Sixième édition de la semaine pour les alternatives aux pesticides

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Publié le 23-03-2011

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Du 20 au 30 mars 2011 se tient la 6ème édition de la semaine pour les alternatives aux pesticides, qui se déroule en France, en Europe et en Afrique. Plusieurs centaines de manifestations sont prévues dans les 14 pays participants, avec cette année un focus particulier sur l'Afrique, particulièrement touchée par les impacts sanitaires des pesticides.

Chaque année, la France utilise 65 000 tonnes de pesticides dont 90% pour l’agriculture. Des volumes qui représentent 1/3 de la consommation européenne de pesticides, situant la France au 1er rang des utilisateurs de l’UE et au 3ème rang mondial. Ces chiffres ne diminuent pas, malgré les engagements pris par le Grenelle, -qui avait inscrit un objectif de réduction de 50% des pesticides d’ici 2018-, et malgré les attentes de la population, aujourd’hui informée et consciente de leurs impacts sanitaires ;  et l’attitude de nombreux agriculteurs, prêts à changer leurs pratiques pour développer des méthodes d’agriculture raisonnée, sinon biologique. L’omerta qui régnait jusqu’ici dans le milieu agricole tend en effet, depuis peu, à se fissurer. De plus en plus d’agriculteurs évoquent aujourd’hui leurs problèmes de santé, tandis que les victimes professionnelles des pesticides parviennent à faire reconnaître leur maladie par la  CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie). Elles ont pu en effet apporter la preuve d'un lien de causalité entre l'utilisation de ces produits et les pathologies qu’elles sont développées, dont certaines très graves – maladie de Parkinson, d’Alzheimer, leucémies, cancers…


En 2010, Générations Futures et le réseau européen HEAL (Health & Environnement Alliance) ont lancé le site www.victimes-pesticides.org pour diffuser les témoignages des victimes des pesticides, jusqu’ici isolées et parlant très peu aux médias. Pour peser auprès des décideurs et aider d’autres victimes, une association de victimes à destination des professionnels a été créée le 19 mars 2011 à Ruffec, village de Paul François, un agriculteur conventionnel qui a été intoxiqué par un herbicide lors de l’ouverture de son pulvérisateur et qui est décédé. « Les objectifs sont notamment d’informer de l’impact des pesticides sur la santé des professionnels, d’aider les malades grâce à des conseils juridiques, scientifiques et médicaux et de recenser le nombre de personnes atteintes de pathologies en lien avec leurs activités professionnelles. En avril, la constitution d’un tel réseau à destination des particuliers pourrait aussi voir le jour », annonce le mouvement Génération Futures.

Agroécologie

L’objectif de ces associations est aussi de démontrer qu’un « autre modèle durable et intégrant l'écologie, est possible et qu'il est surtout le seul capable aujourd'hui de répondre à l'enjeu alimentaire mondial ». Elles s’appuient sur les travaux du  rapporteur spécial des Nations Unies pour le Droit à l'Alimentation, Olivier De Schutter, qui souligne dans son rapport "Agroécologie et droit à l'alimentation" que l’agriculture durable constitue une solution pour nourrir les populations du Sud, contrairement aux idées reçues. Le rapport rappelle que l’agriculture intensive implique l’utilisation d’intrants chimiques coûteux, engrais et pesticides, inaccessibles aux petits paysans, et toxiques. Olivier De Schutter plaide pour un recours, urgent, à l’agroécologie, dont les méthodes sont « plus efficaces que le recours aux engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim ». Le rapport se base sur des projets récents, menés dans 20 pays africains montrant « un doublement des rendements des cultures sur une période de 3 à 10 ans ».

Un focus particulier sur l’Afrique

Selon l’OMS,  30 % des pesticides vendus dans les pays en développement ne sont pas aux normes acceptées mondialement. Ce marché représente près de 900 millions de dollars par an. Les producteurs africains sont certainement les moins équipés pour se protéger et protéger leurs communautés contre les effets nuisibles des pesticides. Ils ne sont pas, dans leur grande majorité alphabétisés (donc ne peuvent pas lire les instructions sur les étiquettes), ne sont pas formés sur les techniques agricoles, n’ont pas un accès facile aux informations pour mener à bien leurs cultures. Ainsi, même si l’Afrique utilise un volume moins important de pesticide qu’ailleurs dans le Monde, les faibles quantités utilisées présentent des risques très élevés pour la santé et l’environnement.

Selon la FAO, le nombre annuel des intoxications des enfants par ces produits se situe entre 1 et 5 millions dont plusieurs milliers de cas mortels. Les pays en développement qui n’utilisent que 25 % des pesticides produits dans le monde enregistrent pourtant 99 % des décès dus à ce type d’intoxication. Cette année, la semaine pour les alternatives aux pesticides a signé un partenariat avec l’ONG PAN Africa pour sensibiliser les décideurs, les agriculteurs et les consommateurs africains au danger de ces pratiques ; l’objectif étant d'associer les communautés dans la promotion des alternatives écologiques aux pesticides.

Véronique Smée
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