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Chaque année, environ 60 000 m3 d’algues vertes sont ramassées par une cinquantaine de communes bretonnes (essentiellement dans les Côtes d’Armor et le Finistère). Et le phénomène s’aggrave. « Aujourd’hui une centaine de sites sont touchés. On trouve des algues de plus en plus loin du rivage et de plus en plus tôt dans l’année », affirme ainsi Jean-François Piquot, porte-parole d’Eau et rivières de Bretagne. En 2008, dès avril, on a observé une présence d’algues supérieure de 40% à la moyenne des années précédentes, confirme le Centre d’Etude et de Valorisation des Algues (CEVA). Or la situation devient de plus en plus préoccupante : fin juillet 2009, un cheval est retrouvé mort suite à l’inhalation de gaz toxiques issus d’algues en décomposition. En effet, si les algues sont ramassées l’été dans les endroits fréquentés par les riverains et les touristes, elles sont laissées en l’état dans les lieux isolés et les périodes creuses – pour des questions de coût (600 000 euros en Bretagne pour le ramassage chaque année) ou d’accessibilité, provoquant un danger pour la santé publique.
Des algues mortelles
Le 28 juillet, en baie de Saint-Michel-en-Grève (Côtes d’Armor), un cheval meurt et son cavalier est pris d’un malaise, suite à l’inhalation de gaz toxiques émanant de la décomposition d’algues vertes. L’accident, qui fait suite à la découverte, il y a deux ans, de deux chiens morts dans les mêmes circonstances, interpelle le gouvernement qui commande à l’Ineris un rapport sur le sujet. Celui-ci, qui se base sur des mesures effectuées à l’endroit même du drame, montre des teneurs en hydrogène sulfuré de 200 ppm (parties par million) et, dans certains endroits, des concentrations avoisinant les 1 000 ppm. Or, au-delà de 500ppm, la dose peut être mortelle en quelques minutes seulement. Toutefois, l’Ineris précise que ces résultats ont été obtenus à l’intérieur des amas d’algues et que l’hydrogène sulfuré se dilue considérablement dans l’air. Dès la parution du rapport, le 20 août 2009, le Premier ministre se rend à Saint Michel et annonce la « prise en charge par l’Etat du ramassage des plages les plus touchées » ainsi que la création d’une « commission interministérielle » qui, dans les 3 mois devra proposer des solutions contre la prolifération des algues.
Agir en amont Si le ramassage s’avère nécessaire ainsi que les mesures de mise en garde des promeneurs par des panneaux déconseillant l’accès aux plages sujettes aux marées vertes, ces actions sont largement insuffisantes. Le seul moyen de lutter contre les algues est d’empêcher leur formation. Pour se développer, celles-ci ont notamment besoin de nitrates qui puisent, en partie, leur origine dans l’utilisation d’azote par les agriculteurs pour fertiliser leurs terres ou dans le lisier qui en est fortement chargé. Souvent accusé, l’élevage de porcs est cependant loin d’être le seul coupable. Alors que la Bretagne représente moins de 5% de la surface agricole utile française, celle-ci concentre en effet 30% de l’élevage des vaches laitières, 30% des veaux, 45% des volailles et 60% des porcs français. « Tant que le nombre de tête de bétail est aussi grand on ne résoudra pas le problème » estime Jean Claude Bévillard, pilote du réseau agriculture de FNE. Plus facile à dire qu’à faire : « Les agriculteurs veulent garder leur niveau de production, l’industrie agro-alimentaire, sa filière d’approvisionnement, et les élus les emplois », reprend-il. « Il faut sortir des solutions caricaturales. Il ne suffit pas de dire de passer toute l’agriculture au bio ou de stigmatiser systématiquement les porcheries ; sur l’un des sites les plus problématiques, Saint Michel en Grève, 90% de l’élevage est laitier.... Les solutions doivent être prises en collaboration avec les agriculteurs, en prenant en compte le type d’exploitation et la question économique », insiste Sylvain Ballu, chargé du suivi de la prolifération des algues au CEVA. Déjà plusieurs actions ont été mises en place par les collectivités territoriales, tel le plan Prolittoral, mené en partenariat avec le centre. Mais « il faut être modeste », avoue Sylvain Bellu. « Les actions que nous menons au niveau des bassins versants sont sur la base du volontariat et nous n’avons pas d’outils financiers incitatifs à proposer aux agriculteurs ». L’engagement des agriculteurs (entre 50 et 80% se sont engagés par des contrats d’objectifs à réduire leur utilisation d’azote) a toutefois permis de baisser de 30% la concentration d’azote sur les parcelles. Mais « la simple action sur les fertilisants est insuffisante pour régler la question des nitrates en Bretagne », précise Sylvain Ballu. D’une part, pour la formation de marée verte, il ne suffit pas que la concentration de nitrates dans l’eau soit importante, cela dépend également du débit du réseau hydrographique : à Saint-Michel-en-Grève la quantité de nitrates n’est pas aussi importante que dans d’autres endroits moins envahis par les algues, mais le débit des cours d’eau y est très important, ce qui favorise sa propagation. Une nécessaire révolution D’autre part - tous les experts se rejoignent- il apparaît nécessaire de modifier structurellement les modes de productions actuels. Depuis peu, des expérimentations sont ainsi menées avec l’INRA à Saint-Michel-en-Grève pour tester de nouvelles méthodes de production. « Par exemple, dans le cas de l’élevage de vaches laitières, il faudrait privilégier l’herbe, avec des prairies permanentes qui empêchent les fuites d’azote, plutôt que le maïs. Il faudrait également cultiver des plantes qui pompent davantage les nitrates comme la moutarde ou la phacélie », explique Sylvain Ballu, tout en reconnaissant qu’il « ne s’agit pas du même métier et que cela n’est pas toujours faisable. » Pourtant, le temps presse. Si l’on décidait d’arrêter toute production agricole et que l’on reboisait l’ensemble des surfaces libérées, la qualité de l’eau s’améliorerait certes d’année en année, mais il faudrait entre 10 et 30 ans pour que celle-ci retrouve un niveau naturel de nitrates et que les effets se fassent complètement sentir sur le milieu. Les associations restent pourtant sceptiques sur la capacité de l’Etat à mettre en œuvre une politique globale et efficace de lutte contre les marées vertes (voir encadré). Pour Jean-François Piquot, les dernières mesures annoncées restent du domaine de la « communication ». Et de rappeler que l’Etat a déjà été condamné, en 2007, par le tribunal administratif de Rennes pour « sa carence dans la mise en œuvre des règlementations nationale et européenne ». Il lui est reproché entre autre la régularisation quasi systématique des dépassements de cheptels et des manques de contrôle. Une faute en « relation directe avec la pollution nitratée des eaux à l’origine du phénomène des marées vertes. » * Institut national de l’environnement industriel et des risques
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