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Le 20 mai, à l’ESC Rennes sera lancé le FIPAN, Fonds d’investissement pour le patrimoine naturel. Les entreprises et personnes privées pourront souscrire des actions-vie « Kudel », du nom de la tourbière bretonne, riche en biodiversité et en services rendus à la communauté, notamment par les espèces qu’elle abrite et le CO2 qu’elle stocke. La tourbière en question est menacée par l’abandon d’activité agricole traditionnelle d’une part et la pression des exploitants environnants d’autre part. Les propriétaires, collectivités publiques et associations gestionnaires n’ont tout simplement pas les moyens suffisants pour lutter contre sa disparition annoncée d’ici 15 ans. Or, « les libellules n’appartiennent pas qu’aux propriétaires fonciers » fait remarquer Patrice Valentin, concepteur de ce fonds, pour illustrer le bien-fondé de sa démarche. « Le Crédit Agricole et d’autres groupes impliqués dans la biodiversité se sont déclarés intéressés. Mais le 20 mai, j’attends des engagements concrets de leur part » déclare Patrice Valentin. Investir dans les services de la biodiversité
Le directeur de Dervenn, entreprise de génie écologique, restaurateur d’espaces naturels, apporte là un outil et un concept innovant pour que les acteurs privés puissent prendre leur part dans la conservation d’un patrimoine naturel dont ils dépendent directement ou indirectement, et sur lequel ils ont un impact souvent diffus. Cet impact est en tous cas toujours mal évalué, car la contribution de la nature à la valeur ajoutée de l’entreprise est jusqu’à présent considérée comme gratuite. Cette donnée est amenée à évoluer à l’avenir, avec le renforcement de la loi sur l’environnement (restauration obligatoire des habitats) le besoin de reconquérir des espaces naturels protégés (la loi Grenelle 1 prévoit de protéger 2% du territoire national d’ici dix ans, contre 1,2% aujourd’hui) et de stopper l’érosion de la biodiversité – 2010 était l’objectif de l’ONU. La Trame Verte Bleue, autre projet du Grenelle, vise à rétablir des corridors biologiques pour le déplacement des espèces d’une région à l’autre. Du coup, pour les travaux récents de l’autoroute A65 les ratios de compensation ont augmenté par rapport au contrat initial. « Les modalités proposées sont très disparates suivant les régions et vont jusqu’à un facteur 100 à compenser [100 ha pour 1 ha détruit] suivant la valeur du milieu » témoigne Elisabeth Jaskulke, directrice adjointe de l’environnement de GDF-Suez. Le vivant est si complexe qu’il est difficile de lui attribuer une valeur, y compris d’un point de vue moral. Plusieurs méthodes cohabitent. « Il n’existe pas encore de « Bilan Biodiversité » comme il existe un Bilan Carbone, bien qu’Orée y travaille. Pour autant, si on a du mal à le mesurer, on peut commencer à atténuer son impact » exhorte Patrice Valentin. Un marché à structurer
« Dervenn est passé des besoins de terrain aux besoins de patrimoine. C’est une démarche intéressante », déclare Elisabeth Jaskulke, qui préside le groupe biodiversité du Medef, à propos du FIPAN. L’entrepreneur breton est en pourparler avec EDF et RTE sur leurs politiques biodiversité. Ambitieux, Dervenn compte réaliser 80% de son activité avec des acteurs privés dans trois ans, alors qu’il travaille presque exclusivement avec des collectivités pour l’instant. « 92% du territoire est privé et sur les 8% du public, la plupart est urbanisé. La marge de manœuvre est donc dans le privé, hors surface agricole » raisonne-t-il. Une étude de décembre dernier du Boston Consulting Group pour le ministère de l’Economie lui donne raison en estimant que la préservation des milieux naturels est un nouveau marché qui devrait émerger dans les 2-3 prochaines années (d’1 milliard d’euros en 2007 à 3 milliards en 2020). Selon le cabinet, « la France pourrait être un pays précurseur […] en structurant le nouveau métier de gestionnaire des milieux naturels autour de partenariats public/privé » à l’image de ce que le pays a fait dans les métiers de l’eau et de l’assainissement. Ce que propose Dervenn, pour gérer le FIPAN est une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) regroupant justement propriétaires privés, conseils régionaux, communautés de communes, ONG, etc. pour une gestion transparente et éclairée du fonds. 5 % reviendront à la partie communication, qui permettra un retour direct pour les entreprises, en terme d’image et de lien avec la communauté locale. Cependant, une entreprise comme GDF-Suez, dont les métiers sont tous en lien avec la biodiversité, déclare « ne pas avoir aujourd’hui le recul suffisant pour capitaliser dans un fonds pour l’avenir » et argue des « contraintes imposées par les pouvoirs publics déjà fortes auxquelles on essaye de répondre ». La multiplicité des valeurs attribuées à la biodiversité est une des barrières à l’investissement par les acteurs économiques. Dervenn et CDC Biodiversité ont effectivement des méthodes différentes d’évaluation de la valeur écologique d’un terrain. Afnor travaille actuellement à l’établissement d’une norme pour l’évaluation de la compensation. La CDC Biodiversité met en garde cependant contre les dérives d’une monétarisation, qui pourrait autoriser une destruction décomplexée « L’étalon est écologique et non monétaire. L’idéal de la compensation est de l’éviter », déclare Laurent Piermont, directeur de CDC Biodiversité.
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