse du cycle de vie, bilan carbone, études d'impact,...- dans une approche vraiment globale. Ce que reconnaît EpE : « il faut maintenant faire des efforts pour synthétiser tout cela. » À terme, ce type d'analyse coût/avantage pourrait aboutir sur l'attribution d'une valeur économique aux services rendus par les écosystèmes. Mais l'heure est encore à la réflexion sur les indicateurs les plus pertinents. Or, comme le souligne Jean-François Vidalie, président de la Commission Biodiversité d'EpE, « la limite réside dans la complexité des intéractions entre les différents acteurs et milieux. D'autant qu'il reste de nombreux verrous de connaissances scientifiques à faire sauter. »
Les mesures compensatoires impulsées par la réglementation
Cependant, d'après le rapport d'EpE, « Biodiversité : quelle valeur ? Pour quelles décisions ? », paru en mars dernier, l'entrée en vigueur de la directive européenne sur la responsabilité environnementale en 2007 et sa transposition en droit français en 2008 (loi LRE) constituent « un tournant en terme d'approches de la valeur de la biodiversité à travers le droit de l'environnement. » Si l'obligation de compenser est inscrite dans le code de l'environnement depuis 1976, et dans divers autres textes réglementaires (directive habitats, loi sur l'eau, etc), la LRE vient renforcer le dispositif. Elle impose en effet aux exploitants de réparer les dommages environnementaux qui n'ont pu être évités ou minimisés, notamment via la compensation par un « équivalent en nature. » Crée en 2008, CDC Biodiversité, filiale de la Caisse des Dépôts, propose donc aux maîtres d'ouvrages d'assurer pour leur compte la mise en œuvre de ces obligations compensatoires. Trouver un terrain pour mener une action de restauration de la biodiversité, évaluer son éligibilité, dresser le plan de gestion, réaliser les travaux d'aménagements et assurer la gestion et le suivi sur le long terme : le spectre des compétences requises est large. La CDC Biodiversité fait donc appel à des prestataires et assure le pilotage global de ces projets d'envergure. Sollicitée par de nombreux porteurs de projets d'aménagement, elle gère aujourd'hui une dizaine de contrats, sur tout type d'habitat. Preuve d'une évolution en marche. D'après Brice Quenouille, chargé de mission à CDC Biodiversité, « le rôle des entreprises vis-à-vis de la biodiversité est mieux compris, surtout depuis la parution du Millenium Ecosystem Assessment en 2005 [premier rapport des Nations Unies sur l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire de la planète]. Aujourd'hui, elles s'interrogent de plus en plus sur leur interdépendance à la biodiversité ».
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