Pisciculture, vers une filière durable ?

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Publié le 01-10-2003

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Le tilapia
Le tilapia

Les importants problèmes écologiques que posent actuellement la filière piscicole ne doivent pas masquer ni l'étendue des progrès technologiques déjà effectués ni l'importance croissante qu'elle prendra dans l'alimentation, dans les années à venir. La réduction des impacts environnementaux et le début de contamination chimique de certains bancs de poissons sauvages pourrait rapidement transformer cette industrie en véritable alternative.

L'accroissement de la pression écologique sur toutes les industries, ainsi que l'apparition d'une prise en compte croissante du risque alimentaire, constituent à la fois un risque pour l'industrie piscicole et une opportunités de développement. Des sommes considérables sont investies pour limiter les quantités de déjections polluantes et optimiser l'alimentation des poissons carnivores. L'acclimatation de nouvelles espèces végétariennes, qui ont été les premières mises en élevage, devrait, de plus, permettre la pérennisation de la filière.

Moins de pollution

L'impact écologique de la pisciculture dépend aujourd'hui essentiellement des législations en vigueur dans le pays où se situent les élevages. Ceux des pays du nord ont considérablement diminué leurs impacts négatifs au cours de la dernière décennie. L'usage d'antibiotiques dans l'élevage de saumon a été divisé par plus de cent grâce à la systématisation de la vaccination. L'amélioration des composés d'alimentation des poissons d'élevages a de plus permis une diminution sensible des émissions de composés azotés et des quantités nécessaires à la production d'un kilo de produit fini.

Le principal moteur de cette révolution "bleue-verte" est la filière de nutrition. Elle commercialise ainsi aujourd'hui des produits moins polluants et moins riches en poissons naturels. Les aliments pour poissons d'élevage sont aujourd'hui composés de 60 à 65 % de farines et d'huiles de poissons, de 35 % de végétaux (blé, soja et pois), et de vitamines et d'oligo-éléments indispensables à la bonne santé du poisson. Certains industriels ont réussi à réduire à 30% la quantité de farines et d'huiles de poissons, et assurent pouvoir faire beaucoup mieux dans les années à venir. Cette diminution des quantités de poisson est primordiale pour le développement d'une pisciculture durable qui ne soit pas nuisible pour les poissons sauvages.

Les poissons éboueurs au secours de l'environnement

Différentes expérimentations d'élevage permettent de combiner plusieurs espèces dans un même bassin pour diminuer certaines déjections polluantes. L'utilisation d'un poisson d'origine africaine, le Tilapia Mariae (Oreochromis en latin), a ainsi permis à une entreprise de Floride de produire des crevettes sans avoir d'impact négatif sur l'environnement. Ce poisson, encore peu répandu en Europe, est aujourd'hui élevé intensivement aux Etats-Unis et rencontre un succès croissant sur le marché. Cette espèce offre, en outre, un avantage de taille, il se nourrit des déjections de certaines espèces ainsi que de végétaux et il est capable de vivre dans des eaux boueuses . Sa production industrielle ne participe pas à la destruction des réserves de  poissons sauvages. 

Vers une meilleure valorisation des pêches en mer

La diminution probable du tonnage de poissons pêchés en mer constitue un risque important pour la filière piscicole d'espèces carnivores comme le saumon, la truite, le bar ou le hareng. La raréfaction des bancs de poissons océaniques s'intensifie en partie parce que les différents gouvernements ne parviennent pas à mettre en place et à appliquer des quotas de pêche.

L'économie de la pêche en mer est actuellement très orientée vers la capture d'espèces ayant un débouché commercial immédiat. Des millions de tonnes de poissons morts sont rejetés en mer tous les ans car ils n'ont pas de véritable valeur marchande. Ces espèces pourraient alimenter les poissons d'élevage carnivore  et donc augmenter sensiblement les réserves mondiales sans toutefois exercer une pression supplémentaire sur le milieu marin.

Les progrès réalisés par la filière piscicole ne sont pas encore suffisants pour qu'elle puisse affirmer être une forme raisonnée de production alimentaire. C'est elle qui a permis d'augmenter le tonnage de poissons proposés pour l'alimentation humaine. Son développement rapide, sa viabilité financière et sa relative nouveauté permettent de penser que la filière piscicole pourra atteindre, dans quelques années,un niveau de nuisances écologiques inférieur à celui de l'élevage terrestre .     

Pierre-Marie Coupry
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