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La conférence de Nagoya s’est achevée sur un bilan positif, alors que les derniers jours des négociations laissaient entrevoir une issue très incertaine. Finalement, les 193 Etats sont parvenus à un accord sur les trois piliers de la Convention sur la biodiversité biologique : le partage équitable des ressources génétiques entre pays du Nord et du Sud ; l’adoption d’un plan de protection de la biodiversité et la création d’un mécanisme financier pour y parvenir. Le « protocole APA », (protocole pour l’accès et le partage des avantages tirés de l’exploitation des ressources génétiques), devenu « protocole de Nagoya », a été voté, après huit années de négociations et entrera en vigueur en 2012. C’était un enjeu central de cette conférence, puisqu’il devait organiser la rétribution des pays possédant des ressources génétiques utilisées par les entreprises, des secteurs de la chimie ou de l’agriculture notamment. Cet accord implique désormais que les pays donnent leur consentement pour l’exploitation de leurs ressources et que les savoir traditionnels qu’ils abritent soient reconnus. Ainsi, une entreprise ou un organisme de recherche devra déposer une demande officielle auprès des autorités du pays concerné, qui donnera son consentement pour l’utilisation de la ressource. Ce consentement pourra également être demandé aux communautés locales le cas échéant. Un centre d'échanges sur l'accès et le partage des avantages enregistrera les dossiers, contrôlés ensuite par une procédure de surveillance mise en place dans chaque pays.
« L’accord contre la biopiraterie était sur le point d’échouer lorsque le Japon, pays hôte de la Conférence, a proposé un texte en dernière minute, qui a finalement été adopté lors de la dernière séance de travail », explique la coalition d’ONG suisses formée par La Déclaration de Berne, Pro Natura et l’Association suisse pour la protection des oiseaux ASPO/BirdLife. « Fruit d’un consensus, ce protocole de Nagoya n’est que partiellement contraignant, regrettent les ONG. Sa plus grande faiblesse réside dans la définition trop vague des points de vérification (check-points) dans les pays exploitant ces ressources. Sans davantage de contrôles, les violations des règles éthiques de la Convention sur la diversité biologique vont persister ». Mais les ONG saluent cependant « le fait que le devoir des pays utilisateurs de lutter contre la biopiraterie est dorénavant clairement inscrit », et que « les droits des communautés indigènes s’en trouvent renforcés ». Plan de protection de la biodiversité pour 2020
L’adoption d’un « plan stratégique d'action pour 2020 » de préservation de la biodiversité a par ailleurs été largement salué en France par le WWF, la FRB ou encore la ligue ROC. Ce plan, dont beaucoup d’observateurs avaient prédit une version a minima, comprend 20 objectifs précis, mais non contraignants. Notamment la division par deux de la destruction des habitats naturels, dont les forêts et lorsque c'est possible, l'arrêt total de ces destructions. La restauration de 15 % des habitats dégradés ; la définition de 17 % d'aires terrestres protégées et de 10 % de zones marines et côtières protégées ; la mise en place « d'efforts spéciaux » pour réduire les pressions exercées sur les récifs coraliens ; l'élimination” ou au moins la “réduction progressive” des “subventions néfastes” pour la diversité biologique. « Les gouvernements se sont également mis d’accord sur un objectif d’arrêt de la surpêche, c’est une très bonne nouvelle pour les océans du monde » souligne le WWF, qui regrette cependant que ces 10% de zones maritimes protégées par les Etats ne représentent, au final, que 20% des mers. S’agissant du volet financier, le Japon s'est engagé à débloquer deux milliards de dollars pour la lutte contre la déforestation dans les trois prochaines années. La France a également annoncé mobiliser quatre milliards d'euros entre 2011 et 2020 pour la préservation de la biodiversité.
Un "accord historique" pour Chantal Jouanno
Alors que l'on parlait d'un "échec annoncé" la conférence de Nagoya s'est finalement soldée par un accord "historique"où un "nombre considérable de décisions"ont été prises, selon la secrétaire d'Etat à l'Ecologie. "La France y a joué un rôle clé; elle est notamment l'un des trois Etats à s'engager financièrement, avec 10 % de son aide publique au développement qui sera désormais consacrée à la préservation de la biodiversité, soit 500 millions d'euros par an", affirme Chantal Jouanno. Avant d'ajouter que l'Afrique a été "la clé du succès de Nagoya".
Création prochaine de l’IPBES Enfin, la conférence a adopté une décision invitant l’assemblée générale des Nations Unies à créer l’IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem services), l’équivalent du GIEC pour la biodiversité. Cette plateforme devra éclairer les choix politiques grâce aux expertises scientifiques et pourrait permettre de réunir toutes les données internationales sur la biodiversité et son érosion. Plusieurs grandes études mondiales sur le devenir de la biodiversité ont été analysées par un groupe d’experts internationaux, conduit par Paul Leadley du laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution (CNRS/Université Paris-Sud 11/AgroParisTech, France) et Henrique Miguel Pereira de l’université de Lisbonne (Portugal). Pour ces experts, l’IPBES est «extrêmement importante». La synthèse de leurs travaux, publiée le 27 octobre dernier dans la revue Science, montrent l’urgence à agir : « Il n’y a aucun doute que le mode de développement actuel mènera à une perte catastrophique de la biodiversité. Même les scénarios les plus optimistes prédisent des extinctions et le déclin démographique de nombreuses espèces », souligne Paul Leadley . Cependant, de réels progrès sont possibles. Des scénarios récents montrent que lutter de façon coordonnée contre le changement climatique et la déforestation peut ralentir la perte de biodiversité. « Il y a de vraies opportunités pour intervenir, avec des politiques efficaces » confirme Paul Leadley. Mais cette étude montre que « les marges de manœuvre se réduisent rapidement ». En fonction des mesures politiques prises aujourd’hui les modèles prévoient une augmentation de la couverture forestière mondiale d’environs 15% dans le meilleur des cas ou une réduction de plus de 10% dans le pire scénario d’ici 2030. Pour les délégués présents à Nagoya, le résultat de cette conférence constitue un signal positif avant l’ouverture, fin novembre, du sommet de Cancun sur le climat. Les négociations sont en effet restées dans l’impasse depuis l’échec de Copenhague, faute d’accord entre pays industrialisés et pays émergents ou en développement sur le partage des responsabilités et du coût de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
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