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Tout commence, il y a plus d’une dizaine d’années, lorsque des scientifiques observent une dévirilisation croissante de la faune. La Hongrie, le Danemark, la Grande Bretagne, qui tiennent des registres des malformations génitales des nouveaux-nés mâles, constatent que trois d’entre elles -le micropénis (verge courte), la cryptorchidie (testicules non descendus) et l'hypospadias (l’orifice de l’urètre n’est pas au niveau du gland) ont presque doublé entre 1985 et 2000. Les pesticides jouent-ils un rôle sur cette augmentation des malformations ? On sait aujourd'hui qu'ils ont une action oestrogénomimétique (ils miment les hormones femelles) et une action anti-androgénique (ils bloquent l'effet des hormones mâles). En 1999, l'endocrinologue pédiatrique Charles Sultan et son équipe sont retenus pour participer à un programme européen sur le sujet. Ils font appel à la pédiatre Claire Jeandel pour observer les nouveau-nés masculins durant 18 mois. Sur 1 600 bébés observés, elle constate 39 cas de malformation. Un chiffre bien supérieur à celui auquel Charles Sultan s’attendait. L’équipe décide alors d’établir un dossier précis pour chaque cas et se rend compte que près d’un tiers d’entre eux sont nés dans des familles d’agriculteurs. Soupçons sur les pesticides Très vite Charles Sultan émet l’hypothèse que les pesticides peuvent être responsables de l’augmentation des malformations observées et, avec son équipe, conclut, fin 2001, dans un article publié dans la revue de la European Society of Human reproduction and Embryology : "De plus en plus de preuves indiquent que l’utilisation de produits chimiques industriels et agricoles ont des effets délétères sur la différenciation sexuelle masculine." Il s'agit d'un faisceau de présomptions. Les travaux du professeur Sultan suggère une relation plus que probable entre la pollution environnementale par pesticides et la survenue de malformations sexuelles et d'ambiguïtés sexuelles (pseudo-hermaphrodisme). Mais il reste difficile de démontrer une relation directe entre les deux. Charles Sultan fait part de ses observations à la Direction Générale de la Santé qui saisit alors l'Institut national de Veille Sanitaire (InVS) pour tenter d'éclaircir ce problème. La recherche portant sur la période 1998-2001, l'InVS s'est d'abord attaché à "une étude descriptive approfondie de ces cas, avec recherche d'une exposition particulière" et a cherché à évaluer "la plausibilité d'une relation entre les cas signalés et les épandages d'insecticides effectués en 2000" dans la région Languedoc Roussillon. Selon les auteurs, l'étude descriptive issue des éléments transmis par les services de Charles Sultan "n'a pas pu mettre en évidence une exposition particulière, ni identifier de facteurs de risques spécifiques liés à l'environnement." Ensuite, l'InVS a cherché à comparer la prévalence des malformations génitales observées dans cette région au reste du territoire. Pour ce faire, ils se sont fondés sur le recensement des hospitalisations pour cryptorchidie et hypospadias, c'est-à-dire, pour ces deux malformations, celles qui ont fait l'objet d'une intervention chirurgicale. "Concernant la région Languedoc-Roussillon, les taux de malformations opérées des organes génitaux externes sont proches des taux moyens calculés pour la France pour les hypospadias et les cryptorchidies," concluent les auteurs du rapport et ajoutent "d’autres hypothèses peuvent être envisagées pour expliquer l’augmentation du nombre de cas signalés au CHU de Montpellier, comme des variations de l’offre locale de soins et de pratiques chirurgicales ou encore, la notoriété croissante du service d’endocrinologie pédiatrique de cet établissement." Ces arguments laissent un peu sur leur faim et ne mettent pas vraiment fin à la controverse autour des malformations génitales observées chez les nouveaux-nés mâles. D'autres études sur la relation pesticides-santé sont en cours. Souhaitons qu'elles fournissent les données toxicologiques et épidémiologiques nécessaires à une meilleure évaluation des risques auxquels la santé humaine peut être exposée et participent ainsi à lever la chape de plomb qui pèse ce dossier.
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