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Dans une lettre envoyée le 25 octobre dernier, 18 ONG de 14 pays européens demandent à la chaîne de supermarchés discount LIDL de « réduire fortement la contamination par les pesticides des fruits et des légumes vendus dans ses magasins et également vendre des produits biologiques, ceci dans toutes ses branches européennes ». En résumé, les ONG veulent que l’entreprise généralise les bonnes pratiques qu’elle a mis en œuvre en Allemagne, suite à la campagne de Greenpeace qui l’accusait de ne faire aucun effort pour réduire la présence de résidus de pesticides dans ses fruits et légumes. Début 2006, LIDL a ainsi mis en place un système de contrôle de qualité sur ces produits, incluant une nouvelle norme qui dépasse les exigences de la réglementation. La présence des résidus de pesticides a ainsi été fixée à un tiers des limites maximales autorisées en Allemagne. Par ailleurs, LIDL a également commencé à vendre des produits issus de la filière biologique dans tous ses magasins allemands et a annoncé qu’il vendrait des produits certifiés. « Le programme de réduction des résidus de pesticides de LIDL semble être limité à LIDL Allemagne. Mais les résidus de pesticides dans les aliments frais sont présents dans tous les pays d’Europe et parfois dépassent même les Limites Maximales en Résidus autorisées, ce qui est souvent le cas pour la France ». déclare François Veillerette, Président du MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures), ONG relayant la campagne en France. La dernière enquête européenne sur les résidus de pesticides dans les aliments végétaux montre en effet que plus de 5% de tous les échantillons testés ont dépassé le seuil légal des résidus de pesticides. Presque la moitié de tous les échantillons contiennent par ailleurs au moins un pesticide. Un rapport du WWF publié fin septembre (« Chaîne de Contamination : le Maillon Alimentaire » ) a analysé 27 échantillons d’aliments différents achetés en supermarché dans sept pays européens : Grande Bretagne, Italie, Espagne, Grèce, Suède, Finlande et Pologne. Ces aliments comprennent des produits laitiers (lait, beurre et fromage), de la viande (saucisses, lard, blancs de poulet, jambon et saucisson) du poisson (saumon et thon), du pain, du miel et de l’huile d’olive. Analysés selon huit groupes de substances chimiques fabriqués par l’homme (pesticides organochlorés, PCBs, retardateurs de flamme bromés, substances chimiques perfluorées, phtalates, organoétains, alkyphénols et muscs artificiels), les tests ont mis en évidence la présence de matières synthétiques à risque dans tous les échantillons, allant des phtalates dans l’huile d’olive, le fromage et les viandes, aux pesticides organochlorés, pourtant interdits, dans le poisson et la viande de renne, aux retardateurs de flamme dans les viandes et les fromages… "Résultats spectaculaires"
Conscientes de la trop grande présence de pesticides dans leurs produits, plusieurs chaînes de distribution britanniques ont réussi à mettre en place des programmes en lien avec les agriculteurs, comme le souligne la campagne des ONG .
Europe : des chiffres en hausse
Le nouveau rapport annuel de la commission européenne sur les résidus de pesticides dans l’UE montre que 47% des fruits, légumes et céréales consommés en Europe contiennent des résidus de pesticides, dont 5% sont non conformes à la réglementation. En France , le chiffre est de 48%. « Un pourcentage qui montre une très légère baisse par rapport à l’année précédente, mais les résultats sont très contrastés. En effet, si la situation semble s’améliorer pour les légumes (34% d’aliments contaminés en 2004 contre 41% en 2003), la situation est inverse pour les fruits ( 65,7%) et surtout pour les céréales où il n’y avait aucun dépassement des limites réglementaires en 2003 alors qu’en 2004 ce sont 2, 4% des céréales analyséesqui sont au-dessus, pour un total de 50.4% d’échantillons contaminés soit plus qu’en 2003 », note le MDGRF.
Des distributeurs comme Marks and Spencer, le Co-operative Group et Sainsbury’s publient les résultats de leurs programmes de surveillance des résidus de pesticides. En Hollande, la chaîne de supermarchés néerlandaise Laurus s’est associée à des chercheurs de l’Université de Wageningen dans un projet de gestion intégrée des cultures et au Kenya , Flamingo Holdings, l’un des plus gros exportateurs de fruits et légumes du pays, a développé un programme excluant les produits chimiques. « Des politiques volontaristes de réduction de l’utilisation des pesticides agricoles ont déjà été menées dans de nombreux pays d’Europe, explique le MDRGF. En se fixant des objectifs de réduction de l’utilisation des pesticides très ambitieux, ces pays sont arrivés à des résultats spectaculaires ». Le Danemark s’est fixé un objectif de réduction de l'utilisation des pesticides de 50% entre 1987 et 1997 et a déjà atteint l’objectif de 47%. La Suède s’est fixée également un objectif de 50% de réduction de l'utilisation des pesticides en 1990 et avait déjà atteint 64% de réduction en volume de substances actives en 1996. La Hollande a réalisé une baisse de 43% du volume utilisé et la Norvège a également diminué les quantités de matières actives de pesticides utilisées de 54% entre 1985 et 1996. En France, troisième consommateur mondial de pesticides et quatrième par hectare cultivé en Europe, un plan de réduction des risques liés aux pesticides prévoit de réduire de 50% d’ici 2009, les quantités de substances actives les plus dangereuses. Une étude menée par par l’INRA et le CEMAGREF montre en effet une contamination préoccupante et généralisée des eaux par les pesticides, leur présence ayant été détectée dans 80% des stations de mesure en eau superficielle et 57% en eau souterraine. Toutefois, ce plan est loin de satisfaire les associations comme le MDGRF. « Ce plan ne prévoit pas de véritable objectif de réduction d’utilisation des pesticides, explique le Mouvement. Il est seulement évoqué une réduction d’utilisation des substances pesticides les plus dangereuses, cancérigènes, mutagènes et toxiques, sans préciser les catégories concernées et en tolérant leur utilisation pour certains usages ». Par ailleurs, l’orientation vers l’agriculture raisonnée ne serait pas, selon le MDGRF, une garantie de réduction de l’utilisation des pesticides, puisqu’elle cela ne fait pas partie de ses objectifs affichés.
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