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Soja et agro-business : les ONG continuent à mobiliser

Entreprises \Paradis fiscaux

Publié le 08-12-2006



En Amérique latine, la culture intensive du soja affecte l'environnement et les conditions de vie des communautés locales, condamnées à l'expulsion pour laisser leurs terres à cette culture industrielle, devenue un véritable emblème des dérives de l'agro-business. Le CCFD continue, au sein d'un réseau international d'ONG, à mobiliser l'opinion et les pouvoirs publics sur le développement d'un mode agricole rejeté par les producteurs locaux.

Interpellées par leurs homologues d'Amérique latine, le CCFD et plusieurs ONG françaises ont lancé, en février 2006, la campagne " le soja contre la vie ", visant à attirer l'attention de l'opinion et celle des pouvoirs publics sur les conséquences de cette agriculture intensive. Ce mouvement international s'inscrit en effet dans un contexte de forte croissance de la culture du soja et de ses impacts sur l'environnement et les communautés locales. " La monoculture du soja, cultivé avec les techniques de l'agrobusiness, est une agriculture sans paysans , explique Martial Gomez, représentant des agriculteurs du Paraguay. L'extension des terres cultivées conduit à l'expulsion manu militari des petits producteurs et entraîne la montée de la violence au sein de ces communautés ". Au Brésil, 40 millions de paysans ont ainsi été expulsés ces dernières années tandis que la couverture forestière s'amenuise au profit de cette culture fortement utilisatrice d'herbicides et de pesticides. La campagne, qui ne stigmatise pas le soja en tant que tel, souligne les dérives d'un modèle de production agro-industriel, incitant à une spécialisation de territoires entiers et excluant les polycultures. Actuellement, le soja monopolise 47% des surfaces cultivées en grains au Brésil et tout l'ouest de l'Etat du Parana... Même situation en Argentine, où cette culture intensive a augmenté de 75% dans les 5 dernières années et couvre désormais 15 millions d'hectares, soit la moitié des surfaces cultivées. 
Principalement destiné à nourrir des élevages tout aussi intensifs dans les pays européens, ce marché est détenu par 4 grands groupes : Cargill, Bunge et Archer Daniels Midland pour les Etats-Unis et la société Louis Dreyfus en France. Interrogé sur ses pratiques, Cargill n'a pas répondu aux ONG sur les impacts locaux de son activité, mais s'est tout de même engagé en juillet dernier sous la pression de Greenpeace à " ne plus acheter de soja qu'aux producteurs respectant le Code de la forêt ou s'orientant vers la conformité totale " à la réglementation. Ce progrès, salué par le CCFD, ne répond pas en revanche aux inquiétudes des agriculteurs sur la perte d'emplois locaux, les atteintes à la biodiversité, les OGM ou encore la déforestation.

Pari financier sur le non-OGM

Le gérant de fonds Diapason, spécialisé sur le marché des matières premières, lance un nouvel indice basé sur les cultures non-OGM. Il parie sur une " prime à la rareté " des cultures conventionnelles  face au développement massif des produits transgéniques, dont les surfaces augmentent de 10% par an. A cette rareté s'ajoute le fait, non négligeable, qu'une majorité de consommateurs dans plusieurs pays sont opposés aux OGM. Conséquence, les marchés de pays clés restent fermés aux OGM. C'est le cas dans l'Union européenne et au Japon, auxquels l'indice veut s'adresser.

Cargill estime par ailleurs contribuer au développement de l'Amazonie, une des régions les plus pauvres du monde : " nous aidons les agriculteurs locaux en leur fournissant des semences et d'autres denrées essentielles aux récoltes et en ouvrant de nouveaux marchés pour leur production ", explique le groupe. Des arguments largement contredits par le CCFD, qui rappelle que " les producteurs de soja de cette région sont surtout des investisseurs du sud du Brésil, venus s'installer pour cultiver le soja à grande échelle tout en chassant les petits producteurs et en ne créant que peu d'emplois dans cette filière ". 
Aucun chiffre sur ce supposé " développement local " n'a par ailleurs été communiqué aux ONG. Louis-Dreyfus Négoce, acteur français du marché, a reconnu quand à lui oralement " les méfaits du soja sur le plan social et environnemental, mais dégage l'entreprise de toute responsabilité, explique Catherine Gaudard du CCFD. Avec une importation de 8000 tonnes de soja par jour venant du Brésil, et 12 000 venants d'Argentine, sa responsabilité nous semble au contraire évidente ", ajoute-t-elle.

Prêts de la SFI

Fort d'une pétition signée par 100 000 personnes adressée au Ministère des finances, le CCFD veut également attirer l'attention des pouvoirs publics sur le financement des entreprises de la filière soja. En approuvant les prêts octroyés par la SFI (Société financière internationale, branche privée de la Banque Mondiale), " le ministère des finances contribue directement à l'expansion de cette culture ", indique le CCFD, qui a obtenu de sa part une plus grande vigilance sur les prêts accordés par la SFI. L'ONG souhaite que désormais les financements de la filière soient systématiquement assortis d'une étude d'impact.  En Amérique latine, la mobilisation n'a pas faibli depuis un an grâce à plusieurs collectifs. Parmi eux, Via Campesina a obtenu au Brésil la création d'un centre de recherche pour l'agro-écologie dans l'Etat du Parana, le Mouvement des Sans Terres continue à sensibiliser les agriculteurs sur les impacts négatifs des monocultures, la Fetraf (fédération d'agriculteurs familiaux) met en place des filières alternatives pour le soja non OGM, etc. Tous poursuivent le même but : conserver la souveraineté alimentaire de ces pays et préserver un mode de culture familial, pilier de l'économie locale.

Véronique Smée
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